Le chantier de stations de dessalement d’eau lancé par le Maroc suscite un intérêt international sans précédent avec une forte concurrence mondiale attendue.
Le programme national de dessalement lancé par le Maroc ne cesse de susciter l’intérêt d’acteurs mondiaux. C’est le cas notamment pour l’Australie. Ce pays d’Océanie compte capitaliser sur les similitudes avec le Maroc dans le domaine de l’eau et son expérience en matière de dessalement pour séduire les autorités marocaines. Les diplomates australiens comptent ainsi multiplier les contacts avec leurs homologues marocains dans le but de se positionner dans le domaine. Dans ce sens, Damien Donavan, ambassadeur d’Australie auprès du Royaume du Maroc, a fait le déplacement au siège du ministère de l’équipement et de l’eau, dans le cadre d’une rencontre consacrée à un échange de vues sur les perspectives de coopération bilatérale dans les domaines d’intérêt commun.
Au cours de cette rencontre, il a été question notamment des priorités nationales dans les secteurs de l’équipement et de l’eau, notamment en ce qui concerne les projets futurs dans le domaine de la gestion des ressources en eau et des projets d’irrigation. Il a été question également des moyens de renforcer la coopération technique et scientifique entre les deux pays. Il faut préciser que l’année 2026 marquera le cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Australie.
Au cours de la réunion, les responsables marocains ont passé en revue un certain nombre de projets prioritaires qui pourraient bénéficier de l’expertise australienne, notamment dans les domaines de la gestion des nappes phréatiques et de l’amélioration de l’efficacité hydrique par la rationalisation de la consommation d’eau et l’augmentation du rendement des réseaux de canalisations, ainsi que du développement des systèmes de météorologie et d’alerte précoce. L’importance de la coopération dans le domaine de la construction de routes capables de résister aux changements climatiques a été abordée également à travers le renforcement des partenariats entre les bureaux d’études marocains et leurs homologues australiens. L’ambassadeur d’Australie a annoncé la visite prochaine au Maroc d’une délégation d’entreprises australiennes, intéressées par des projets liés aux secteurs de l’eau et de l’irrigation, et souhaitant rencontrer le ministère de l’équipement et de l’eau ainsi que le ministère de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural, de l’eau et des Forêts. Il a également souligné le vif intérêt manifesté par les entreprises australiennes pour participer aux appels d’offres relatifs aux projets de dessalement de l’eau de mer.
Modèle marocain
Les acteurs étrangers sont séduits par le modèle marocain. Dans ce sens, l’envoyée spéciale des Nations Unies pour l’eau, Retno Marsudi, avait affirmé fin 2025 que le Maroc s’affirme comme un modèle en matière de dessalement de l’eau de mer et de promotion des énergies renouvelables. Dans une déclaration à la presse en marge de la 19ème édition du Congrès mondial de l’eau, Mme Marsudi a salué le modèle marocain, fondé sur l’utilisation des énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire, ainsi que ses avancées en matière de dessalement de l’eau de mer, soulignant que sa rencontre bilatérale avec le ministre marocain a été l’occasion d’avoir des échanges approfondis sur les défis mondiaux liés à l’eau. Elle a également rappelé que 60 % de l’eau potable du Maroc devrait provenir du dessalement d’ici 2030, contre 30 % en 2025, soulignant que cette progression rapide repose en grande partie sur des partenariats public-privé, un point qui a suscité un vif intérêt lors des échanges. La responsable onusienne a relevé que l’expérience marocaine représente «un exemple précieux» à partager avec d’autres pays confrontés aux mêmes enjeux, félicitant le Royaume pour ses efforts et ses avancées significatives dans le domaine de la gestion durable des ressources en eau.
Concrètement, le Maroc veut porter à 60 % la part de son eau potable issue du dessalement d’ici 2030, contre 25% aujourd’hui. La production atteindra 1,7 milliard m³ grâce aux projets en cours, dont une grande station de 350 millions m³ près de Tiznit. Le pays dispose de 17 stations (345 millions m³/an) et quatre nouvelles unités porteront la capacité à 540 millions m³ d’ici 2027, toutes alimentées par les énergies renouvelables. Plusieurs projets ont déjà été réalisés pour faire face à un stress hydrique croissant au cours des dernières années. A Jorf Lasfar, sur la côte atlantique, l’unité de dessalement de l’eau de mer du Groupe OCP, qui a bien saisi l’enjeu de ce défi majeur pour l’avenir du pays, incarne cette réponse stratégique. Opérationnelle depuis 2023, elle alimente désormais Casablanca Sud en eau potable et renforce l’autonomie en eau des sites industriels et des zones urbaines, dans le droit fil des Hautes Instructions de SM le Roi Mohammed VI en matière de résilience hydrique.
En effet, l’unité de Jorf Lasfar fait partie d’un programme ambitieux lancé par OCP Green Water, la branche du Groupe dédiée aux solutions hydriques durables. Adossée au nouveau «Programme Vert» du Groupe, OGW mise sur les eaux non conventionnelles pour sécuriser l’avenir. Avec 200 millions de m³ d’eau de mer dessalée par an, Jorf Lasfar est l’un des plus grands sites du genre au Maroc. Cette capacité contribue notamment à l’approvisionnement en eau potable de Casablanca Sud (60 millions de m³/an depuis décembre 2024) et d’El Jadida (30 millions depuis janvier). Elle assure également l’autonomie hydrique du complexe industriel OCP local, à hauteur de 65 millions de m³/an.
Projets: Stations
Plusieurs projets de stations de dessalement sont en cours de développement au Maroc actuellement notamment la plus grande station du genre en Afrique, située dans la commune Lamharza Essahel relevant de la province d’El Jadida. A terme, cette station aura une capacité annuelle de production de 300 millions de m3 et une population bénéficiaire estimée à 7,5 millions d’habitants. Ce projet s’inscrit dans le cadre de l’intérêt et de la Haute sollicitude qu’accorde Sa Majesté le Roi MohammedVI à la question stratégique de l’eau, particulièrement dans le contexte actuel marqué par un déficit pluviométrique notable et une très forte pression sur les ressources hydriques conventionnelles dans les différentes régions du Royaume. Il fait partie intégrante de l’axe «Amélioration de l’offre hydrique» du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, lancé en 2020 par Sa Majesté le Roi et dont le coût global devra atteindre 143 milliards de dirhams. La future station, qui permettra de répondre à la demande croissante en eau du Grand Casablanca, des villes de Settat, de Berrechid et de Bir Jdid et des régions avoisinantes, sera réalisée en deux tranches sur un terrain de 50 ha et nécessitera un investissement global de 6,5 milliards de dirhams, mobilisé grâce à un partenariat public-privé. Lors de la première tranche, dont la mise en service est prévue fin 2026, la station doit atteindre une capacité de 548.000 m3 d’eau traitée par jour (200 millions de m3 par an), extensible, dans une deuxième phase (prévue pour la mi-2028) à 822.000 m3 par jour, soit 100 millions de m3 supplémentaires par an, dont 50 millions à usage agricole. Ce projet d’envergure porte sur la réalisation d’une unité de dessalement de l’eau de mer par osmose inverse et la mise en place d’un système de transport de l’eau potable produite comprenant trois stations de pompage, trois réservoirs de stockage et un réseau de distribution de près de 130 kilomètres de conduites d’adduction. Ce système de transport d’eau potable nécessitera, pour sa part, une enveloppe de 3 milliards de dirhams financés par des fonds publics.









