2021–2026 : Industrie, investissement, énergie, exportations, tourisme… des mutations simultanées et accélérées
Dynamique. Industrie automobile et aéronautique, investissements, exportations, tourisme, énergies renouvelables, infrastructures, numérique… Malgré une conjoncture mondiale particulièrement instable, plusieurs secteurs clés de l’économie marocaine ont continué à accélérer leur mutation ces dernières années. Derrière cette dynamique, c’est toute une tentative de repositionnement économique qui apparaît progressivement, avec en toile de fond un objectif central : créer davantage de valeur locale et d’opportunités d’emploi.
Fin 2021, au moment où le gouvernement prenait ses fonctions, les conditions n’étaient franchement pas idéales pour parler transformation économique. L’économie mondiale tentait de sortir difficilement de la pandémie, les chaînes logistiques étaient désorganisées, les coûts de transport maritime explosaient parfois dans des proportions inédites, les matières premières s’envolaient, quand elles existaient, et l’inflation commençait à s’installer durablement.
Quelques mois plus tard, les tensions géopolitiques dans l’Est de l’Europe allaient encore accentuer cette instabilité. Energie, céréales, composants industriels, fret maritime… pratiquement tous les grands équilibres économiques mondiaux étaient sous pression.
Dans ce contexte, la priorité aurait pu être simplement de jouer la défensive : limiter les dégâts, ralentir certains investissements, gérer les urgences. Pourtant, parallèlement à cette gestion de crise permanente, plusieurs chantiers structurants et lourds ont continué à avancer en même temps.
Et c’est probablement cela qui ressort le plus aujourd’hui quand on prend du recul : l’économie marocaine n’a pas seulement cherché à résister aux chocs. Elle a essayé de poursuivre sa transformation dans un moment mondial pourtant extrêmement mouvant.
Une industrie qui continue de tirer la croissance
L’automobile reste incontestablement le symbole le plus visible de cette montée en puissance industrielle.
Le secteur est désormais solidement installé comme premier métier exportateur du Royaume avec plus de 157 milliards de dirhams d’exportations en 2025. Le Maroc dispose aujourd’hui d’une capacité de production dépassant le million de véhicules par an, ce qui le positionne comme étant le premier constructeur automobile du continent africain.
Mais derrière ces chiffres, le sujet le plus stratégique est probablement celui du taux d’intégration locale. Pendant longtemps, beaucoup d’industries d’assemblage dans les pays émergents fonctionnaient avec une forte dépendance aux importations de composants. Aujourd’hui, la logique change progressivement. Dans plusieurs segments automobiles, le taux d’intégration locale dépasse désormais 65%.
Et cela change beaucoup de choses. Parce que la vraie richesse industrielle ne vient pas uniquement des volumes produits mais de la capacité à fabriquer localement davantage de composants, de pièces, de systèmes et de technologies.
Cette dynamique devient encore plus importante avec l’accélération mondiale du véhicule électrique. Batteries, composants électroniques, câblage, matériaux stratégiques… de nouveaux écosystèmes commencent progressivement à se structurer.
Même logique dans un autre secteur de pointe, l’aéronautique. Le secteur compte désormais plus de 140 entreprises avec près de 24.000 emplois directs et des exportations dépassant 26 milliards de dirhams. Là aussi, la transformation s’est faite progressivement. D’abord les activités de base, puis les écosystèmes industriels, ensuite les métiers plus complexes.
Aujourd’hui, deux des quatre plus grands motoristes mondiaux disposent d’unités industrielles au Maroc. Et cela dépasse largement la simple présence d’usines. Il faut savoir que derrière un motoriste, il y a des chaînes de fournisseurs, des besoins en ingénierie, en maintenance, en formation technique et potentiellement demain en recherche et développement.
Rien à voir avec les industries lourdes et de pointe mais un secteur qui a porté les germes de l’industrie au Maroc : le textile. Le secteur continue lui aussi de jouer un rôle important avec plus de 45 milliards de dirhams d’exportations et près de 200.000 emplois directs, au même titre, d’ailleurs, que l’agroalimentaire qui reste également un des piliers centraux du tissu industriel national.
Autrement dit, le Maroc essaie progressivement de changer de statut industriel. Ne plus être uniquement une base de production compétitive, mais devenir une plateforme industrielle davantage intégrée.
Investissement : Une bataille mondiale de plus en plus rude
A l’évidence, la transformation économique passe aussi par l’investissement. Et sur ce terrain, la compétition mondiale devient beaucoup plus intense.
Tous les pays cherchent aujourd’hui à attirer les mêmes secteurs : mobilité électrique, batteries, hydrogène vert, électronique, numérique, intelligence artificielle, data centers, industries vertes…
Dans ce contexte, les anciens avantages compétitifs ne suffisent plus toujours. Car sur le cadrans des grands investisseurs internationaux figurent désormais des paramètres tels que la stabilité politique, la rapidité administrative, les infrastructures logistiques, l’accès énergétique, la disponibilité des compétences, la proximité des marchés et, aussi de plus en plus, l’empreinte carbone de la production.
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit la nouvelle Charte de l’investissement avec un objectif affiché de 550 milliards de dirhams
d’investissements privés et 500.000 emplois à l’horizon 2026.
Et derrière ces objectifs, il y a surtout une idée : essayer de positionner le Maroc sur les nouvelles chaînes de valeur mondiales avant qu’elles ne soient totalement figées.
Les investissements directs étrangers continuent d’ailleurs à se maintenir à des niveaux élevés avec plus de 39 milliards de dirhams d’IDE enregistrés en 2025.

Tanger Med : Plus qu’un port, un hub de production stratégique
Difficile de parler transformation économique sans évoquer Tanger Med.
Avec plus de 10 millions de conteneurs traités en 2024, le complexe portuaire est devenu l’une des plus grandes plateformes logistiques de Méditerranée et d’Afrique.
Mais le plus intéressant est probablement ailleurs. Depuis quelques années, Tanger Med n’est plus seulement un port au sens strict. C’est désormais un écosystème industriel et logistique complet connecté à plus de 180 ports mondiaux.
Plus de 1.300 entreprises sont installées dans les différentes zones industrielles et logistiques liées au complexe, générant des centaines de milliers d’emplois directs et indirects.
Et là encore, le sujet dépasse largement la dimension logistique. Il touche directement à la souveraineté commerciale, à la fluidité des exportations et à la capacité du Maroc à sécuriser ses grands flux économiques.
L’énergie devient un sujet industriel
Pendant longtemps, la question énergétique était surtout perçue sous l’angle de la dépendance extérieure et du coût des importations.
Aujourd’hui, elle devient aussi un levier industriel majeur. Pour cause, les capacités installées en énergies renouvelables représentent désormais environ 45% du mix électrique installé du Royaume avec un objectif de 52%.
Le complexe Noor à Ouarzazate reste l’un des symboles les plus visibles de cette stratégie avec plus de 580 MW de capacité installée.
Mais surtout, les projets liés à l’hydrogène vert commencent progressivement à repositionner le Maroc dans les nouvelles chaînes énergétiques mondiales.
Et ce sujet devient stratégique pour une raison simple : les règles du commerce mondial changent.
Les mécanismes carbone européens, les nouvelles normes environnementales et les exigences liées à la production verte deviennent progressivement des conditions d’accès aux marchés internationaux.
Autrement dit, produire ne suffira bientôt plus. Il faudra produire avec une empreinte carbone maîtrisée. Et c’est précisément ce que le Maroc semble essayer d’anticiper.

Tourisme : Un retour particulièrement rapide
Le tourisme constitue un autre marqueur important de cette dynamique.
Après l’effondrement provoqué par la pandémie, beaucoup pensaient que le secteur aurait besoin de plusieurs années pour retrouver ses niveaux précédents. Pourtant, la reprise a été beaucoup plus rapide que prévu.
Le Maroc a accueilli près de 17,4 millions de touristes en 2025 pour plus de 112 milliards de dirhams de recettes en devises.
Mais derrière ces chiffres, le tourisme agit surtout comme une énorme machine économique transversale : transport aérien, hôtellerie, restauration, commerce, artisanat, investissement territorial, emploi local…
La préparation de la Coupe du monde 2030 vient encore accélérer cette dynamique. Au-delà du football, ce chantier agit déjà comme un accélérateur d’infrastructures, de mobilité, de rénovation urbaine et de visibilité internationale.
Numérique et intelligence artificielle: Eviter le retard technologique
Une autre transformation commence aussi à prendre de l’ampleur : celle du numérique et de l’intelligence artificielle.
Pendant longtemps, le Maroc est resté principalement consommateur des grandes ruptures technologiques mondiales. Avec l’IA, l’objectif affiché semble clairement être d’éviter de reproduire ce schéma.
Les projections évoquent une contribution potentielle de 10 milliards de dirhams au PIB à horizon 2030, près de 50.000 emplois et un besoin urgent de former plus de 200.000 profils.
Les projets de data centers souverains, les stratégies numériques et les investissements dans les infrastructures digitales traduisent progressivement cette volonté de montée en puissance.
Parce qu’au fond, les prochaines chaînes de valeur mondiales se structureront aussi autour des données, du cloud, de la cybersécurité et des capacités de calcul.
Tout converge vers l’emploi
Toute cette transformation économique finit par se heurter à une même question : celle de l’emploi.
Car une économie peut exporter davantage, attirer des investissements, construire des infrastructures et accélérer son industrialisation sans forcément produire suffisamment d’emplois ou les profils adaptés.
Et c’est probablement là que se situe aujourd’hui le principal défi. Dans plusieurs secteurs, les professionnels parlent désormais moins d’absence d’activité que de difficulté à recruter. Industrie, BTP, agriculture, tourisme, numérique… les besoins existent mais les profils ne suivent pas toujours.
Des dizaines de milliers de postes restent parfois non pourvus. Ce constat change profondément la nature du débat sur l’emploi.
On n’est plus uniquement dans une situation où l’économie ne crée pas assez d’activité. Une partie du problème réside aussi dans l’inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins réels du marché.
D’où l’importance prise aujourd’hui par la formation professionnelle, les Cités des métiers et des compétences, les nouvelles filières industrielles et les métiers du numérique.
D’autant plus que la vraie bataille économique des prochaines années sera probablement autant une bataille des compétences qu’une bataille des investissements.
Et au final, la question n’est peut-être plus de savoir si l’économie marocaine est en train de se transformer. Cette transformation est déjà en marche et visible dans plusieurs secteurs. Le véritable enjeu désormais est probablement ailleurs : réussir à faire en sorte que cette montée en puissance produise suffisamment d’emplois, de compétences et de valeur locale pour permettre au Maroc de changer durablement d’échelle.












