Les infrastructures hydrauliques du Maroc ont été conçues à la fois pour sécuriser l’approvisionnement en eau lors des périodes de sécheresse et pour atténuer les impacts des crues.
Analyse : Les inondations récentes qu’à connues le Maroc mettent en lumière des ajustements nécessaires face à une variabilité hydrique accrue. L’enjeu aujourd’hui est d’intégrer davantage la gestion des excès ponctuels dans le modèle hydraulique. Une récente analyse publiée par Policy Center for the New South vise à démystifier le paradoxe hydrique auquel fait face le Maroc.
Policy Center for the New South vient de dévoiler une étude intitulée «Entre sécheresse et crues : capitaliser sur les extrêmes pour la résilience agricole». Ce Policy Brief vise à démystifier le paradoxe hydrique auquel fait face le Maroc, à analyser les principales répercussions des inondations sur le secteur agricole, et à identifier comment tirer parti de cette situation exceptionnelle pour relancer la production agricole, améliorer la fertilité des sols et renforcer la sécurité alimentaire du pays. Dans son analyse, l’auteure Fatima Ezzahra Mengoub signale qu’après plus de sept années de sécheresse, le Maroc a connu durant l’hiver 2025–2026 des précipitations exceptionnellement abondantes, témoignant d’une variabilité hydrique de plus en plus marquée. Cette alternance rapide entre déficit chronique et excès ponctuels révèle le paradoxe hydrique national: un système historiquement centré sur la rareté doit désormais gérer des épisodes extrêmes concentrés et intenses. Parallèlement, la recharge des nappes et l’amélioration du taux de remplissage des barrages ouvrent des perspectives favorables pour les campagnes agricoles à venir. Ces événements soulignent la nécessité d’ajuster progressivement le modèle hydraulique pour intégrer la gestion des excès et renforcer la résilience agricole et la sécurité alimentaire face à une variabilité climatique croissante
Une réponse post-inondation efficace et structurée
Les infrastructures hydrauliques du Maroc ont été conçues à la fois pour sécuriser l’approvisionnement en eau lors des périodes de sécheresse et pour atténuer les impacts des crues. Ainsi , le Maroc s’est doté, au fil des décennies, d’un système hydraulique centré sur la mobilisation et le stockage des ressources, conçu principalement pour répondre aux épisodes de pénurie, tout en assurant également des fonctions de régulation des débits et d’atténuation des crues. Cela dit, depuis l’hiver 2025–2026, la concentration temporelle des pluies et l’intensification des événements extrêmes ont mis en évidence les limites de ce modèle face à des dynamiques climatiques de plus en plus instables, entraînant simultanément une reconstitution rapide des réserves et une multiplication des inondations. Selon l’auteur, l’analyse des épisodes récents, notamment ceux de l’hiver 2025–2026, montre que la gravité des inondations dépend autant de l’intensité hydrologique que de la capacité du système national à anticiper, coordonner et diffuser l’information. Dans ce contexte, le Maroc a démontré une réponse post-inondation efficace et structurée, mobilisant rapidement les dispositifs de gestion de crise, les acteurs institutionnels et les communautés locales, ce qui a permis de limiter les impacts humains et économiques. Cette expérience positive souligne la capacité du Maroc à gérer les aléas extrêmes tout en mettant en lumière l’importance d’anticiper davantage les événements à venir, notamment en renforçant les dispositifs d’alerte précoce, la planification territoriale et la sensibilisation des populations. Ainsi, les infrastructures hydrauliques, conçues pour sécuriser la ressource en période de déficit, régulent les crues et, lorsqu’elles sont accompagnées d’une gestion post-crise performante, offrent une opportunité de renforcer la résilience territoriale. La consolidation de cette résilience dépend désormais d’une capacité accrue à prévoir et préparer les futurs épisodes extrêmes, transformant la variabilité climatique en un levier de développement durable et de sécurité alimentaire. Par ailleurs, les épisodes récents d’inondations mettent en évidence la vulnérabilité de certaines zones agricoles face à des excès hydriques concentrés dans le temps. L’analyse indique que des flux intenses ont pu affecter simultanément les cultures, les stocks fourragers et la logistique de la chaîne de valeur, révélant des fragilités structurelles susceptibles de se manifester différemment selon les contextes régionaux et les types de cultures.
Une fenêtre d’opportunité rare mais structurante
L’analyse révèle que les épisodes récents d’abondance d’eau ne se réduisent pas à des aléas négatifs : ils offrent aussi une fenêtre d’opportunité rare mais structurante pour renforcer la résilience hydrique et agricole. Dans des contextes arides et semi-arides, des pluies intenses et des crues peuvent contribuer à la reconstitution des nappes phréatiques et à la recharge des aquifères, à condition que les paysages et les systèmes de gestion permettent une infiltration accrue des eaux. Par ailleurs, l’infiltration et les dépôts sédimentaires associés aux débordements peuvent améliorer la structure et la fertilité des sols, favorisant la régénération des terres dégradées. Parallèlement, la recharge significative des nappes phréatiques et le taux de remplissage des barrages à vocation agricole offrent des marges de manœuvre inédites pour sécuriser l’irrigation et réguler les flux lors des prochains épisodes pluvieux. L’auteur estime que la consolidation de la résilience hydrique et agricole reposera sur une adaptation progressive, territorialisée et coordonnée, capable d’anticiper les chocs, de réduire les vulnérabilités structurelles identifiées et de valoriser de manière encadrée les surplus hydriques lorsqu’ils surviennent. La variabilité climatique ne peut être supprimée, mais elle peut être mieux intégrée dans la planification et la gouvernance, afin de renforcer durablement la sécurité hydrique et alimentaire nationale.










