Agence de transfert d’argent
Dans le silence de la salle d’audience à la Cour d’appel à Rabat, deux regards se croisent une dernière fois avant le verdict. Sept semaines plus tôt, ces mêmes jeunes hommes creusaient dans l’ombre les murs d’une agence de transfert d’argent, persuadés que la nuit suffirait à effacer leurs traces.
Nous sommes le vendredi 3 avril, à la chambre criminelle près la Cour d’appel à Rabat. Deux jeunes hommes, âgés respectivement de vingt-six et vingt-deux ans, se tiennent à la barre. L’un d’eux a déjà purgé une peine d’emprisonnement pour trafic de drogue. Le silence de la salle d’audience est lourd, tandis que leurs regards trahissent une tension difficile à dissimuler. Derrière eux, toute une affaire refait surface, ramenant les esprits à la nuit du dimanche au lundi, 14 au 16 février 2026. Lors de cette nuit, dans la ville de Khémisset, les habitants qui plongeaient dans un profond sommeil ne se doutaient pas du coup audacieux qui se préparait dans l’ombre. À l’abri des regards des veilleurs de nuit et des agents de sécurité, une activité inhabituelle se déroulait pourtant à l’intérieur d’une agence de transfert d’argent, où ces deux jeunes hommes s’affairaient discrètement, animés par une détermination froide et calculée. Armés d’outils rudimentaires, ils s’attaquaient au mur du bâtiment, creusant patiemment une ouverture assez large pour s’y faufiler.
Le bruit sourd des coups, étouffé par l’obscurité nocturne, accompagnait leur progression. L’un d’eux, déjà connu des services de police, guidait l’opération avec assurance. L’autre, plus jeune, suivait, partagé entre tension et excitation. Après de longues minutes d’effort, le passage était enfin ouvert. Les deux malfrats se sont introduits alors à l’intérieur de l’agence, leurs pas résonnant légèrement dans le silence figé des lieux. Leur objectif était clair. Sans perdre de temps, ils se sont dirigés vers le coffre-fort. Quelques manipulations plus tard, ils ont mis la main sur une somme estimée à cinquante mille dirhams. Ils ne se sont pas contentés de l’argent, mais ils ont également mis la main sur un appareil DVR, sans aucun doute pour effacer toute trace de leur passage.
Le matin du lundi 15 février, la découverte du cambriolage a plongé la ville dans la stupeur.
L’ampleur de la méthode employée, rare dans ce genre d’affaires, a suscité l’inquiétude. Mais du côté des services de la police judiciaire de Khémisset, l’heure n’était pas à la surprise, mais à l’action. Très vite, les éléments de la police judiciaire se sont mobilisés, multipliant les investigations et recoupant les indices. Leur efficacité était remarquable. En moins de quarante-huit heures, mercredi 18 février, deux suspects ont été identifiés puis arrêtés. Soumis aux interrogatoires, ils n’ont pas tardé à passer aux aveux. Ils leur ont raconté en détail le déroulement de leur opération, depuis la préparation jusqu’à la fuite. Une reconstitution du crime a été effectuée.
Sous les regards attentifs des enquêteurs, ils ont rejoué chaque geste, chaque étape, comme pour revivre une dernière fois leur audace nocturne. Les images étaient saisissantes : le trou dans le mur, l’infiltration, puis la fuite précipitée. Mais déjà, l’argent avait en grande partie disparu. Les deux jeunes hommes ont reconnu avoir dépensé des sommes importantes dans l’achat de drogue et divers objets. Les enquêteurs sont néanmoins parvenus à récupérer une partie du butin ainsi que le dispositif DVR volé.
Un mois et demi plus tard, mercredi 3 avril, dans la solennité de la salle d’audience à Rabat, le verdict est tombé: chacun des deux accusés a été condamné à trois ans de prison ferme.









