Entretien avec Idrissi Kaitouni, président de l’association Espoir Maroc
Inclusion : Malgré des avancées timides, l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap reste un défi majeur au Maroc. Ces personnes ont souvent un accès limité aux opportunités professionnelles, non seulement en raison des difficultés techniques qu’elles peuvent rencontrer mais aussi à cause des préjugés et des stéréotypes persistants sur leur capacité à occuper certains postes. Idrissi Kaitouni, président de l’association Espoir Maroc, livre son analyse.
ALM : Quelle est aujourd’hui l’ampleur de la question du handicap au Maroc ?
Idrissi Kaitouni : Les personnes en situation de handicap représentent près de 8 % de la population marocaine, soit près de trois millions de personnes selon nos estimations qui sont plus importantes que les données du Haut-Commissariat au Plan. C’est donc un enjeu majeur en matière d’égalité des chances et d’inclusions. Cependant, ces chiffres restent en deçà de la réalité. Le handicap est encore tabou dans notre société. Beaucoup de personnes ne le déclarent pas, par crainte de discrimination ou faute d’incitations concrètes.
Y a-t-il eu des avancées en matière d’emploi ?
Effectivement, des avancées ont été enregistrées depuis le premier Salon de l’emploi dédié aux personnes en situation de handicap en 2013 . Une centaine d’entreprises partenaires ont permis le recrutement d’environ 1.130 personnes, sans compter les stages. Certes, ce n’est pas suffisant, mais c’est encourageant.
Quelle est la réalité quotidienne pour ces personnes ?
Elle est souvent difficile. Les obstacles commencent dès l’école, avec un système éducatif qui n’est pas toujours adapté. Cela impacte directement l’employabilité. Toutefois, certaines initiatives émergent, notamment à travers des centres de formation spécialisés. Mais globalement, le chemin vers l’emploi reste semé d’embûches.
Les entreprises sont-elles suffisamment sensibilisées ?
La prise de conscience progresse, mais elle dépend beaucoup des décideurs. Lorsqu’un dirigeant ou un responsable RH est sensibilisé, les choses avancent rapidement.
Le principal frein reste psychologique. Le handicap est souvent perçu comme une limitation, alors qu’il peut être compensé, voire transformé en atout.
Que répondez-vous aux entreprises qui craignent un impact sur la productivité ?
Le recrutement doit se faire sur la base des compétences, et non dans une logique de charité. De nombreuses expériences montrent que certaines personnes en situation de handicap développent des aptitudes remarquables, comme la concentration ou la mémoire. L’enjeu est d’adapter l’environnement de travail.
Qu’en est-il des contraintes pratiques, notamment le transport?
C’est un frein majeur. L’accessibilité au moyen de transport reste insuffisante dans plusieurs villes. Cela limite fortement l’autonomie et l’accès à l’emploi. Des efforts sont en cours, notamment à Casablanca et Marrakech, mais ils restent encore insuffisants. Il est urgent d’agir à plus grande échelle.
Quel rôle la responsabilité sociétale des entreprises peut-elle jouer ?
La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) constitue un levier important pour favoriser l’inclusion. Elle peut encourager les entreprises à structurer leur engagement en faveur de la diversité. Mais dans les faits, l’écart entre les discours et la réalité reste significatif. Certaines entreprises montrent l’exemple, mais à l’échelle nationale, les initiatives restent encore limitées.
Quel message souhaitez-vous adresser aux entreprises ?
La diversité est une richesse et un levier de performance. L’inclusion n’est pas seulement une obligation morale, c’est aussi un enjeu économique. Il faut également rappeler que 80 % des handicaps surviennent au cours de la vie. Cela peut concerner chacun d’entre nous. Nous devons agir collectivement pour ne pas laisser une partie importante de la population en marge.










