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Il A vécu pendant dix jours avec le cadavre de sa mère

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Insolite
À Sidi Kacem, ce ne sont ni des cris ni une disparition signalée qui ont conduit les policiers jusqu’au corps d’une vieille femme morte depuis dix jours dans sa maison. C’est l’odeur de putréfaction qui s’est lentement répandue au quartier Al-Mars, pendant qu’au-dessus du cadavre, vivait encore son propre fils, silencieux, enfermé dans une étrange indifférence.

Il régnait dans le quartier Al-Mars situé à Sidi Kacem un brouhaha d’enfants qui jouaient au ballon ce lundi 4 mai, coïncidant avec les quatrièmes vacances intermédiaires de l’année scolaire 2025-2026, quand les voisins ont commencé à inhaler cette odeur nauséabonde. Discrète d’abord, presque imperceptible, elle s’est insinuée par les fenêtres entrebâillées, elle est montée dans les escaliers et elle s’est installée. Puis, avec le début de la semaine, elle est devenue impossible à ignorer puisque insupportable. Les voisins ne sont pas restés les mains croisées, ni sont allés frapper à sa porte. Mais, ils ont alerté la police du district provincial de la ville. Les éléments de la police judiciaire, scientifique et technique ont débarqué rapidement sur les lieux, accompagnés des autorités locales. C’est ainsi qu’a été découvert le corps d’une femme âgée, seule dans le silence de son rez-de-chaussée, dans son domicile. Elle n’était plus là depuis longtemps déjà. Les enquêteurs ont établi plus tard que cela faisait dix jours que la vie l’avait quittée. Le constat d’usage leur a montré que cela ne ressemblait pas à une mort naturelle. Sur la joue de la victime, une plaie. Au sol, des taches sombres, du sang séché depuis longtemps. Le corps a été transféré en urgence au service d’anatomie pathologique de l’hôpital provincial, avant d’être acheminé vers le Centre hospitalier régional Azemmouri de Kénitra, où les médecins légistes ont dû percer le secret de cette mort. Mais le mystère le plus troublant n’était pas dans la chambre de la victime. Il était au premier étage de ce même immeuble, là où vivait son fils. Un jeune homme que les habitants du quartier ont décrit comme consumé par les drogues et sujet à des crises de rage imprévisibles. Il a partagé ce toit avec sa mère pendant des années. Ce fils, les enquêteurs de la police judiciaire l’ont retrouvé sur place, vivant. Et apparemment indifférent. Ils l’ont placé aussitôt en garde à vue. Mais l’homme s’est muré dans un silence obstiné. Pas un mot, pas une explication. Face aux enquêteurs qui l’ont interrogé, il s’est mis à se comporter de manière incohérente, à feindre un état de confusion mentale.
Ce qui semble avoir révolté les enquêteurs n’a pas été seulement la violence supposée du crime, mais ce silence de dix jours. Car le fils a su. Il a vécu là, il est allé et venu, il a franchi chaque jour le seuil de cette maison où gisait sa mère. Et il n’a rien dit. Ni à la police, ni aux voisins, ni à sa famille, ni à personne. C’est la seule odeur de la mort qui a finalement parlé à sa place.
Le parquet général près la Cour d’appel de Kénitra a ordonné de soumettre le cadavre de la femme à une autopsie médicale afin de déterminer la cause exacte de sa mort. En attendant ses résultats, le parquet général a ordonné la soumission de son fils à une expertise psychiatrique. Si sa démence était réelle, elle changeait tout. Si elle était feinte, elle a révélé au contraire une lucidité froide, calculatrice, celle d’un homme qui a regardé sa mère mourir, ou pire, l’a aidée à partir, et a choisi de vivre dix jours avec ce secret entre quatre murs.