Chroniques

Sortir du piège du «moi gentil», l’«autre fautif»

Sophia El Khensae Bentamy | Consultante, coach et enseignante en techniques de communication, coach en psychologie positive et en thérapie par le rire.

Mieux communiquer, mieux vivre…

Distance 
Et si nous changions de posture ?! Il ne s’agit pas de culpabiliser. Ni de nier les comportements réellement toxiques. Il s’agit de rééquilibrer notre regard.

Et si nous n’étions pas toujours «les gentils» ?
Nous avons presque tous grandi avec une idée bien ancrée :
Les autres peuvent être dangereux… et nous, nous sommes du bon côté. Une phrase répétée subtilement dans l’enfance :
«Fais attention aux autres.»
«Ne fais pas confiance facilement.»
«Ils peuvent te faire du mal.»
Avec de bonnes intentions, bien sûr. Protéger. Prévenir. Préserver.
Mais à force d’entendre cela, un filtre s’installe.
Un filtre silencieux, presque invisible :
Nous sommes les gentils… et les autres, potentiellement, les méchants.
De l’innocence à la méfiance…
Ce schéma, intégré très tôt, ne disparaît pas avec l’âge.
Il évolue, il se transforme… mais il reste actif.
À l’âge adulte, il devient plus subtil :
«Moi, je suis bienveillante, les autres sont compliqués.»
«Moi, je fais des efforts, les autres non.»
«Moi, je communique bien… eux, pas du tout.»
Sans nous en rendre compte, nous devenons juges.
Nous catégorisons.
Nous simplifions l’autre.
Et surtout, nous nous dédouanons.
Car si l’autre est «le problème», alors je n’ai rien à remettre en question.
Un frein invisible aux relations humaines
Ce mode de pensée a un coût.
Dans le couple, il crée des incompréhensions durables :
Chacun pense être de bonne foi… et attribue les tensions à l’autre.
Dans les relations sociales, il installe de la distance :
Moins de spontanéité, plus de prudence, parfois même de la froideur.
Et au travail, ses effets sont encore plus visibles :
Des équipes qui se jugent au lieu de se comprendre.
Des tensions qui s’enveniment.
Une communication biaisée par les interprétations.
Un collaborateur pense : «Mon manager est injuste.»
Le manager pense : «Mon équipe manque d’engagement.»
Chacun est convaincu d’être dans le juste.
Résultat : Moins de coopération, moins de confiance, moins de performance collective.
Le piège du «c’est la faute de l’autre».
Lorsque nous nous percevons comme «les gentils»,
Nous tombons dans un piège redoutable :
Celui de l’externalisation.
Tout devient extérieur à nous :
Le problème, la responsabilité, la solution
Or, sans responsabilité personnelle, il n’y a pas d’évolution.
Comme le disait Carl Jung : «Tout ce qui nous irrite chez les autres peut nous conduire à une meilleure compréhension de nous-mêmes».
Encore faut-il accepter de regarder ! Et si nous changions de posture ?! Il ne s’agit pas de culpabiliser. Ni de nier les comportements réellement toxiques. Il s’agit de rééquilibrer notre regard.
Voici quelques pistes simples, mais puissantes :
• Remplacer le jugement par la curiosité
Au lieu de penser «il/elle est difficile», se demander :
Qu’est-ce qui peut expliquer ce comportement ?
• Reprendre sa part de responsabilité
Dans chaque interaction, poser la question : Qu’est-ce que j’ai contribué à créer, consciemment ou non ?
• Sortir des étiquettes
Une personne n’est pas «négative» ou «toxique» par essence.
Elle a des comportements, dans un contexte donné.
• Cultiver l’intelligence relationnelle
Écouter vraiment. Observer sans interpréter. Clarifier au lieu de supposer.
• Accepter de ne pas être toujours «le gentil»
Et c’est OK.
C’est même profondément humain.
Vers des relations plus justes et plus apaisées
Grandir, ce n’est pas seulement accumuler des expériences.
C’est aussi désapprendre certains réflexes.
Sortir du schéma «gentils vs méchants»,
C’est ouvrir la porte à des relations plus nuancées, plus authentiques.
C’est passer de :
«J’ai raison»
A
«Essayons de comprendre.»
Et dans un monde professionnel où la collaboration est clé. Cette bascule n’est pas un luxe.
C’est une nécessité.
Parce qu’au fond,
Ce ne sont pas les «gentils» qui construisent les relations durables…
Ce sont les personnes capables de se remettre en question.