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Dattes, chebakia, jus : Comment se faire plaisir sans excès

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Modération
Enchaîner dattes, jus et pâtisserie sur un estomac vide peut provoquer un pic glycémique, suivi d’une fatigue, d’une somnolence ou d’une fringale 30 à 60 minutes plus tard.

Dr. Mahjoub ABDEDDAÏM
Médecin spécialiste en Rhumatologie
Éthique, IA & Santé, Oujda

À l’iftar, beaucoup retrouvent le même trio : une datte, un verre de jus, parfois une chebakia. Ce rituel a une valeur affective et spirituelle. Le but n’est pas de le supprimer, mais de le rendre compatible avec la santé et l’esprit du Ramadan : préserver l’énergie, éviter l’inconfort digestif, et garder du plaisir… sans basculer dans l’excès.

Regard médical : Pourquoi le sucre «tape» plus fort pendant le Ramadan
Après 12 à 15 heures de jeûne, l’organisme est plus sensible aux sucres rapides. Enchaîner dattes, jus et pâtisserie sur un estomac vide peut provoquer un pic glycémique, suivi d’une fatigue, d’une somnolence ou d’une fringale 30 à 60 minutes plus tard. Chez certains, cela favorise aussi ballonnements, reflux et sensation de lourdeur. La solution est rarement l’interdit : c’est le rythme, l’ordre et la quantité.

Profils à risque : Diabète et surpoids
Cette sensibilité est encore plus marquée chez les personnes diabétiques ou en surpoids : la glycémie grimpe plus vite, redescend plus brutalement, et les fringales reviennent plus tôt. Pour ces profils, la modération n’est pas une option — c’est une nécessité. Une consultation avec le médecin traitant avant le Ramadan (ou un ajustement du traitement si besoin) est vivement recommandée.

Dattes : Tradition, énergie… et quantité à surveiller
La datte est l’aliment de la rupture du jeûne par excellence. Elle apporte du sucre rapidement assimilable, aidant le corps à «redémarrer» en douceur, avec des minéraux et un peu de fibres. Mais elle est dense : environ 280 à 300 kilocalories pour 100 g. Dans la pratique, une datte de 20 à 25 g représente souvent 55 à 70 kilocalories : une ou deux suffisent; quatre ou cinq, surtout avant un repas copieux, deviennent déjà un apport conséquent.

Chebakia : Plaisir concentré, à choisir
La chebakia est l’une des douceurs les plus aimées du Ramadan : croquant, miel, sésame. Elle est aussi très calorique – pâte frite, miel, sucre, sésame – autour de 450 à 500 kilocalories pour 100 g. Une pièce «moyenne» (30 à 40 g) peut représenter 140 à 200 kilocalories. Ce n’est pas un aliment à bannir : c’est un plaisir à savourer consciemment. Une pièce choisie et dégustée vaut mieux que plusieurs avalées distraitement.

Jus d’orange : «Naturel» ne veut pas dire neutre
Le jus d’orange frais a bonne réputation, et souvent à raison. Mais pendant le Ramadan, il mérite qu’on y réfléchisse : presser plusieurs oranges concentre les sucres et retire les fibres qui, dans le fruit entier, ralentissent l’absorption. Un grand verre de 250 ml apporte généralement un peu plus de 100 kilocalories, et à jeun ces sucres passent vite dans le sang. Astuce simple : un demi-verre, ou le diluer avec un peu d’eau. Le goût reste, la charge sucrée diminue.

La stratégie simple : Garder le rituel, changer le rythme
La solution n’est pas la frustration, mais l’intelligence nutritionnelle :
1. Rupture douce : eau + 1 à 2 dattes, puis une pause de 10 à 15 minutes.
2. Stabiliser : soupe légère ou petite assiette de légumes avec une source de protéines (œuf, poisson, poulet, lentilles).
3. Choisir son plaisir : chebakia ou jus, rarement les deux. Si l’on veut du jus, viser 100–150 ml (ou dilué) suffit souvent.

À retenir : L’addition calorique cachée
Trois dattes peuvent représenter environ 170 à 210 kilocalories selon la taille, un grand verre de jus d’orange dépasse souvent 100 kilocalories, et une pièce de chebakia apporte fréquemment 140 à 200 kilocalories.
Mis bout à bout, cette combinaison peut atteindre 400 à 500 kilocalories — soit près d’un quart (parfois plus) des besoins journaliers d’un adulte, souvent situés entre 1.600 et 2.000 kilocalories selon l’âge, le sexe, la taille, le poids et l’activité physique – avant même le repas principal. Le repère le plus utile n’est donc pas «zéro sucre», mais «petites quantités, et pas tout à la fois».

Regard éthique
Le Ramadan est aussi un mois où l’on réapprend la maîtrise : manger avec attention, sans automatisme, et rester cohérent avec son intention. Le rituel garde sa beauté quand il reste un acte conscient, et non une accumulation par habitude.