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Décarbonation du ciment : Les cimentiers comptent réduire de 23% les émissions de CO2 d’ici 2030

© D.R

Le partenariat signé avec la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement se traduit par un programme de trois ans destiné à plus de 500 professionnels de la filière.

Dynamique : L’ambition est l’aboutissement à la neutralité carbone après 2050. L’Association professionnelle des cimentiers (APC) vient de présenter au Centre International Hassan II de formation à l’environnement à Bouknadel sa feuille de route sectorielle pour la décarbonation du ciment. Le travail s’est effectué en concertation avec les ministères concernés et les parties prenantes institutionnelles et internationales.

Cela fait déjà une trentaine d’années que la décarbonation a été engagée. Depuis les années 1990, la réduction de l’empreinte carbone fait partie intégrante des défis que relève le secteur cimentier. En résultent une transformation des procédés à travers l’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables, le recours aux combustibles alternatifs et l’optimisation de la composition des ciments.

De tels efforts ont permis d’atteindre en 2022 (année de référence de la feuille de route de décarbonation de l’APC) un niveau moyen d’émission de 550 kg CO2 / tonne de ciment produite. Concrètement, une production de 14 millions de tonnes de ciment engendre un volume total d’émissions de 9,5 millions de tonnes CO2. Cette performance est désormais en phase avec les meilleurs standards internationaux. Et la feuille de route présentée aujourd’hui vient structurer et amplifier cette dynamique, en fixant un cap collectif et en créant les conditions d’un dialogue renforcé avec les pouvoirs publics.

La stratégie du secteur est claire. A l’horizon 2030, l’APC se fixe l’objectif de réduction de 23 % des émissions de CO2 d’ici 2030 en s’appuyant sur quatre leviers principaux.
Le premier renvoie au développement des combustibles alternatifs dont les RDF (combustibles solides de récupération issus des déchets ménagers), avec un objectif de 700.000 à 1 million de tonnes, valorisées à horizon 2030. Le second est l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du secteur. La réduction du taux de clinker dans le ciment représente le troisième défi à relever. Enfin, l’amélioration continue de l’efficacité énergétique des installations consoliderait la stratégie et représente le dernier axe.
Le challenge est de réussir parallèlement le co-processing, c’est-à-dire la valorisation simultanée des déchets non recyclables comme combustible et comme manière première dans le four cimentier. « Au cœur de la stratégie, cette technique reconnue internationalement ne génère pas de résidus, réduit les émissions et contribue à baisser la pression sur les décharges tout en créant de la valeur économique locale», expliquent les experts de la question.

Au-delà de 2030, les progrès substantiels de décarbonation nécessiteront des technologies de rupture, notamment le captage, l’utilisation et le stockage du CO2 (CCUS). Ces solutions, encore en développement, supposent des investissements majeurs, des infrastructures dédiées et des modèles économiques viables. L’engagement des pouvoirs publics est réel puisque la feuille de route de l’APC s’inscrit pleinement dans la Stratégie nationale bas carbone et la CDN 3.0 du Maroc, dont elle constitue la déclinaison sectorielle. Le dialogue avec les pouvoirs publics porte et continuera à porter sur les enjeux de réglementation, le financement de la transition et la compétitivité du secteur. Saïd Elhadi, président de l’APC, demeure confiant quant à la capacité technique de la filière à réduire ses émissions jusqu’à même atteindre le net zéro, sur le très long terme. Pour lui, «l’enjeu est de construire le cadre qui permettra de fixer les objectifs à atteindre et d’en assurer la faisabilité. Cela ne se fera pas sans une politique publique holistique adressant la décarbonation de cette filière industrielle et d’autres filières portant des problématiques comparables».
Dans le cadre de la stratégie globale du secteur, le partenariat avec la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement vise à accompagner sa mise en œuvre. Porté par le Centre International Hassan II de formation à l’environnement, bras académique de la Fondation, basé à Bouknadel, ce partenariat se traduit par un programme de trois ans destiné à plus de 500 professionnels de la filière (industriels, bureaux d’études, collectivités territoriales et institutions financières) couvrant les principaux leviers de décarbonation du secteur jusqu’au développement d’un MOOC national.

Les dés sont jetés et les échéances arrêtées. Le Maroc est en bonne voie.

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