L’Initiative AAA entend accélérer les solutions qui fonctionnent, renforcer les services climatiques destinés aux agriculteurs et plaider pour un financement plus équitable.
Une décennie après son lancement à la COP22, l’Initiative AAA a franchi un cap stratégique lors la 6ème Conférence des ministres africains de l’agriculture qui s’est tenue le 22 avril 2026 en marge du SIAM à Meknès. Elle a permis de dresser le bilan des actions menées et de poser les bases d’une nouvelle stratégie à l’horizon 2036, dans un contexte où les besoins d’adaptation agricole restent largement sous-financés. Cette réunion a mis en exergue l’importance de renforcer l’engagement politique, de mobiliser davantage de financements, notamment du secteur privé et d’accélérer les solutions concrètes au profit des agriculteurs. Un document stratégique élaboré avec la FAO servira de feuille de route pour la prochaine décennie et sera présenté en septembre 2026 à Rome, avec l’ambition de porter une position africaine unifiée sur la scène internationale.
Réunis le 22 avril 2026 à Meknès, lors de la 6ème Conférence ministérielle qui s’est déroulée en marge du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM 2026), les ministres africains de l’agriculture ont posé les jalons d’une nouvelle feuille de route pour l’Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine (AAA). Dix ans après son lancement à Marrakech lors de la COP22, cette plateforme s’est imposée comme un acteur clé de la résilience agricole face aux dérèglements climatiques sur le continent. Cette sixième conférence ministérielle intervient dans un contexte international en profonde mutation. Depuis 2016, l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris et l’adoption de nouvelles stratégies africaines, à l’image du PDDAA 2026-2035 et de la stratégie climat de l’Union africaine, ont redessiné les priorités. Malgré ces avancées, les besoins d’adaptation restent immenses, chiffrés à plusieurs milliards de dollars par an, alors que les financements disponibles demeurent largement insuffisants. Les travaux de Meknès ont ainsi permis de dresser un bilan détaillé d’une décennie d’actions, tout en esquissant les contours d’une vision renouvelée pour les dix prochaines années. « L’Initiative Triple A est née d’un constat et d’une ambition : permettre à l’Afrique de porter une voix unifiée sur l’adaptation agricole au changement climatique», a rappelé Ahmed El Bouari, ministre de l’agriculture, et président de la Fondation Initiative AAA. Selon lui, cette voix s’est progressivement affirmée sur la scène internationale, y compris lors des Conférences des Parties, tout en accompagnant une trentaine de pays africains dans le renforcement de leurs politiques d’adaptation. Au fil des années, l’initiative a contribué à inscrire des thématiques structurantes (agroforesterie, services climatiques, métriques d’adaptation ou encore finance climat) au cœur des agendas nationaux et régionaux. Elle a également joué un rôle structurant en assurant le secrétariat de la Plateforme internationale sur les métriques d’adaptation (IPAM), un outil désormais central dans l’architecture du financement climatique. Pour Ahmed El Bouari, cette sixième édition marque une étape clé : « Nous lançons la préparation d’un document stratégique intitulé «10 ans de l’Initiative Triple A : bilan et vision 2036». Ce n’est pas un simple exercice commémoratif, mais un véritable instrument de travail, fondé sur un diagnostic rigoureux et une vision opérationnelle pour la décennie à venir ». Ce document sera présenté en septembre 2026 à Rome, en partenariat avec la FAO, lors d’un événement international de haut niveau. Car les défis restent considérables. « Les besoins de financement de l’adaptation agricole en Afrique atteignent 61 milliards de dollars par an, contre seulement 13 milliards mobilisés actuellement, soit un déficit de 48 milliards », a-t-il souligné.
Pour combler cet écart, le recours au secteur privé apparaît indispensable, notamment à travers le développement du crédit agricole, des assurances et du financement des chaînes de valeur. Dans cette perspective, l’Initiative AAA entend accélérer les solutions qui fonctionnent, renforcer les services climatiques destinés aux agriculteurs et plaider pour un financement plus équitable, privilégiant les subventions aux prêts, tout en veillant à une inclusion effective des femmes et des jeunes. À Meknès, les ministres ont été appelés à valider la note de concept du document stratégique « 10 ans de l’Initiative AAA : bilan et vision 2036 », appelé à devenir une feuille de route de référence. Ce texte vise à offrir une analyse actualisée de l’état de l’adaptation agricole en Afrique, à identifier les lacunes persistantes et à valoriser les solutions techniques susceptibles d’être déployées à grande échelle. Il ambitionne également de servir d’outil d’aide à la décision dans les négociations climatiques internationales, en renforçant la cohérence des politiques agricoles et climatiques africaines. Au-delà de l’exercice de bilan, la conférence vise à consolider l’engagement politique des États africains autour de l’adaptation agricole, érigée en priorité continentale. Elle devrait également contribuer à l’élaboration d’une position africaine unifiée en amont des prochaines échéances internationales, notamment la COP31. Cette rencontre a par ailleurs rassemblé un large éventail d’acteurs, incluant ministres, institutions internationales, partenaires financiers, chercheurs et représentants de la société civile. Cette étape de Meknès ouvre ainsi un processus en deux temps. Après la validation de la note de concept, le document stratégique sera finalisé puis présenté à Rome en septembre 2026. L’ambition étant de porter, sur la scène internationale, une voix africaine forte et unifiée en matière d’adaptation agricole.










