Editorial

Le grand déclic ?

© D.R

À Casablanca, certains dossiers semblaient presque condamnés à rester éternellement bloqués. Avec le temps, les habitants avaient fini par s’y habituer et se résigner. L’avenue royale faisait partie du décor des grands projets annoncés mais jamais réellement débloqués. La décharge de Médiouna aussi. Quant à Derb Ghallef, beaucoup pensaient qu’aucun élu ou responsable n’oserait vraiment toucher à ce morceau de ville tellement complexe, sensible et difficile à restructurer.


Et pourtant, depuis trois ou quatre ans, les choses bougent. Pas partout au même rythme évidemment. Mais suffisamment pour que cela devienne visible.
L’avenue royale avance enfin après plus de quarante ans d’enlisement foncier. La décharge de Médiouna a commencé à tourner une page que plusieurs générations de responsables n’avaient jamais réussi à refermer. Même le marché de Derb Ghallef, dossier presque mythique à Casablanca tant les conseils successifs s’y sont cassé les dents, semble entrer dans une phase de transformation active.
Le plus frappant est que ce mouvement ne concerne pas uniquement Casablanca. Un peu partout dans le pays, des projets longtemps considérés comme ingérables ou insolubles commencent progressivement à sortir du brouillard. Comme si une partie du vieux passif urbanistique accumulé pendant des décennies commençait enfin à être attaquée frontalement.
Évidemment, l’échéance de la Coupe du monde 2030 joue un rôle énorme. Personne ne peut sérieusement le nier. Quand un pays se prépare à accueillir l’événement sportif le plus regardé au monde, la pression change forcément d’échelle. Les villes n’ont plus vraiment le droit de laisser traîner certains dossiers.
Mais ce n’est probablement pas toute l’explication. Car le Maroc a déjà accueilli de grands événements internationaux par le passé sans que cela produise forcément ce type d’accélération sur des dossiers aussi anciens et aussi compliqués. Les lois, les institutions et les procédures n’ont pas été bouleversées du jour au lendemain non plus.
Alors peut-être que la différence est ailleurs. Dans le profil des responsables qui gèrent aujourd’hui les territoires. Une nouvelle génération plus pragmatique, moins enfermée dans les logiques administratives classiques et surtout plus orientée résultats. Avec parfois une approche plus directe, plus audacieuse, plus offensive aussi.
Ce qui est peut-être en train de changer dans certaines villes marocaines, ce n’est pas seulement le béton ou les infrastructures. C’est la capacité, enfin, à débloquer ce que tout le monde croyait définitivement bloqué.