À quelques jours de l’Aïd Al Adha, le ministère de l’agriculture vient de livrer son point de situation traditionnel sur le marché des ovins destinés au sacrifice (lire l’article en page 14). Les chiffres annoncés se veulent plutôt rassurants : une offre estimée entre 8 et 9 millions de têtes pour une demande qui tournerait autour de 6 millions. En théorie, le marché devrait donc être suffisamment approvisionné pour éviter les grandes tensions observées certaines années.
Le ministère insiste aussi sur un autre aspect : l’organisation des circuits de commercialisation. Points de vente saisonniers structurés, contrôle sanitaire du cheptel, suivi des marchés… tout est visiblement fait pour essayer de contenir les habituelles dérives des derniers jours précédant l’Aïd. Et notamment l’effet des fameux «chennakas», ces intermédiaires accusés chaque année de faire grimper artificiellement les prix.
Mais en réalité, le problème est probablement un peu plus complexe. Car même avec une offre abondante, le marché du mouton reste un marché très particulier. Sur une courte période, quelques jours seulement, des millions d’acheteurs potentiels vont tous se ruer sur le même marché avec le même objectif. Quel que soit le volume de l’offre, économiquement, cette pression suffit à elle seule à gonfler les prix, même sans intervention massive des intermédiaires.
Le phénomène commence souvent bien avant les grands marchés urbains. Un éleveur dans une région rurale entend parler d’une hausse des prix ici ou là, voit passer quelques vidéos sur les réseaux sociaux, capte l’ambiance générale… et décide lui-même d’augmenter ses tarifs. Pas forcément par spéculation organisée. Plutôt parce qu’il sent que la demande monte et qu’il ne veut pas vendre «moins cher que le marché», même si ce fameux marché, au fond, il ne le connaît parfois qu’à distance.
Et c’est là toute la difficulté. Car ni l’État ni personne ne peut réellement empêcher un vendeur de revoir son prix à la hausse tant qu’il trouve un acheteur en face. Le vrai régulateur reste finalement le consommateur lui-même. Tant qu’il accepte de suivre la hausse, le marché considère que le point d’équilibre existe.
C’est d’ailleurs ce qui rend chaque année le débat sur les prix du mouton un peu particulier. Les intermédiaires y sont pour beaucoup, certes. Mais la mécanique réelle est souvent plus diffuse, plus psychologique aussi. Une sorte de tension collective qui se construit progressivement à mesure que la fête approche.










