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Emploi: L’inclusion économique des femmes au Maroc passée au crible par Policy Center

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Analyse
Une nouvelle publication de Policy Center for the New South révèle une participation féminine structurellement faible, en régression continue et inégalement répartie selon les milieux, les niveaux d’éducation et les situations familiales.


Une nouvelle analyse de Policy Center for the New South s’est intéressée à l’inclusion économique des femmes au Maroc. Ce Research Paper élaboré par Aomar Ibourk et Tayeb Ghazi propose une analyse économétrique rigoureuse et multiniveaux des déterminants de cette participation, en mobilisant les données du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) 2014. Bien que les femmes représentent près de la moitié de la population nationale, leur taux d’activité s’établit à seulement 19 % en 2023, contre 69 % pour les hommes, soit un écart de cinquante points de pourcentage. La contribution limitée des femmes à la population active se répercute sur le taux d’activité global, qui n’atteint que 43,6 %, un niveau nettement inférieur à celui de nombreux pays comparables où la participation féminine dépasse parfois 40 %. Il est à noter que le taux d’activité des femmes en milieu rural s’établit à 22,8 %, soit six points de pourcentage au-dessus du taux urbain de 16,8%. Cette situation s’explique historiquement par l’implication traditionnelle des femmes dans les activités agricoles. Toutefois, cette photographie masque une réalité dynamique préoccupante : entre 1999 et 2022, la baisse absolue du taux d’activité des femmes rurales atteint 18,1 points de pourcentage, contre 11,1 points pour les hommes ruraux, soit une variation relative de -44 % pour les femmes, contre -13 % pour les hommes.

Concernant l’éducation, les femmes sans diplôme affichent un taux d’activité de 15,4%, celles ayant un niveau primaire ou secondaire 12,8%, et celles titulaires d’un diplôme supérieur 44,2%. Le taux de chômage est particulièrement élevé chez les femmes diplômées. Il s’établit à 33,5% contre seulement 4,4% pour les femmes sans diplôme. Le taux d’activité est très faible chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans (11,4%). Ce taux atteint son maximum dans la tranche 25-34 ans (29,2 %), puis décline progressivement : 23,4% pour les 35-44 ans, 22 % pour les 45-59 ans, et seulement 7,9% au-delà de 60 ans. Le statut matrimonial constitue l’un des corrélats les plus puissants de la participation. En 2022, seulement 16,5 % des femmes mariées participaient au marché du travail, contre 79,4 % des hommes mariés, un écart de près de 63 points illustrant le poids des responsabilités domestiques. Plus de 50 % des femmes inactives justifient explicitement leur absence par leurs responsabilités familiales.

Les obstacles structurels
Selon les auteurs, les normes sociales constituent le premier et probablement le plus fondamental des obstacles à la participation économique des femmes. La société marocaine continue d’assigner aux femmes un rôle prioritairement domestique, centré sur la gestion du foyer et l’éducation des enfants. Comme l’avait signalé le HCP, les femmes consacrent en moyenne cinq heures par jour aux tâches ménagères, contre moins d’une heure pour les hommes, ce qui leur laisse peu de disponibilité pour s’engager dans une activité professionnelle. Par ailleurs, l’absence de services de garde d’enfants accessibles et abordables constitue l’un des freins les plus directs à la participation aux emplois formels. Les structures de garde sont concentrées en zones urbaines et affichent des tarifs souvent prohibitifs pour les ménages à revenu modeste. La rigidité des horaires de travail dans les secteurs formels constitue un obstacle supplémentaire. L’accès au financement représente également un obstacle majeur pour les femmes souhaitant entreprendre.

Seulement 17% des femmes rurales possèdent des terres ou des actifs susceptibles de servir de garantie pour un prêt bancaire bloquant ainsi leur potentiel entrepreneurial. Parmi les autres obstacles figure l’accès à l’éducation qui demeure profondément inégal selon le milieu de résidence. Il faut aussi signaler que les formations professionnelles disponibles pour les femmes sont souvent cantonnées à des secteurs stéréotypés qui ne correspondent ni aux besoins du marché ni aux aspirations des femmes. Le manque d’infrastructures de transport en milieu rural augmente les contraintes de temps et de sécurité pour les femmes souhaitant accéder à des centres d’emploi ou des formations éloignées.

Priorité des investissements dans l’éducation féminine
Cette étude a mis en évidence la primauté des facteurs individuels sur les déterminants contextuels provinciaux dans l’explication de la participation des femmes au marché du travail. L’éducation, le statut matrimonial, l’âge, le nombre d’enfants et la situation de handicap figurent parmi les déterminants les plus puissants. Parmi ces facteurs, l’éducation supérieure se distingue par l’amplitude exceptionnelle de son effet, confirmant que l’investissement dans le capital humain féminin constitue le levier le plus transformatif pour augmenter la participation économique des femmes. À l’inverse, le mariage et la présence d’enfants exercent des effets restrictifs significatifs, traduisant le poids des responsabilités domestiques et des normes sociales. Selon l’étude, les politiques visant à améliorer la participation féminine doivent prioritairement cibler les conditions individuelles et familiales plutôt que les seules différences régionales. Un programme de politiques publiques doit être articulé autour de quatre priorités.

En premier lieu, l’élargissement et la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur féminin, notamment dans les zones rurales. En deuxième lieu, le développement à grande échelle de services de garde d’enfants publics et subventionnés. En troisième lieu, le soutien institutionnel aux coopératives féminines et la création d’opportunités d’emploi formel en milieu rural . Enfin, le renforcement du cadre juridique de protection comme prérequis institutionnel. Une inclusion accrue des femmes permettrait de mobiliser un potentiel de croissance estimé à 2,2 % du PIB, de renforcer la résilience économique des ménages et de contribuer à une réduction durable de la pauvreté. L’évaluation d’impact de politiques ciblées, telles que les subventions à l’entrepreneuriat féminin ou les plateformes numériques de travail flexible, constitue une priorité pour guider les décideurs publics vers les interventions les plus efficaces.