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Le HCP passe au crible les changements sociodémographiques de la famille

© D.R

Nucléarisation familiale, couples sans enfant en hausse, mariages plus tardifs…

Enquête : L’enquête du HCP sur la famille dont les résultats ont été présentés mercredi vise à actualiser le diagnostic sur la famille contemporaine, à mieux cerner les évolutions de sa structure et de son organisation, et à en mesurer les effets sur les comportements démographiques, socio-économiques et culturels.

Le Haut-Commissariat au Plan a présenté mercredi lors d’une conférence-débat les principaux résultats de l’Enquête nationale sur la famille 2025 (ENF 2025). Cette enquête, deuxième édition après celle de 1995, constitue une référence majeure pour l’analyse des transformations que connaît la famille marocaine. Il ressort de cette enquête que 73% des ménages relèvent du modèle familial nucléaire, contre 60,8% en 1995, signe d’une polarisation accrue du groupe domestique autour du noyau parental. Sur la période 1995-2025, la progression des familles nucléaires demeure plus soutenue en milieu urbain, où le taux d’accroissement annuel moyen atteint 3,6%, contre 2,4% en milieu rural. Le HCP signale qu’en ville, les contraintes d’accès au logement, l’évolution des normes résidentielles et les transformations des modes de vie favorisent des unités domestiques plus restreintes. A la campagne, la persistance de configurations familiales plus étendues contribue à atténuer la diffusion de la cohabitation nucléaire. L’enquête révèle qu’entre 1995 et 2025, deux évolutions structurantes ressortent, à savoir la forte progression des couples sans enfant et l’ancrage de la monoparentalité comme réalité sociale. Le poids démographique des couples sans enfant a progressé de 3,4% à 9,4%, une évolution largement observée aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. Les chefs de ce type de ménages sont majoritairement âgés de 60 ans et plus (72,8%), ce qui reflète le vieillissement démographique. Par ailleurs, la monoparentalité progresse, mais à un rythme plus modéré, de 7,3% à 8,8%. Elle constitue un indicateur souvent lié aux ruptures conjugales et aux conditions économiques du parent. Elle reste nettement plus fréquente en milieu urbain (9,9%) qu’en milieu rural (6,5%). Ces données confirment l’ancrage croissant d’un modèle familial à dominante nucléaire et monogame.

Recul des familles élargies

Le poids démographique des familles élargies enregistre un recul marqué, passant de 35,2% à 19,8% des ménages entre 1995 et 2025, avec une baisse plus prononcée en milieu rural qu’en milieu urbain. La cohabitation multigénérationnelle recule également de 29% à 16,8%. La cohabitation élargie se caractérise, en moyenne, par un peu plus de deux noyaux familiaux par ménage (2,18), ce qui signifie que l’élargissement résidentiel correspond le plus souvent à l’ajout d’un noyau au noyau principal, avec une densité légèrement plus élevée en milieu rural (2,23) qu’en milieu urbain (2,16). En termes de composition de la taille des foyers domestiques, l’ensemble des ménages compte en moyenne 1,24 noyau pour 4,01 personnes, alors qu’une famille élargie regroupe 2,18 noyaux pour 5,38 personnes. Les familles nucléaires, constituées d’un seul noyau avec une taille moyenne de 3,9 personnes, présentent des tailles plus réduites et variables selon leur composition : en moyenne 4,4 personnes pour un couple avec enfants, contre 3 personnes pour une famille monoparentale. Ainsi, la baisse de la taille moyenne des ménages entraîne une augmentation du nombre de ménages plus rapide que celle de la population, avec des besoins croissants en logement, équipements et services de proximité, particulièrement dans un contexte d’urbanisation et de vieillissement démographique.

Réticence au mariage

L’enquête du HCP révèle un constat majeur : le recul du projet de mariage: . En effet, 51,7% des célibataires ne souhaitent pas se marier, contre 40,6% qui l’envisagent. Les écarts sont nets selon le sexe. Les femmes expriment plus souvent l’intention de se marier (53,6%) contre seulement 31,5% pour les hommes. L’intention de mariage progresse avec l’âge jusqu’aux 40-54 ans (56,4%), puis recule après 55 ans (22,5%). Au-delà de cet âge, le célibat étant alors davantage vécu comme un mode de vie. Le mariage est principalement motivé par le projet de fonder une famille et d’avoir des enfants, motivation citée par près de 78% des célibataires. Cette motivation est plus fréquente en milieu rural (81,8%) qu’en milieu urbain (75,4%). Les difficultés matérielles constituent le principal obstacle au mariage, en particulier chez les hommes et les personnes âgées de 25 à 39 ans. Chez les plus jeunes, les contraintes liées aux études prédominent. Avec l’avancée en âge, les contraintes relèvent davantage de facteurs relationnels et familiaux. Concernant les préférences relatives aux caractéristiques de l’épouse, les hommes se montrent globalement indifférents au niveau scolaire (56,3%) et à l’origine géographique (81,3%). En revanche, ils privilégient les femmes plus jeunes (45,7%) ainsi que celles relevant de la même catégorie sociale de son appartenance (43,2%), et rejettent le mariage avec des non-célibataires (84,8%). Quant aux femmes, elles privilégient des conjoints plus âgés (38,8%) ou du même âge (29,6%). Elles préfèrent un conjoint appartenant à une catégorie sociale supérieure (44,9%). Par ailleurs, l’âge moyen au premier mariage au niveau national atteint 26,3 ans chez les femmes et 33,3 ans chez les hommes. Le mariage intervient plus tard en milieu urbain qu’en milieu rural. Les mariages entre apparentés reculent, passant de 29,3% en 1995 à 20,9% en 2025, ce qui traduit un raffermissement des alliances matrimoniales en dehors de l’entourage familial. La formation des unions demeure toutefois fortement encadrée par la médiation familiale, présente dans 58,3% des mariages, avec une prévalence plus élevée en milieu rural (67,5%) qu’en milieu urbain (53,1%). L’homogamie reste également dominante : 83% des femmes épousent un conjoint issu de la même catégorie sociale et 62,5% un conjoint de même origine géographique, ce qui confirme le maintien d’une forte proximité sociale et territoriale dans le mariage.

Baisse de la fécondité

La fécondité a nettement reculé au Maroc en s’établissant à 1,98 enfant par femme, un niveau inférieur au seuil de remplacement des générations (2,1). Elle demeure plus élevée en milieu rural (2,55) qu’en milieu urbain (1,7). La fécondité diminue à mesure que le niveau d’instruction augmente, passant de 2,78 enfants en moyenne chez les femmes sans scolarisation à environ 1 enfant chez celles les plus instruites. Elle est également plus élevée chez les femmes inactives (2,42) que chez les femmes actives (0,85). Près de 66,8% des femmes déclarent ne pas souhaiter d’enfant supplémentaire. Les contraintes économiques constituent la principale raison. Chez les 33,2% de femmes qui souhaitent un enfant supplémentaire, 51,9% d’entre elles se déclarent indifférentes quant à son sexe.

Le risque de divorce culmine durant les deux premières années du mariage

Le taux annuel moyen de divorce s’établit à 3,6‰ au niveau national, avec une incidence plus élevée chez les femmes (4,9‰) que chez les hommes (2,4‰), et en milieu urbain (4,3‰) qu’en milieu rural (2,5‰). Le risque de divorce culmine au cours des deux premières années du mariage, avec un taux de 26,8‰, soit plus de cinq fois la moyenne nationale. Il diminue ensuite fortement : de 18,9‰ chez les femmes dont le mariage date de 2 à 4 ans, il tombe à 1,2‰ chez celles mariées depuis 20 ans et plus. La durée moyenne des mariages avant divorce atteint près de 9 ans au niveau national, avec une durée plus courte en milieu rural (6,8 ans) qu’en milieu urbain (9,7 ans), et d’environ 7 ans dans les ménages moins aisés contre 10 ans dans les ménages aisés. Les principaux motifs de divorce sont les désaccords domestiques (30,9%), puis les difficultés économiques (12%), les conflits avec la belle-famille (11,6%) et la violence conjugale (8,8%). Après le divorce, 73,9% des femmes divorcées cohabitent avec ses parents proches. La vie autonome reste limitée : 9,2% vivent en solo (20% des hommes contre 4% des femmes). Quant à la monoparentalité, elle concerne 18,2% des divorcés. Il s’agit d’un phénomène plus prépondérant parmi les femmes (22,1%) que les hommes (10,1%).Pour ce qui est des pensions versées aux femmes divorcées et à leurs enfants, celles-ci sont considérées insuffisantes. Selon l’enquête, 67,3% des femmes estiment que la pension qui leur est destinée ne couvre pas leurs besoins ; et 83,5% considèrent que celle allouée à leurs enfants ne suffit pas. Ce constat est encore plus marqué parmi les femmes vivant en ménage monoparental, où le sentiment d’insuffisance est presque généralisé (94,4%).

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