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Sidi Slimane : Une collégienne victime de chantage sexuel

© D.R

Piège
Tout avait commencé par une voix rassurante au téléphone. Cela s’est terminé par une arrestation en flagrant délit, vendredi 17 avril, révélant un engrenage de manipulation, de chantage et de silence brisé au dernier moment.

Elle avait l’âge des illusions simples, celui où l’on croit encore que les voix au téléphone portent une vérité. Originaire de Sidi Slimane, elle a vécu au rythme discret de son quotidien de collégienne, jusqu’à ce que, quelque part à l’autre bout du fil, une présence se soit manifestée. Lui a appelé depuis Kénitra. Il avait quarante ans, une voix posée, des mots choisis avec soin. Il a su écouter, ou du moins donner l’impression de le faire. Jour après jour, appel après appel, il a créé un lien, fragile, mais suffisant pour gagner sa confiance. Il n’a rien pressé. Il a attendu, tissant patiemment une proximité artificielle faite de promesses.

Quand il a proposé une rencontre, elle a à peine hésité. Elle a cru connaître l’homme derrière la voix. Elle a oublié qu’elle n’a connu que son masque. Le jour venu, il l’a conduite chez lui, à Kénitra. Un lieu banal en apparence, sans menace visible. Rien ne laissait deviner ce qui se préparait. Elle n’a pas su qu’une caméra enregistrait. Elle ne savait pas que chaque geste, chaque instant, a été capté à son insu. Pour elle, ce moment a relevé d’une simple rencontre amoureuse. Pour lui, cela n’a été qu’une étape. En effet, les images qu’il a obtenues n’étaient pas destinées à être gardées. Elles étaient une arme. Dès qu’elle est retournée à Sidi Slimane, très vite, les messages que lui a envoyés le quadragénaire ont changé de ton. Les mots doux ont disparu, remplacés par des menaces froides. Il a exigé d’être payé, sous peine de voir ces images diffusées. La somme demandée de l’ordre de mille cinq cent dirhams peut sembler dérisoire, mais pour elle cela a été une montagne. Une peur surtout, celle du regard des autres, du scandale et du jugement. Elle a essayé de trouver l’argent. Mais en vain. Les demandes ont repris, plus pressantes et plus insistantes. Elle a frappé à plusieurs portes pour amasser les mille cinq cent dirhams.

Mais personne ne lui a remis le moindre sou. Elle s’est retrouvée enfermée dans un cycle sans fin, tentant de gagner du temps et de calmer une menace qui ne cherchait qu’à grandir. Les jours passaient sans mesure et écrasés par l’angoisse. Et elle s’est adressée à son amie, une collégienne, pour lui demander conseil et soutien. En réponse, elle l’a conseillée d’aller chez la police. Sans tarder une minute, elle s’est tenue debout devant les éléments de la police judiciaire relevant du district de la sûreté provinciale à Sidi Slimane pour briser le silence. Elle a raconté : les appels, les messages, la rencontre et le piège. Chaque détail a compté. Les limiers ont pris le relais. L’affaire a été traitée avec méthode. Sous la supervision du parquet général, un dispositif précis a été mis en place. Il fallu le prendre sur le fait. Aussitôt, une souricière a été tendue avec la participation de la collégienne. Un dernier rendez-vous a été fixé entre elle et lui. L’argent, préparé et marqué, est devenu l’appât. Lui ne doutait de rien. Habitué à dominer la situation, il s’est avancé confiant.

Le vendredi 17 avril, il s’est présenté comme prévu. Les enquêteurs étaient déjà là, discrets et invisibles. Lorsqu’il a tendu la main pour récupérer l’argent, le piège s’est refermé sans éclat. L’arrestation a été rapide, maîtrisée et presque silencieuse.
Face aux enquêteurs, lors de son interrogatoire, il a fini par reconnaître les faits non sans tenter de déplacer la faute, évoquant une relation consentie. Une ligne de défense fragile, qui s’est heurtée à la réalité : celle d’une mineure piégée, filmée à son insu puis soumise à un chantage méthodique.
Lundi 20 avril, il a été traduit devant le parquet général. Les accusations étaient lourdes : détournement de mineure, menace de divulgation d’images compromettantes, attentat à la pudeur, captation de contenus sans consentement et chantage.