EditorialUne

Verdict des marchés

© D.R

Les marchés financiers parlent un langage froid. Sans émotion. Sans militantisme. Sans slogans non plus. Et lorsqu’un pays réussit une sortie obligataire internationale dans de bonnes conditions, cela signifie généralement une chose simple : les investisseurs considèrent que le risque reste maîtrisé et que l’économie conserve des fondamentaux suffisamment solides pour inspirer confiance.

L’emprunt obligataire réalisé cette semaine par le Maroc sur le marché international en apporte une nouvelle illustration. Deux tranches, 2,25 milliards d’euros levés, un carnet d’ordres culminant à 5,2 milliards d’euros, soit pratiquement le double du besoin exprimé (lire l’article en pages 4 à 6). Derrière ces chiffres un peu techniques se cache en réalité un signal économique et financier important.
Car dans ce type d’opération, tout est affaire de crédibilité.

Les investisseurs internationaux ne prêtent pas sur la base des discours politiques. Ils regardent les équilibres macroéconomiques, le niveau d’endettement, la stabilité institutionnelle, la capacité de remboursement, les perspectives de croissance et surtout la qualité globale de la gestion publique. En d’autres termes, ils achètent d’abord une signature souveraine.
Et visiblement, le «papier Maroc» continue de rassurer.

Les spreads obtenus – 170 points de base pour la tranche à 8 ans et 200 points pour celle à 12 ans – traduisent précisément cette perception du risque souverain marocain par les marchés internationaux. Dans un contexte mondial encore marqué par de fortes incertitudes géopolitiques, des tensions inflationnistes persistantes et une grande nervosité des marchés obligataires, parvenir à lever de tels volumes dans ces conditions n’a rien d’automatique.

D’autant que cette opération ne se limite pas à une simple recherche de liquidités.
Une levée internationale constitue aussi une sorte d’examen grandeur nature. Le pays se présente devant les marchés. Les investisseurs scrutent tout : stabilité politique, trajectoire budgétaire, réformes engagées, capacité de résilience, gouvernance financière, perspectives économiques… Puis ils tranchent. Immédiatement.

Et le fait que le Maroc ait réussi à attirer une demande aussi forte montre qu’il continue à bénéficier d’un capital confiance relativement solide auprès des grandes places financières y compris celles lointaines comme en Asie. Ce n’est jamais ni acquis d’avance ni un hasard…