Nouvelles technologies
De Dakhla à Tanger, en passant par Marrakech, Rabat et l’Oriental, le hackathon national RamadanIA a traversé les douze régions du Royaume pour clore un chapitre inédit de l’histoire numérique marocaine. Une initiative qui dépasse le simple concours technologique pour incarner une vision d’État.
Vendredi 13 mars 2026. La salle de cérémonie vibre d’une énergie particulière. Des dizaines de jeunes, galvanisés par des jours de travail intense et de créativité collective, attendent le verdict final. Tanger, ville-carrefour entre l’Afrique et l’Europe, entre la Méditerranée et l’Atlantique, a été choisie pour clore en beauté le hackathon national RamadanIA et le symbole n’est pas fortuit. En présence d’Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la transition numérique et de la réforme de l’administration, et de Omar Moro, président du conseil de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, trois équipes de jeunes talents sont montées sur scène pour recevoir des prix qui, plus que des trophées, constituent des passeports vers l’économie de demain.
Un mois, douze régions, une ambition nationale
Lancé par le ministère de la transition numérique et de la réforme de l’administration, ce hackathon national a la particularité d’avoir épousé le rythme du mois de Ramadan pour mieux en transcender la dimension spirituelle en élan collectif d’innovation. L’idée est audacieuse : transformer les nuits de ce mois sacré, traditionnellement dédiées à la réflexion, au recueillement et aux retrouvailles, en incubateurs de solutions numériques au service du développement territorial. Le dispositif a déroulé ses étapes selon une logique territoriale soigneusement pensée, alliant ambition nationale et ancrage local. La première phase régionale s’est achevée le 22 février à Dakhla-Oued Eddahab. S’en sont suivies les étapes de Marrakech-Safi, Souss-Massa et Drâa-Tafilalet fin février, puis Rabat-Salé-Kénitra début mars, avant que le Nord et l’Oriental ne viennent conclure ce marathon numérique à la mi-mars. Douze régions, un seul message : le numérique et l’intelligence artificielle constituent une opportunité de développement que chaque région du Maroc a le droit et la capacité de saisir.
Chaque étape a réuni étudiants, chercheurs, porteurs de projets et jeunes entrepreneurs autour de thématiques soigneusement choisies pour leur pertinence sociale et économique : mobilité intelligente, environnement et qualité de l’air, énergie et espaces verts, tourisme et patrimoine, accès à l’eau et assainissement, numérisation des services publics, inclusion numérique, gestion des déchets et amélioration du cadre de vie. Autant de problématiques du quotidien pour lesquelles le Maroc entend construire ses propres solutions, portées par ses propres talents et adaptées à ses propres réalités.
Tanger, couronnement d’une odyssée nationale
Le choix de Tanger pour accueillir la phase finale n’est pas une décision purement logistique. C’est un choix de sens. Mme Seghrouchni l’a dit sans détour dans son allocution : «Cette ville incarne ce que le Maroc est capable de bâtir lorsqu’il conjugue vision stratégique, infrastructure de classe mondiale et ambition technologique ». La région, avec ses débouchés méditerranéens et atlantiques, ses zones industrielles dynamiques et son positionnement stratégique entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne, offre un terrain naturel pour déployer des solutions numériques à fort potentiel d’exportation. En clôturant le hackathon à Tanger, le ministère envoie un signal clair : les innovations nées de cette initiative ont vocation à dépasser les frontières nationales.
Les lauréats tangérois : Des projets à impact réel
Trois équipes ont décroché les honneurs de cette phase finale. Le Grand Prix RamadanIA a été décerné au projet Ichara, une solution qui utilise l’intelligence artificielle pour traduire la langue des signes en darija écrite. Derrière l’aspect technologique, il y a une réalité humaine : des centaines de milliers de Marocains malentendants ou sourds, souvent exclus des services numériques et des espaces de communication quotidienne. Ichara se veut un outil d’inclusion sociale dont la portée touche directement à l’équité et à la dignité.
Le Prix innovation et créativité est revenu à l’équipe Brain pour son projet Forsa IA, une plateforme d’accès aux offres d’emploi via WhatsApp. Pour un jeune diplômé sans smartphone, sans accès permanent à internet, Forsa IA pourrait représenter la différence entre le chômage et la première opportunité professionnelle.
Enfin, le Prix impact territorial et utilité publique a couronné Chafafia, un projet d’optimisation de la chaîne logistique dans les secteurs du transport et du maritime. Une solution capable d’améliorer la traçabilité et l’efficience des flux de marchandises.
Dans la droite ligne de la Vision Royale
RamadanIA s’inscrit dans un projet de société porté au plus haut niveau de l’État. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a fait de la transformation numérique et du développement du capital humain deux piliers intangibles du Maroc de demain. La stratégie Morocco Digital 2030, les Instituts Al-Jazari destinés à former des ingénieurs et chercheurs de haut niveau en intelligence artificielle, le partenariat stratégique avec Mistral AI pour moderniser les services publics, ou encore la dynamique nationale AIMade inMorocco…. toutes ces initiatives convergent vers un même horizon : faire du Maroc un pôle numérique continental souverain, producteur de technologie et non simplement consommateur. En mobilisant les douze régions du Royaume, en choisissant des thèmes ancrés dans les réalités territoriales, en assurant un suivi post-compétition concret, RamadanIA traduit en actes des directives qui, sans ce type d’opérationnalisation, risqueraient de rester à l’état de discours.
La jeunesse marocaine : Véritable capital stratégique
RamadanIA a précisément servi d’espace de révélation. Les équipes participantes ont démontré, en quelques jours à peine, leur capacité à transformer une contrainte, un défi posé, un délai court, des ressources limitées, en prototype fonctionnel. Cette agilité, cette faculté à construire vite et utile, est exactement ce que les investisseurs technologiques recherchent et ce que les grandes entreprises mondiales rémunèrent.
Omar Moro, président du conseil régional de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, a d’ailleurs annoncé lors de la cérémonie une orientation institutionnelle forte : la région entend structurer son soutien à l’innovation à travers des partenariats stratégiques avec les universités et les acteurs institutionnels pour offrir aux jeunes talents un environnement durable d’éclosion et de croissance.
Sur le plan des retombées, les projets lauréats bénéficieront d’un accompagnement complet : incubation dans des structures spécialisées, encadrement par des experts sectoriels, mise en relation avec des partenaires institutionnels et économiques, et exposition dans des manifestations technologiques nationales et internationales de premier plan.
Pour l’économie, pour la société, pour le pays
L’impact de RamadanIA dépasse largement le cercle des participants. Sur le plan économique, chaque projet viable issu d’un hackathon représente une startup potentielle, des emplois futurs, de la valeur ajoutée nationale. Dans un pays où le chômage des diplômés reste un défi majeur, chaque écosystème d’innovation fonctionnel est une réponse structurelle -plus durable que n’importe quelle mesure conjoncturelle.
Sur le plan social, des solutions comme Ichara-traduction de la langue des signes -ou Forsa IA- accès à l’emploi via WhatsApp-rappellent que l’IA peut être un formidable outil d’inclusion lorsqu’elle est orientée vers les vrais besoins. L’équité territoriale, thème central du hackathon, n’est pas un slogan : c’est une exigence de justice que la technologie peut contribuer à satisfaire, à condition qu’elle soit pensée depuis les territoires eux-mêmes et non imposée depuis l’extérieur.
Sur le plan géopolitique et diplomatique, un Maroc capable de produire des solutions d’IA pour ses propres défis de développement renforce sa crédibilité continentale. Le pays ambitionne de jouer un rôle de hub technologique africain, ambition légitime compte tenu de ses atouts infrastructurels, de la qualité de sa diplomatie et de son positionnement géographique.










