EditorialUne

Dix années d’avance…

© D.R

Il y a parfois des actions et des initiatives dont on ne mesure réellement la portée que plusieurs années plus tard.
Le 16 novembre 2016, en marge de la COP22 qui se tenait alors à Marrakech, SM le Roi Mohammed VI avait invité l’ensemble des chefs d’État africains autour d’une table pour réfléchir ensemble aux enjeux et défis climatiques de l’avenir et surtout poser les jalons d’une démarche collective pour faire entendre la voix du continent. De cette réunion était née la Commission Climat du Bassin du Congo.

À l’époque, il est vrai, le sujet restait essentiellement associé aux aspects environnementaux et climatiques. La priorité consistait surtout à permettre aux pays concernés de mieux coordonner leurs positions et défendre leurs intérêts dans les grandes négociations internationales liées au climat. Dix ans plus tard, le décor mondial a profondément changé.
Les tensions énergétiques se sont accélérées. Les crises hydriques s’aggravent. Les marchés carbone montent en puissance. Les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements stratégiques. Les transitions énergétiques redessinent les rapports de force économiques. Et dans cette recomposition mondiale, les ressources environnementales deviennent elles aussi des instruments de puissance.

Le Bassin du Congo n’est alors plus seulement regardé comme une immense forêt tropicale. Il représente désormais des réserves hydriques majeures, des capacités considérables d’absorption du carbone et un actif stratégique dans les futurs équilibres climatiques et énergétiques mondiaux.
Et avec dix années de recul, l’initiative lancée depuis Marrakech apparaît comme une forme d’anticipation. Une intuition stratégique avant que le climat, l’eau, le carbone ou les financements verts ne deviennent des sujets centraux dans les nouvelles rivalités économiques mondiales. Des questions qui ne relèvent plus uniquement des ministères de l’environnement ou des grandes conférences diplomatiques.

La présence à Nairobi d’importantes délégations économiques et du secteur privé marocain illustre parfaitement cette évolution. Le sujet touche désormais aux infrastructures, à l’énergie, aux investissements, aux technologies vertes, à l’ingénierie et aux futurs marchés africains liés à la transition énergétique.
Et au fond, Nairobi raconte aussi peut-être comment une initiative royale visionnaire lancée il y a près de dix ans à Marrakech prend aujourd’hui une dimension stratégique que peu auraient pu mesurer réellement à l’époque.