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De Marrakech à Nairobi, les nouvelles batailles stratégiques africaines

© D.R

Climat, eau, carbone, investissements… l’Afrique revient progressivement au centre des nouvelles recompositions mondiales

Enjeux : Créée en 2016 à Marrakech en marge de la COP22, la Commission Climat du Bassin du Congo était au départ pensée comme un cadre africain de coopération environnementale et climatique. Quelques années plus tard, alors que les enjeux liés à l’eau, au carbone, à l’énergie et aux financements verts prennent une dimension géopolitique mondiale, le sommet organisé à Nairobi marque une nouvelle étape beaucoup plus stratégique.

À première vue, l’image peut sembler classique. Un sommet africain de plus, des chefs d’État et de gouvernement, des délégations officielles, des discussions autour du climat, du développement ou encore des partenariats économiques. Pourtant, derrière les rencontres organisées cette semaine à Nairobi, les enjeux sont beaucoup plus stratégiques qu’ils n’en ont l’air.
Et pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui dans la capitale kényane, il faut probablement remonter quelques années en arrière. Plus précisément à Marrakech, en 2016, au moment de la COP22. C’est là qu’avait été lancée la Commission Climat du Bassin du Congo avec une idée alors principalement environnementale : permettre aux pays concernés de coordonner leurs positions face aux enjeux climatiques et mieux défendre leurs intérêts dans les négociations internationales.
Mais depuis, le monde a changé. Ou plutôt, les priorités se sont élargies. Aujourd’hui, parler climat en Afrique ne signifie plus uniquement parler des aspects strictement environnementaux. Le sujet touche désormais directement à l’économie, à l’énergie, à l’eau, aux investissements, aux marchés carbone, aux financements internationaux et même aux futurs rapports de force géopolitiques.
La participation du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, représentant Sa Majesté le Roi Mohammed VI, au Sommet « Africa Forward » ainsi qu’au 4e Sommet de la Commission Climat du Bassin du Congo, s’inscrit précisément dans cette nouvelle réalité.
Et un détail résume probablement cette évolution : la présence, au sein de la délégation marocaine non seulement de plusieurs ministres mais également d’une importante représentation de la CGEM et du secteur privé marocain. Cela signifie que ces rencontres ne relèvent plus uniquement de la diplomatie classique. Elles deviennent aussi économiques, industrielles et stratégiques.

Le Bassin du Congo, pas seulement une forêt

Pour beaucoup, le Bassin du Congo reste avant tout une immense forêt africaine. C’est vrai, évidemment. Mais cette lecture devient aujourd’hui largement incomplète.
Car ce territoire représente désormais bien davantage qu’un simple espace écologique. Avec plus de 220 millions d’hectares de forêts tropicales, des réserves hydriques considérables et une capacité massive d’absorption du carbone, le Bassin du Congo est progressivement devenu un actif stratégique mondial. Et c’est précisément là que tout change.
Dans le monde qui se dessine, les grandes ressources naturelles ne sont plus regardées uniquement sous l’angle des matières premières traditionnelles. L’eau, les forêts, le carbone et les capacités de stockage écologique prennent désormais une importance économique et géopolitique croissante.
Autrement dit, les forêts africaines commencent progressivement à peser sur les équilibres mondiaux presque autant que certaines ressources énergétiques classiques.

Le climat devient aussi un sujet de puissance économique

Pendant longtemps, les grandes conférences climatiques étaient surtout perçues comme des espaces de discussions environnementales ou diplomatiques. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.
Le climat devient progressivement un sujet économique majeur. Le Fonds Bleu pour le Bassin du Congo illustre parfaitement cette évolution. Officiellement, il s’agit de mobiliser des financements pour préserver les ressources hydriques, accompagner les projets durables et soutenir les économies africaines dans leur transition environnementale.
Mais derrière ce vocabulaire technique, les enjeux sont beaucoup plus larges.

Le climat n’est plus seulement un enjeu écologique. Il devient progressivement un sujet de souveraineté, de financement et d’influence.

Parce qu’au fond, celui qui finance les infrastructures vertes, les barrages, les projets énergétiques, les mécanismes carbone ou encore les réseaux liés à l’eau participe aussi à structurer les futurs rapports de dépendance économique et stratégique.
Et c’est précisément pour cela que ces sujets attirent désormais autant de grandes puissances, d’institutions financières internationales et d’investisseurs.
Le climat n’est plus seulement un enjeu écologique. Il devient progressivement un sujet de souveraineté, de financement et d’influence.

Le Maroc cherche aussi à se positionner

Dans ce contexte, la présence marocaine à Nairobi dépasse largement le simple cadre protocolaire.
Depuis plusieurs années, le Royaume accélère progressivement son positionnement dans les secteurs liés à la transition énergétique et environnementale. Énergies renouvelables, hydrogène vert, dessalement, interconnexions électriques, infrastructures portuaires, marchés carbone ou encore gestion de l’eau: plusieurs chantiers avancent simultanément.
Et cette expérience commence aujourd’hui à intéresser de nombreux partenaires africains.
Le Maroc dispose déjà de l’un des mixes énergétiques renouvelables les plus avancés du continent avec un objectif dépassant les 52% de capacités installées renouvelables. Les projets de dessalement, eux aussi, se multiplient dans plusieurs régions du Royaume dans un contexte de stress hydrique devenu structurel.
Autrement dit, le Royaume ne se positionne plus seulement comme un acteur diplomatique africain. Il cherche aussi progressivement à devenir un acteur de solutions.
Et c’est probablement pour cela que la dimension économique est aussi présente dans cette visite à Nairobi.
Car derrière les discussions sur le climat et le Bassin du Congo, il y a aussi des marchés, des infrastructures, des projets énergétiques, des besoins en ingénierie, des financements et de nouvelles opportunités économiques.

Pourquoi le Bassin du Congo est stratégique ?

Poumon écologique : Le Bassin du Congo est considéré comme le deuxième plus grand poumon écologique mondial après l’Amazonie.
Il couvre plusieurs pays d’Afrique centrale et joue un rôle essentiel dans l’absorption du CO₂ mondial, la régulation climatique, les réserves d’eau douce, la biodiversité et les futurs marchés carbone.
Avec la montée des politiques climatiques internationales, ces espaces deviennent progressivement des actifs économiques et géopolitiques majeurs.

Une Afrique qui revient progressivement au centre du jeu

Ce qui se joue autour du Bassin du Congo raconte aussi quelque chose de plus large : le retour progressif de l’Afrique dans les grands équilibres mondiaux.
Pendant longtemps, le continent était principalement regardé à travers ses fragilités : pauvreté, dette, dépendance alimentaire ou instabilité politique.
Aujourd’hui, une autre lecture commence à s’imposer.
L’Afrique concentre certaines des plus importantes réserves minières mondiales, un potentiel énergétique considérable, des ressources hydriques stratégiques et des capacités agricoles majeures. À cela s’ajoutent désormais des ressources environnementales devenues essentielles dans les nouvelles politiques climatiques mondiales.
Et dans ce contexte, les rapports de force changent eux aussi.
On ne parle plus uniquement pétrole ou matières premières classiques. On parle désormais hydrogène vert, métaux critiques, crédits carbone, sécurité hydrique et nouvelles chaînes de valeur vertes.

Une diplomatie de plus en plus économico-stratégique

La participation marocaine à ces sommets illustre également une évolution plus large de la diplomatie du Royaume.
La diplomatie classique reste évidemment centrale. Mais elle est désormais accompagnée de plus en plus par les entreprises, les investisseurs, les banques, les industriels et les opérateurs énergétiques.
Autrement dit, la diplomatie devient progressivement aussi économique et stratégique.
Et dans un monde où les transitions énergétique, climatique et numérique redessinent les rapports de force mondiaux, cette dimension devient de plus en plus importante.
Au fond, derrière Nairobi et derrière les discussions climatiques, c’est probablement une autre bataille qui commence déjà à se dessiner. Une bataille autour de l’eau, du carbone, de l’énergie, des financements verts et des nouvelles chaînes de valeur mondiales. Et dans cette recomposition qui s’accélère, plusieurs pays africains – dont le Maroc – essaient clairement de se positionner avant que les nouvelles règles du jeu ne soient totalement écrites.

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