Parallèlement à la révision méthodologique et conceptuelle opérée dans son enquête trimestrielle, le HCP a aussi remplacé un terme par un autre. Désormais, on ne parle plus seulement d’«emploi», mais de «main-d’œuvre». Et ce glissement terminologique n’a rien d’anodin. Derrière ce changement de vocabulaire, il y a aussi une autre manière de regarder le marché du travail. Probablement plus large. Peut-être aussi plus proche de la réalité.
Car quand on parle de marché, on parle forcément d’une offre et d’une demande. Et c’est justement là qu’apparaît un paradoxe de plus en plus visible.
D’un côté, une demande d’emploi forte, persistante, parfois même pressante. De l’autre, des offres qui existent bel et bien, avec des dizaines, parfois des centaines de milliers de postes qui ne trouvent pas preneurs. Il suffit de discuter avec des professionnels de l’agriculture, du BTP, du tourisme ou même de certaines industries et activités de services pour entendre revenir le même discours : difficulté à recruter, manque de main-d’œuvre, absence des profils adaptés… Cela devient presque récurrent.
Et c’est là que la lecture devient intéressante. Parce qu’à partir d’un certain moment, la question n’est plus seulement celle du volume d’emplois créés. Elle devient aussi celle de l’adéquation entre les profils disponibles et les besoins réels du marché.
Autrement dit, une partie de la création d’emploi reste presque latente. Elle pourrait se produire, parfois rapidement, mais elle bute sur autre chose : qualification insuffisante, manque d’expérience, inadéquation des formations, refus de certains métiers ou parfois même problème de mobilité.
On n’est donc plus uniquement dans le schéma classique d’une économie qui ne crée pas assez d’emplois. Le sujet devient plus complexe. Plus structurel aussi.
Et c’est probablement là que la nouvelle grille de lecture du HCP peut devenir intéressante et utile. Parce qu’en élargissant la focale, elle pourrait permettre de mieux comprendre où se situe réellement le blocage.
Car au fond, le problème n’est peut-être pas tant l’incapacité du tissu économique à créer suffisamment d’emplois… mais plus la difficulté croissante à faire se rencontrer correctement l’offre et la demande.









