Bien figurer dans un classement mondial ou continental est toujours une bonne nouvelle. Plus encore lorsqu’il émane d’une institution financière de référence disposant d’une vision large et documentée des économies qu’elle observe.
Le fait que la Banque africaine de développement ait officiellement classé le Maroc comme première puissance industrielle du continent n’a donc rien d’anodin (lire l’article en pages 4 à 6).
Pour autant, cette consécration n’a rien d’une surprise non plus. Au regard de la trajectoire suivie par le Royaume ces dernières années, portée par des politiques sectorielles ambitieuses, des investissements massifs dans les infrastructures, des réformes du climat des affaires et, plus récemment, par une refonte du cadre fiscal destinée à stimuler davantage l’investissement productif, cette reconnaissance apparaissait presque comme une évolution naturelle.
Les signaux étaient là depuis longtemps. L’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’agroindustrie ou encore les énergies renouvelables témoignent d’une montée en puissance progressive mais constante de l’appareil productif national. Mais un classement, aussi flatteur soit-il, ne constitue jamais une ligne d’arrivée. Car une fois atteint un certain niveau, les comparaisons changent.
Les références aussi. Le Maroc a longtemps regardé les performances industrielles à l’échelle régionale ou continentale. Désormais, son horizon s’élargit. La véritable compétition se joue de plus en plus à l’échelle mondiale. Les concurrents ne sont plus seulement les économies africaines émergentes, mais également les grandes plateformes industrielles internationales qui dominent les chaînes de valeur mondiales depuis plusieurs décennies. Dans certains secteurs, le Royaume a déjà commencé à évoluer dans cette catégorie. C’est précisément ce changement d’échelle qui constitue aujourd’hui le véritable défi. L’enjeu n’est plus uniquement de produire davantage ou même de produire mieux. Il est de préparer dès maintenant ce que sera l’industrie marocaine dans vingt ou trente ans.
Les technologies qui vont structurer les usines de demain. Les compétences qui seront recherchées. Les métiers qui n’existent pas encore. Les chaînes de valeur qui se dessinent à peine. C’est là que se jouera la prochaine étape cruciale. Car les performances industrielles les plus solides sont toujours celles qui se construisent dans l’anticipation. Et si le Maroc parvient à poser dès aujourd’hui les fondations de cette industrie du futur, alors les classements, les distinctions et les reconnaissances internationales continueront probablement à venir d’elles-mêmes. Comme la conséquence logique d’une trajectoire, et non comme une finalité en soi.










