Selon l’étude sur l’analyse comparative de la territorialisation de la SNIA
Etude : L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a présenté à Rabat, en marge d’un séminaire national les résultats d’une analyse comparative sur la territorialisation de la Stratégie nationale de l’immigration et de l’asile (SNIA) dans quatre régions du Maroc : l’Oriental, Souss-Massa, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Béni Mellal-Khénifra.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) Maroc a conduit, entre novembre 2025 et fin février 2026, une étude de terrain sur l’analyse comparative de la territorialisation de la Stratégie nationale de l’immigration et de l’asile (SNIA) dans quatre régions : l’Oriental, Souss-Massa, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Béni-Mellal-Khénifra. Pour en présenter les résultats, l’OIM a organisé un séminaire national mardi 19 mai à Rabat dont l’objectif est de mettre en valeur les réalisations, les bonnes pratiques ainsi que les défis et les limites qui en ont émergé et à contribuer au renforcement d’une gouvernance migratoire territorialisée, cohérente et inclusive. La rencontre s’est déroulée en présence de Naima Ben Yahia, ministre de la solidarité, de l’insertion sociale et de la famille, Younes Sekkouri, ministre de l’inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, docteur Abdelkrim Meziane Belfkih, secrétaire général du ministère de la santé, ainsi que l’ambassadeur d’Espagne au Maroc, Enrique Ojeda Vila, et Laura Palatini, cheffe de la mission de l’OIM Maroc. Le séminaire a réuni de plus des représentants des institutions nationales, des collectivités territoriales, des services déconcentrés de l’État, de la société civile, du secteur privé, des universités ainsi que des communautés migrantes afin d’échanger sur les moyens de renforcer davantage une gouvernance migratoire ancrée dans les territoires. Intervenant à ce sujet, Younes Sekkouri a déclaré que «la situation de 50.000 migrants a été régularisée au cours des dernières années. Au niveau de l’accès aux instituts de formation, près de 5.000 migrants ont pu s’inscrire dans les différentes filières des centres de formation professionnelle, via des procédures flexibles».
Pour sa part, Naima Ben Yahia a mis en avant l’implication du ministère, aux côtés des institutions qui en dépendent, dans la réalisation des composantes de la SNIA, faisant notamment référence à l’Entraide Nationale, qui joue un rôle central dans la mise en œuvre des engagements du ministère au niveau territorial, à travers l’exécution de programmes et d’initiatives sociales ciblant les catégories vulnérables et démunies de citoyens, ainsi que les migrants et réfugiés résidant au Royaume. La cheffe de mission de l’OIM au Maroc, Laura Palatini, a salué les efforts du Royaume dans la déclinaison de la SNIA, ainsi que « son approche humaine en matière de gouvernance migratoire, réaffirmant le leadership continu du Maroc, qui s’est imposé comme un acteur incontournable aux niveaux national, régional et international ».
Organisé avec le soutien de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) et du programme «Coopération en matière de migration et partenariats pour des solutions durables» (COMPASS), financé par le ministère des affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas, l’événement a également permis de formuler plusieurs recommandations visant à renforcer les mécanismes de gouvernance territoriale et à intégrer davantage la migration dans les cadres locaux de planification et de développement.
Région Souss-Massa : Un exemple de mobilisation des acteurs territoriaux
L’étude met en évidence le rôle croissant des collectivités territoriales, des services déconcentrés de l’État et des acteurs locaux dans la mise en œuvre de politiques migratoires ancrées dans les territoires, favorisant l’accès des migrants aux services essentiels, leur inclusion socio-économique et le renforcement de la cohésion sociale au niveau local. « La migration se vit avant tout dans les territoires, au plus proche des réalités humaines et des besoins quotidiens des personnes», a déclaré Laura Palatini. Et d’expliquer que «cette étude montre que lorsque les acteurs locaux travaillent ensemble, il devient possible de construire des réponses plus inclusives et durables, mieux adaptées non seulement aux parcours des migrants, mais également aux besoins des communautés marocaines ». Parmi les principaux constats de l’étude, l’appropriation territoriale de la SNIA apparaît étroitement liée à l’engagement des acteurs locaux, à la coordination entre les institutions ainsi qu’à l’existence de projets structurants soutenus par les partenaires techniques et financiers.
« Nous travaillons d’abord avec l’être humain », a souligné un représentant d’un service régional déconcentré participant au séminaire. « La territorialisation des politiques migratoires permet de répondre plus efficacement aux réalités locales et de rapprocher les services des personnes concernées. ». L’étude met également en lumière plusieurs exemples de bonnes pratiques développées dans les régions concernées. La région de l’Oriental est reconnue pour l’accès aux services de base tels que l’éducation et la santé, tandis que la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma se distingue par ses initiatives favorisant le dialogue interculturel et l’accès à la formation professionnelle. La région Souss-Massa apparaît également comme un exemple de mobilisation des acteurs territoriaux autour des enjeux migratoires. Les migrants ayant participé à l’étude ont particulièrement mis en avant l’importance de l’accès aux activités sportives et de loisirs, la qualité des infrastructures disponibles ainsi que l’ouverture des espaces publics dans certaines régions, autant d’éléments contribuant à leur inclusion et à leur participation à la vie locale. L’analyse met toutefois en lumière plusieurs enjeux persistants, notamment le manque de ressources humaines spécialisées, la mobilisation inégale des ressources financières au niveau local ainsi que la dépendance de nombreuses initiatives migratoires aux financements internationaux. Elle souligne également l’absence de compétences explicitement définies en matière de migration dans les lois organiques régissant les collectivités territoriales.
148.152 résidents étrangers au Maroc en 2024
Le Royaume se caractérise par un profil migratoire riche, reflétant la diversité des dynamiques de mobilité humaine qui le traversent. À la fois pays d’émigration, d’immigration, de retour et de transit, il connaît également des flux de migration interne ainsi que des formes de migration circulaire. À ce titre, le Maroc s’est affirmé comme un acteur majeur et engagé en matière de gouvernance migratoire. Fort de son positionnement en tant que leader régional en matière de gouvernance des migrations et de son rôle de «pays champion» du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, il a très tôt appréhendé les enjeux d’une gouvernance migratoire à la fois efficace et humaniste. Le dernier Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2024), mené en septembre 2024, a mis en lumière une augmentation nette des résidents étrangers sur le territoire: leur nombre est passé de 86.206 en 2014 à 148.152 en 2024 (+61.946 personnes étrangères recensées, soit une augmentation de 58 %). En droite ligne des Orientations Royales du 6 novembre 2013 appelant à l’élaboration d’une nouvelle politique globale relative aux questions de l’immigration et de l’asile, le Maroc s’est engagé dans une réforme profonde de sa gouvernance de la mobilité humaine, à travers l’adoption de deux politiques nationales structurantes : la Stratégie nationale en faveur des Marocains résidant à l’étranger (SNMRE) et la Stratégie nationale de l’immigration et de l’asile (SNIA). La SNIA s’inscrit dans une approche intégrée et humaniste, fondée sur le respect des droits des migrants et alignée avec les engagements internationaux du Maroc.










