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Ramadan et poids : Pourquoi on grossit… et comment éviter le piège

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Excès : Après l’iftar, l’insuline augmente plus rapidement : c’est normal, le corps doit gérer l’arrivée de glucose. Mais si le repas est très sucré, très gras, et très copieux, cette réponse hormonale favorise davantage le stockage, notamment sous forme de graisse abdominale.

Dr. Mahjoub ABDEDDAÏM
Médecin spécialiste en Rhumatologie
Éthique, IA & Santé, Oujda

Beaucoup s’attendent à perdre du poids pendant le Ramadan. Moins de repas, moins de grignotage, une longue période de jeûne : la logique semble simple. Pourtant, la réalité surprend souvent. Au terme du mois, certains découvrent quelques kilos supplémentaires, parfois surtout au niveau du ventre.
Pourquoi grossit-on alors que l’on jeûne ? La réponse ne se trouve pas dans la journée… mais dans ce qui se passe entre l’iftar et le suhoor.
Le Ramadan ne «fait pas grossir» en soi : il change nos horaires, nos choix alimentaires, notre sommeil et notre niveau d’activité. Et c’est cette combinaison, plus que le jeûne, qui fait basculer la balance.

Le piège des calories concentrées

Le corps peut rester 14 à 16 heures sans apport énergétique. Mais si, en quelques heures le soir, on consomme plus de calories qu’en temps normal, le bilan devient positif.
Le problème n’est pas le jeûne.
Le problème est la densité calorique.
Pendant le Ramadan, les tables se remplissent facilement de :
• pâtisseries traditionnelles riches en sucre et en gras
• fritures (chebakia, briouates, sfenj…)
• pain blanc + sauces + accompagnements en cascade
• jus sucrés et boissons «qui passent toutes seules»
• portions plus importantes «pour compenser»
Or, l’organisme sort d’une période de privation relative. Après l’iftar, l’insuline augmente plus rapidement : c’est normal, le corps doit gérer l’arrivée de glucose. Mais si le repas est très sucré, très gras, et très copieux, cette réponse hormonale favorise davantage le stockage, notamment sous forme de graisse abdominale.

L’effet «je me rattrape»

Après une longue journée de jeûne, la faim est intense. Le premier réflexe est souvent de manger vite et en grande quantité, parfois même avant d’avoir bu suffisamment.
Le cerveau active ses circuits de récompense: on a envie de «rentabiliser» la journée. Résultat :
• portions plus grandes
• consommation rapide
• seconde assiette quasi automatique
• difficulté à percevoir la satiété
Le point clé : la satiété met du temps à arriver. Manger trop vite empêche les signaux de régulation (comme la leptine, la ghréline et les peptides intestinaux) de jouer pleinement leur rôle. On finit donc par manger davantage que nécessaire… sans s’en rendre compte.

Métabolisme : Pas effondré, mais dépense réduite

Contrairement à une idée répandue, le métabolisme ne «s’effondre» pas pendant le Ramadan chez une personne en bonne santé. En revanche, plusieurs facteurs réduisent la dépense énergétique quotidienne :
• baisse de l’activité physique (moins de marche, moins de sport)
• fatigue et somnolence en journée
• nuits plus courtes et plus fragmentées
• rythmes décalés
Moins de mouvement + plus d’apports concentrés le soir = stockage facilité. Et parfois, la prise de poids vient moins d’un «ralentissement» que d’un simple changement de routine : on bouge moins, on mange plus dense.

Les sucres cachés : Le piège liquide

Les boissons représentent un facteur majeur souvent sous-estimé :
• jus industriels
• smoothies sucrés
• sodas
• lait sucré
• thés fortement sucrés
Liquides et sucrés, ils passent rapidement dans le sang, provoquent un pic glycémique, puis une chute qui favorise à nouveau la faim. On boit des calories sans ressentir de satiété, et cela «ouvre» souvent l’appétit pour le sucré.

Comment éviter le piège ?

Il ne s’agit pas de transformer le Ramadan en régime restrictif. Il s’agit de rééquilibrer, sans frustration.
1) Rompre intelligemment le jeûne
• Eau + 1 à 3 dattes
• Soupe légère (harira modérée en huile)
• Pause de 10 à 15 minutes
Cette pause change tout : elle laisse le temps au corps de sortir progressivement du jeûne et aux signaux de satiété de commencer à s’activer. C’est aussi un moyen simple d’éviter l’entrée «à pleine vitesse» dans un repas trop lourd.
2) Structurer l’assiette principale
Idéalement :
• ½ légumes (salade, légumes cuits, soupe de légumes)
• ¼ protéines (poisson, poulet, œufs, légumineuses)
• ¼ féculents (plutôt complets ou portion modérée)
Le piège classique, c’est l’accumulation : fritures + pain blanc + pâtisseries dans le même repas. On peut garder un plaisir… mais pas tout en même temps.
3) Garder les douceurs… avec stratégie
Les pâtisseries traditionnelles font partie du patrimoine culinaire. Le piège est la fréquence et la quantité.
Mieux vaut :
• une portion raisonnable
• pas tous les soirs
• idéalement après le repas, pas à jeun
• et si possible en «remplacement» d’un autre dessert, pas en plus
4) Marcher après l’iftar
Une marche de 20 à 30 minutes améliore la sensibilité à l’insuline et limite le stockage. C’est aussi une façon douce d’aider la digestion et de réduire l’envie de grignoter plus tard.
Petit effort, grand impact.
5) Soigner le suhoor
Un suhoor riche en protéines et en fibres stabilise la glycémie :
• œufs
• yaourt nature
• avoine
• fruits entiers
• pain complet + fromage frais, par exemple
Éviter les sucres rapides au lever : ils donnent un coup de fouet… puis favorisent un retour de faim plus tôt dans la journée.

Le rôle du sommeil
Un sommeil insuffisant favorise la prise de poids. Il perturbe les hormones de la faim et augmente l’appétit pour les aliments gras et sucrés. Veiller tard, grignoter après les prières nocturnes, puis dormir peu crée un terrain favorable au stockage.
Le Ramadan bénéfique est aussi un Ramadan où le repos est respecté, autant que possible.

À retenir
Le Ramadan ne fait pas grossir en soi. Ce sont les excès concentrés le soir, les boissons sucrées, la sédentarité et le manque de sommeil qui modifient le bilan énergétique.
Un jeûne équilibré, des portions mesurées et une activité légère régulière permettent non seulement d’éviter la prise de poids, mais parfois d’améliorer la composition corporelle.

Regard éthique et médical
Le Ramadan n’est pas un mois d’excès alimentaire déguisé en privation diurne. Il invite à la mesure.
Sur le plan médical, l’équilibre prime : écouter ses sensations, éviter les extrêmes, et adapter ses habitudes à son état de santé.
Sur le plan éthique, la modération est au cœur de la démarche. Le jeûne prend tout son sens lorsqu’il s’inscrit dans la cohérence, et non dans la compensation.