Bras de fer : Une guerre, même si elle est militairement gagnée, pourrait s’avérer une défaite si elle dure longtemps. Le prix à payer devient politique.
A la lecture de la réponse iranienne à l’offre américaine de paix qui a duré une dizaine de jours, Donald Trump a réagi avec un haut-le-cœur très déçu. Il s’attendait sans doute à autre chose qu’à ces concessions d’apparence artificielle contenues dans la lettre iranienne remise au médiateur pakistanais.
Donald Trump n’a pas eu la réponse qu’il cherchait sur au moins cinq points essentiels. La réouverture sans conditions et sans péage du détroit d’Ormuz. L’engagement iranien à ne pas enrichir l’uranium avec un moratoire qui court sur une vingtaine d’années. L’engagement à remettre les 440 kilogrammes de l’uranium déjà enrichi à 60% à un pays tiers, notamment les Etats-Unies. Le nécessité de brider le programme balistique iranien. Et la promesse de ne plus nourrir les proxys iraniens dans la région, ses bras armés comme le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien, le Houthi au Yémen et les brigades populaires en Irak. Sur tous ces points qui ont constitué la motivation principale de cette guerre israélo-américaine contre l’Iran, le régime de Téhéran n’a fourni aucune réponse satisfaisante pour Donald Trump. D’où cette interrogation qui domine: que fera le président américain pour traiter ce refus d’obtempérer iranien? Va-t-il ordonner le retour à la guerre et à l’escalade militaire ? Théoriquement c’est ce qui risque de se passer. Mais dans la réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées pour l’actuel locataire de la Maison-Blanche.
Le retour américain à la guerre inclut pour Donald Trump plusieurs paramètres. Si demain il ordonne le retour aux opérations militaires contre l’Iran, sa visite en Chine et sa rencontre au sommet avec le leadership chinois prévues cette semaine seront sérieusement compromises. Le retour à la guerre, surtout si elle n’est pas tranchée dans quelques semaines, mettra en péril deux événements majeurs dans l’agenda américain. L’organisation du 250ème anniversaire de l’indépendance américaine que Donald Trump voudrait grandiose. Et l’organisation de la prochaine Coupe du monde de football.
Et si on rajoute à ces trois événements d’agenda des situations d’humeur politique interne aux Américains, Donald Trump se trouve plus proche de la paralysie d’action que du retour à une activité guerrière en Iran. En effet, le retour à la guerre va exiger le feu vert du Congrès américain. Jusqu’à aujourd’hui, Donald Trump et son administration ont su jouer sur les mots et les dates pour échapper à cette exigence constitutionnelle. Aujourd’hui déclarer la guerre à l’Iran pourrait ne pas passer aussi aisément.
Donald Trump est coincé aussi par l’arrivée à grands pas des élections du Mid-term. Ces élections à mi-mandat où les Américains renouvellent une grande partie de leur représentation nationale. Les impacts économiques de cette guerre sur le pouvoir d’achat des Américains sont indéniables. A titre d’exemple, le prix du gallon du pétrole a presque doublé. Ce qui rend cette guerre très impopulaire auprès des Américains en général et de la basse MAGA (Make America Great Again) en particulier. Car faut-il le rappeler, le président Donald Trump s’était fait élire à deux reprises à la Maison -Blanche sur la promesse d’arrêter les guerres internationales dans lesquelles les Américains sont impliqués. Le voir aujourd’hui lancer une guerre au Proche-Orient a déjà provoqué de grandes fissures au sein de sa base électorale. Ce qui risque de se payer cash dans les urnes de novembre prochain.
Dans son bras de fer avec les Américains, le leadership iranien prend en considération les contraintes internes propres à Donald Trump et élabore le plafond de ses concessions en fonction de cette marge de manœuvre américaine.
Les Iraniens partent sans doute du principe que la notion du temps n’est pas la même pour Téhéran que pour Washington. Pour l’Iran plus cette guerre dure et plus le régime y résiste, plus cela ressemblerait davantage à un bourbier. Pour Donald Trump, la notion de la guerre-éclair comme ce qu’il a réalisé au Venezuela avec Nicolas Maduro et l’installation rapide de Delcy Rodrigues était le modèle d’intervention militaire idéale. Une longue guerre, même si elle est militairement gagnée, pourrait s’avérer une défaite si elle dure longtemps. Le prix à payer devient politique.
Le grand danger pour Donald Trump aujourd’hui est d’avoir mené une guerre contre le régime iranien sans l’avoir affaibli durablement et sans lui avoir ôté les instruments de nuisance et de domination avec lesquels il va certainement menacer tout son voisinage.










