Calomnie
Jusqu’où peut aller la jalousie ? Une mère marocaine a tenté d’envoyer son mari en prison pour inceste en manipulant leur fille de sept ans. Mais l’expertise médico-légale va tout faire basculer.
Depuis samedi 4 avril, cette jeune femme est gardée dans une cellule au complexe pénitentiaire d’Oukacha à Casablanca en attendant son jugement qui doit être rendu par la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance. Elle est poursuivie pour outrage à la police judiciaire pour avoir inventé un crime. Pour se venger de son mari elle l’a accusé d’avoir violé leur petite fille, âgée de sept ans.
Rien ne destinait ce couple aisé à la tragédie. Lui, homme d’affaires prospère, a caressé un projet que beaucoup dans son entourage ont jugé légitime, à savoir prendre une seconde épouse. Elle, rongée par la jalousie et la peur de perdre son rang social et sa part d’héritage, n’a pas pu supporter cette annonce. Au lieu d’affronter son mari, elle a décidé de frapper là où cela fait le plus mal : l’honneur. L’arme qu’elle a choisie a été la plus perverse ; la parole de leur fillette, une enfant malléable, trop jeune pour comprendre les rouages de la justice.
Quelques jours plus tard, c’était la tempête. La mère s’est présentée au poste de la gendarmerie royale dans la région de Lahraouiyine, située au sud-est de la capitale économique, Casablanca, la petite main de sa fille dans la sienne. Ses yeux secs ont pourtant lancé l’accusation la plus grave, affirmant que son mari avait profité de son absence pour abuser de leur fille. La gamine, docile, a répété comme une leçon apprise par cœur un récit d’horreur, avec des détails sordides qui ont figé le sang des gendarmes. Immédiatement, l’affaire est remontée au parquet général de la Cour d’appel de Casablanca. La gravité des faits a imposé une réponse sans délai. Le mari a été arrêté et placé en garde à vue, tandis que la petite a été confiée à un médecin légiste pour une expertise. L’homme, effondré, n’a pas arrêté de clamer son innocence, mais la parole de l’enfant a pesé lourd. Pendant quelques jours, il a croupi en cellule, accusé de l’impensable.
Mais les gendarmes ont été tenaces, et le doute est né rapidement. L’expertise médicale, attendue comme une vérité définitive, a rendu son verdict : aucune trace de viol, aucune agression sexuelle. Le choc a été brutal pour les enquêteurs, qui se sont interrogés sur la capacité d’une fillette de sept ans à inventer des détails aussi précis sans avoir été influencée. On a alors décidé de jouer la carte de la psychologie. Un gendarme, avec une douceur paternelle, s’est isolé avec la petite et l’a avertie que son père allait être emprisonné très longtemps, qu’elle ne le verrait plus et que sa famille serait détruite. Ces mots ont eu l’effet escompté. L’enfant a fondu en larmes puis a avoué, la voix brisée, que sa mère l’avait obligée à dire ces mensonges et l’avait menacée de punition si elle ne parlait pas. Confrontée à cette vérité qui a explosé, la mère a craqué à son tour. Elle a fini par avouer avoir tout orchestré parce qu’elle ne supportait pas le projet de remariage de son mari. Elle a reconnu avoir voulu le détruire, prendre sa fortune et l’envoyer en prison pour longtemps. Le plan a été diaboliquement simple. Utiliser l’inceste, la pire des souillures dans la société, comme une arme. La femme n’a pas mesuré les conséquences. Elle n’a pas vu qu’au-delà de l’homme qu’elle haïssait, c’était l’âme de sa fille qu’elle sacrifiait, la forçant à porter un mensonge monstrueux devant la loi.
Le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca, après avoir ordonné la libération immédiate du père, a maintenu la mère en détention préventive.









