EditorialUne

Climat caduc

© D.R

La pression soudaine qu’ont subie récemment les infrastructures hydrauliques, et en particulier les barrages, est une illustration éclatante – s’il en fallait encore une – des effets très concrets du dérèglement climatique. Un phénomène que certains continuent pourtant de considérer comme une notion abstraite, réservée aux débats de scientifiques ou aux conférences internationales. Or, la réalité est désormais là, visible, mesurable et parfois brutale.
Le problème ne réside pas tant dans les précipitations en elles-mêmes que dans leur intensité et leur concentration sur des laps de temps très courts. Des volumes d’eau historiques, jamais observés auparavant, se déversent en quelques heures ou quelques jours. Les climatologues expliquent ce phénomène de manière simple : les masses d’air à l’origine des dépressions sont aujourd’hui beaucoup plus chargées en eau, après de longues années de sécheresse et de chaleur.

Cette accumulation finit par se libérer d’un seul coup, avec une violence inédite.
Tout indique que cette nouvelle normalité s’inscrira dans la durée. Les épisodes extrêmes – sécheresses prolongées suivies de pluies diluviennes – ne seront plus l’exception, mais la règle. Or, une grande partie de nos infrastructures a été conçue et dimensionnée sur la base d’un climat qui, de fait, n’existera plus. Barrages, digues, canaux d’irrigation, réseaux d’évacuation des eaux pluviales, voirie, ponts : tous reposent sur des hypothèses climatiques devenues obsolètes.

Dès lors, une évidence s’impose. Les infrastructures du futur, appelées à durer plusieurs décennies, devront être pensées autrement. Leur conception ne peut plus relever des seuls calculs d’ingénierie classiques. Elle devra intégrer, dès l’amont, les projections climatiques les plus réalistes, en associant étroitement ingénieurs et climatologues.
À défaut de cette remise à plat, continuer à bâtir selon les anciens schémas reviendrait à engager des milliards d’investissements publics pour, au final, jeter de l’eau à la mer.

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