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Des changements structurels :Une refonte de l’architecture pédagogique des cycles licence et master dans les universités

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L’enjeu est de taille : reformater la licence autour de 36 modules et le master autour de 28 modules, introduire de nouvelles règles linguistiques, consacrer un semestre entier au projet de fin d’études dans les deux cycles, et ouvrir explicitement la voie à l’enseignement à distance et à l’alternance.. 

Projection : Le Maroc est en train de recalibrer son système d’enseignement supérieur à travers deux arrêtés qui en constituent aujourd’hui l’instrument réglementaire le plus récent et le plus abouti. Des signaux clairs adressés à l’université, au marché du travail et à la communauté internationale. Des textes qui traduisent l’ambition du pays pour son enseignement supérieur.

Des changements structurels concernent directement des centaines de milliers d’étudiants, des milliers d’enseignants et, au-delà, l’ensemble du tissu économique national. Il s’agit de deux arrêtés ministériels refondant l’architecture pédagogique des cycles licence et master dans les universités du pays. Signés le 25 juillet 2025 par Azzedine El Midaoui, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, ces textes ont été soumis, au préalable, pour avis le 16 juillet 2025 à la Commission nationale de coordination de l’enseignement supérieur. Un délai de plus d’une semaine entre consultation et signature, qui traduit une temporisation maîtrisée et des arbitrages déjà consolidés, loin de toute improvisation réglementaire.
L’enjeu est de taille : reformater la licence autour de 36 modules et le master autour de 28 modules, introduire de nouvelles règles linguistiques, consacrer un semestre entier au projet de fin d’études dans les deux cycles, et ouvrir explicitement la voie à l’enseignement à distance et à l’alternance. Autant de mesures qui confirment que le Maroc engage une reconfiguration en profondeur de son système d’enseignement supérieur, ces arrêtés en étant l’outil réglementaire central.

Un nouveau projet de fin d’études

Dans les détails, la licence se compose désormais de 36 modules répartis en 24 disciplinaires, trois de langue et neuf transversaux. Le master, lui, comprend 28 modules : 24 disciplinaires, un de langue et trois transversaux. Des proportions qui ne sont pas anodines.
En licence, le poids des modules transversaux (neuf sur 36, soit 25 %) est significatif. Ils couvrent des compétences non disciplinaires : communication, méthodologie, outils numériques, culture générale professionnelle. L’objectif est clair : former un diplômé capable d’agir avec sa spécialité, et non simplement de la maîtriser sur le plan théorique. Une manière de corriger le reproche récurrent adressé à l’université marocaine, souvent jugée trop académique et insuffisamment connectée aux réalités du marché du travail.
En master, la logique évolue : trois modules transversaux sur 28, dont deux dès le deuxième semestre , l’un consacré à la culture entrepreneuriale et aux techniques de communication, l’autre à la méthodologie de la recherche scientifique. Le message est sans équivoque : le master marocain ne tranche pas entre professionnalisation et recherche, il exige les deux. L’étudiant doit être capable à la fois de structurer un projet entrepreneurial et de conduire un travail académique rigoureux.
Le projet de fin d’études bénéficie désormais d’un semestre entier. Une évolution structurante : en licence, il correspond au sixième semestre (équivalent à six modules disciplinaires, soit 36 crédits), et en master au quatrième semestre (équivalent à sept modules, soit 42 crédits). Concrètement, la dernière phase du cursus devient une immersion quasi totale dans le monde socio-économique ou dans un environnement de recherche.

Même logique pour le master : le rapport doit être présenté et soutenu devant un jury d’au moins trois membres, incluant l’encadrant du stage, après validation de l’ensemble des semestres précédents. Cela implique mécaniquement un volume massif de stagiaires à absorber pour les entreprises et structures d’accueil. Désormais, il n’est plus possible de valider une licence ou un master sans avoir réalisé et soutenu ce projet. Le texte est explicite : la soutenance intervient « après validation des cinq premiers semestres » en licence et « après validation des trois premiers semestres » en master. Ni anticipation, ni substitution par un simple mémoire déconnecté du terrain.
On passe ainsi d’un modèle de transmission de connaissances à un modèle de développement de compétences professionnelles.
Concernant les dispositions linguistiques, deux règles s’appliquent dans les deux cycles. Premièrement, dans les filières dispensées exclusivement en langues étrangères (principalement en français ou en anglais), au moins un module doit être enseigné en langue arabe. Deuxièmement, durant les trois premiers semestres, un module disciplinaire doit être dispensé dans une langue étrangère autre que la langue principale d’enseignement.
La première règle rappelle que l’arabisation demeure un impératif constitutionnel et politique, y compris dans les filières les plus internationalisées. La seconde consacre la maîtrise de plusieurs langues étrangères comme exigence pédagogique nationale. Concrètement, un étudiant inscrit dans une filière francophone devra suivre un module en arabe et un autre dans une langue étrangère tierce, très probablement l’anglais.

Par ailleurs, la règle de validation des semestres impacte directement les trajectoires académiques de dizaines de milliers d’étudiants chaque année. Un semestre est validé avec une moyenne générale d’au moins 10/20, à condition qu’aucune note de module ne soit inférieure à 7/20. Ce seuil plancher constitue une contrainte forte : un étudiant peut être recalé malgré une bonne moyenne générale s’il obtient une note éliminatoire dans un module. Fin des stratégies de compensation excessive.
En matière d’enseignement à distance et d’alternance, les textes précisent que « la formation est assurée en présentiel avec la possibilité de recourir à l’enseignement à distance ou en alternance, conformément aux textes législatifs et réglementaires en vigueur ». Une formulation concise, mais aux implications considérables. Elle autorise désormais les universités à proposer des parcours hybrides ou en alternance dans le cadre réglementaire ordinaire, sans dérogation spécifique. Une université peut ainsi accréditer une filière où l’étudiant alterne entre établissement et entreprise, pleinement dans le cadre national.

En résumé, le projet de fin d’études en milieu socio-économique ou de recherche, soutenu devant un jury, devient une condition indispensable à l’obtention du diplôme. Les règles linguistiques -module en arabe dans les filières étrangères, module dans une langue tierce dès les premiers semestres- passent du statut de recommandation à celui d’obligation. Quant au seuil plancher de 7/20 par module, il s’impose comme une norme pédagogique contraignante que les établissements ne peuvent assouplir.
L’université marocaine se dote ainsi d’un cadre réglementaire lui permettant d’opérer un basculement clair : passer d’un modèle centré sur la transmission des savoirs à un modèle orienté vers le développement de compétences professionnelles, linguistiques et transversales. Une réforme susceptible de transformer en profondeur le visage du diplôme marocain dans les années à venir – à condition, bien sûr, que son application soit à la hauteur de ses ambitions.