Prévisions
Dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes géopolitiques, Bank Al-Maghrib prévoit une accélération de la croissance nationale en 2026, soutenue par la reprise agricole et la dynamique de l’investissement, tout en maintenant son taux directeur à 2,25 %.
La forte dynamique des secteurs non agricoles, tirée par l’investissement dans les infrastructures économiques et sociales, devrait se poursuivre et la production agricole connaîtrait un rebond notable à la faveur des conditions climatiques exceptionnelles qui ont prévalu au cours des derniers mois. Des anticipations faites par le conseil de Bank Al-Maghrib, lors de sa première réunion de l’année tenue mardi 17 mars à Rabat. Ces projections interviennent dans un contexte économique incertain, et ce compte tenu des développements récents liés à la guerre au Moyen-Orient qui accentuent, selon la Banque centrale, l’incertitude déjà élevée et mettent à rude épreuve la résilience affichée par l’économie mondiale ces dernières années. «Au niveau national, cette guerre ne serait pas sans conséquence à travers notamment les canaux des comptes extérieurs et en particulier les cours de l’énergie. Selon les évaluations préliminaires de Bank Al-Maghrib, l’impact serait relativement contenu dans le scénario retenu d’un conflit de courte durée, mais pourrait s’avérer plus marqué dans le cas contraire», indique le conseil de BAM dans son récent communiqué. Et de préciser : «Tenant compte de la poursuite de la dynamique notable de l’activité économique, des niveaux modérés prévus de l’inflation ; et de la forte incertitude entourant les perspectives au niveau international ainsi que des résultats des stress tests réalisés par BAM pour l’économie nationale, le conseil de Bank Al-Maghrib a jugé approprié de maintenir le taux directeur inchangé à 2,25 %».
Un pic de croissance attendu en 2026
Dans les détails, le conseil de Bank Al- Maghrib table sur une croissance de 5,6% en 2026 après une nette amélioration estimée à 4,8 % en 2025. En revanche, un ralentissement est prévu en 2027 situant l’activité économique autour de 3,5 %. « Au niveau national, les conditions climatiques très favorables ayant prévalu cette année devraient se traduire par une nette hausse de la production agricole. La récolte des trois principales céréales atteindrait, selon les estimations de Bank Al-Maghrib basées sur une superficie emblavée de 3,9 millions d’hectares, 82 millions de quintaux», relève-t-on de la Banque centrale. Après une progression qui aurait atteint 5% en 2025, Bank Al-Maghrib table sur un rebond de la valeur ajoutée agricole de 14,4 % en 2026, suivi d’un recul de 5,3% en 2027 sous l’hypothèse d’un retour à une campagne céréalière moyenne. Par ailleurs, la croissance des activités non agricoles resterait robuste et ce compte tenu de la dynamique de l’investissement dans les infrastructures économiques et sociales. Elle devrait osciller autour de 4,5%.
Une inflation à des niveaux bas
S’agissant de l’inflation, la Banque centrale confirme qu’elle a évolué à des niveaux bas, en lien avec l’amélioration de l’offre de certains produits alimentaires et le repli des prix des carburants. «A moyen terme, elle devrait, après la dissipation de ces effets et avec la hausse des cours du pétrole prévue dans le scénario central, s’accélérer graduellement tout en restant à des niveaux modérés», commente le conseil de BAM à ce propos. Et de préciser que «l’inflation ressortirait quasi stable d’une année à l’autre à 0,8 % en 2026, puis atteindrait 1,4 % en 2027».
Quant aux anticipations d’inflation, elles se sont inscrites en baisse. «Les experts du secteur financier interrogés avant le déclenchement de la guerre en Iran dans le cadre de l’enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib, tablant au premier trimestre 2026 sur un taux moyen de 1,5 % à l’horizon de 8 trimestres et de 1,8 % à celui de 12 trimestres », explique Bank Al-Maghrib en marge de la réunion de son conseil.
Un rebond des exportations automobiles dans le pipe
Sur le volet des comptes extérieurs, le conseil de Bank Al-Maghrib estime que le renchérissement prévu des matières premières devrait se traduire par un creusement du déficit du compte courant de 2,3% du PIB en 2025 à 3,1% en 2026, avant une atténuation prévue à 2,5% en 2027. Bank Al-Maghrib anticipe dans ce sens un alourdissement de la facture énergétique de 15,6% et ce après avoir baissé à 107,6 milliards de dirhams en 2025. Elle devrait par ailleurs afficher un repli de 11,1 % en 2027 revenant ainsi à 110,5 milliards de dirhams. De même, les acquisitions de biens d’équipement devraient s’accroître à un rythme annuel proche de 10 % à l’horizon de 2027 tirées par la dynamique prévue de l’investissement. Parmi les projections faites, on relève également un redressement des expéditions du secteur automobile. Ces dernières progresseraient de 13,87% en 2026 et de 19,3% en 2027 pour atteindre les 209,6 milliards de dirhams. Ces hausses interviendraient en effet après un repli de 2 % observé en 2025. Les ventes de phosphate et dérivés devraient, pour leur part, poursuivre leur tendance haussière en 2026, avec une augmentation de 19,4%, suivie d’une diminution de 8,7% en 2027 à 108,8 milliards de dirhams. Bank Al- Maghrib prévoit également une amélioration soutenue des recettes voyages et ce après des performances exceptionnelles relevées en 2025. Elles devraient atteindre les 158,2 milliards en 2027. Les transferts des MRE se consolideraient pour se situer autour de 129 milliards de dirhams la même année. S’agissant des recettes d’IDE, les projections tablent sur un flux annuel équivalent à 3,5% du PIB. De même, les avoirs officiels de réserve continueraient de se renforcer pour ressortir à 482,1 milliards en 2027, assurant l’équivalent de 5 mois et 23 jours d’importations de biens et services. Une dynamique qui tient compte notamment des financements extérieurs prévus du Trésor.
Le déficit budgétaire sur une trajectoire baissière
Sur le plan des finances publiques, Bank Al-Maghrib table sur une trajectoire baissière du déficit budgétaire. Cette projection tient compte des réalisations, des données de la loi de Finances 2026 et de la programmation budgétaire triennale 2026-2028. Il reviendrait, hors produit de cession des participations de l’État, à 3,5% en 2026 et à 3,4% en 2027. Il est à noter que l’année 2025 a été marquée par une augmentation de 15,3% des recettes ordinaires portées par une hausse sensible des rentrées fiscales. En regard, les dépenses globales se sont alourdies de 11,8% reflétant l’accroissement de celles au titre des biens et services.
Creusement graduel de la liquidité bancaire
Au niveau monétaire, Bank Al-Maghrib anticipe un creusement graduel du besoin de liquidité des banques. Il devrait se situer autour de 169,4 milliards de dirhams en 2027 contre 131,7 milliards de dirhams en 2025. Une tendance qui, selon la Banque centrale, ressort en lien principalement avec la progression de la monnaie fiduciaire. Par ailleurs, le crédit bancaire au secteur non financier devrait voir son rythme s’accélérer davantage, porté par l’évolution attendue de l’activité économique et des anticipations du système bancaire. L’encours devrait ainsi progresser de 6% en 2026 contre 4,7% en 2025. Il devrait revenir à 5,1% en 2027. Quant à la valeur du dirham, les évaluations trimestrielles réalisées par Bank Al-Maghrib indiquent qu’elle reste globalement alignée avec les fondamentaux économiques. S’agissant du taux de change effectif, il devrait connaître une dépréciation en termes nominaux de 1,4% cette année, suivie d’une légère appréciation de 0,3% en 2027. Tenant compte d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des principaux partenaires et concurrents commerciaux, il ressortirait en dépréciation en termes réels de 3,7% et 1,1% respectivement.










