EditorialUne

Inclure au lieu d’assister

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Certains chiffres jugent plus qu’ils n’éclairent. Les quelque 1,7 million de personnes en situation de handicap au Maroc en font partie (lire l’article en page 7).

Non pas parce qu’ils constituent un poids pour la société, mais parce qu’ils en révèlent le niveau réel de maturité. Une société se définit aussi par la manière dont elle traite les plus vulnérables de ses membres.

Les données publiées par le Haut-Commissariat au Plan sont sans équivoque : les écarts persistent, les fragilités s’accumulent, et le milieu rural reste plus exposé. Derrière ces constats, il y a une réalité plus profonde. Celle d’un modèle encore hésitant entre assistance et inclusion. Or, l’enjeu n’est plus là. Il ne s’agit plus seulement d’aider, mais de rendre possible. Possible de travailler, de se déplacer, de décider, de vivre sans dépendance permanente.
Car l’insertion ne passe pas uniquement par les dispositifs sociaux. Elle passe avant tout par le travail. Non pas comme une finalité économique, mais comme un levier de dignité. Donner à une personne en situation de handicap la capacité de produire, de contribuer, c’est la sortir définitivement du regard réducteur de l’assistanat. C’est en faire un citoyen à part entière, porteur de valeur et non un bénéficiaire passif.

Et même le travail, à lui seul, ne suffit pas. L’autre bataille, plus silencieuse mais tout aussi décisive, est celle de l’autonomie. Et elle commence dans les détails du quotidien : un bus accessible, un trottoir praticable, une administration adaptée, un espace public pensé pour tous. L’accessibilité n’est pas un aménagement. C’est une condition de citoyenneté.
Le Maroc a engagé des réformes, multiplié les programmes, amélioré certains indicateurs.

Mais le véritable basculement reste à accomplir. Il ne viendra ni d’une loi supplémentaire ni d’un dispositif de plus. Il viendra d’un changement de regard. Passer d’une logique de compensation à une logique de participation.
Au fond, la question est simple. Voulons-nous intégrer ou simplement assister ? Et la réponse dit, en réalité, ce que nous sommes. Et surtout, ce que nous voulons devenir.