CouvertureSociétéUne

Aides sociales Le Maroc consacre 2% de son PIB aux bénéficiaires

© D.R

Milieu social, tranches d’âge, répartition territoriale… les détails du premier bilan de l’Agence nationale du soutien social

Solidarité  
L’Agence nationale du soutien social (ANSS) vient de publier son premier rapport d’activité au titre de l’année 2025, retraçant toutes les réalisations. Les détails.

L’ANSS dresse son bilan. Le premier rapport d’activité de l’année 2025 a été dévoilé pat l’Agence nationale du soutien social (ANSS) pour retracer les étapes marquantes de sa première année d’exercice. Le document dévoile plusieurs indicateurs de gestion du programme. Depuis son lancement, il a permis de soutenir 3,9 millions de ménages, dont 5,5 millions d’enfants et 1,7 million de personnes âgées. Sur le plan territorial, 60% des bénéficiaires relèvent du milieu rural. La corrélation entre la carte de la pauvreté multidimensionnelle et la répartition géographique des bénéficiaires se révèle quasi totale. Cette concordance confirme l’efficacité du ciblage opéré par le Registre social unifié, lequel oriente l’aide selon les zones de vulnérabilité territoriale. L’effort financier consenti traduit cette ambition : depuis le lancement du programme en décembre 2023 et jusqu’à fin décembre 2025, les montants versés aux familles totalisent 51 milliards de dirhams. Rapportée à la richesse nationale, l’enveloppe annuelle du programme représente environ 2% du Produit intérieur brut, un taux qui se situe au-delà de la moyenne observée dans les pays en développement où ce rapport représente entre 0,5% et 1,5%. Un niveau d’investissement qui positionne le Royaume comme référence dans son environnement continental et régional.

Une relation humaine avec les bénéficiaires
Au cours de sa première année d’exercice, l’ANSS a lancé sa première représentation territoriale pilote dans la province d’El Jadida, avec l’ambition de transformer l’aide sociale d’un mécanisme financier à un levier d’inclusion productive. Cet objectif repose sur un accompagnement individualisé des bénéficiaires, assuré par les référents sociaux de l’Agence, dans le cadre d’un partenariat institutionnel avec les différents acteurs locaux. L’Agence entend généraliser progressivement ce modèle à l’échelle nationale, selon une méthodologie rigoureuse, soucieuse de l’équité territoriale et contribuant au développement territorial intégré voulu par Sa Majesté le Roi.

Pour mieux cerner les besoins des bénéficiaires, l’ANSS a adopté une approche analytique visant à approfondir la compréhension de la structure sociale des familles et à adapter ses interventions à leurs atouts, en tenant compte des facteurs de vulnérabilité qui caractérisent leur situation. Cette démarche a abouti à une classification des ménages bénéficiaires en cinq groupes, dont les caractéristiques sont étayées dans le Rapport d’activité de l’Agence : les «Foyers émergents» (1,2 million de familles), les «Foyers en mue» (986.000), les «Tandems de vie» (946.000), les «Nids désertés» (584.000) et les «Solitaires sans relais» (156.000). Le rapport a présenté aussi les résultats de l’étude de terrain menée par l’ANSS dix-huit mois après le lancement du programme. Celle-ci révèle que les aides sociales directes représentent en moyenne 18% du revenu des familles bénéficiaires, et que 87% ont fait état d’une baisse de leur anxiété financière. S’agissant de leurs attentes, 40% souhaitent bénéficier d’un accompagnement vers l’insertion professionnelle, et 77% affirment leur ambition d’assurer à leurs enfants un niveau d’éducation supérieur.

Au-delà du bilan, le rapport annuel trace les perspectives du programme en explorant des trajectoires d’inclusion productive des bénéficiaires. Celles-ci comprennent notamment des mesures d’accompagnement destinées à renforcer l’accès au marché du travail et à encourager la scolarisation des élèves, afin de faire des aides sociales directes un instrument efficace de lutte contre la vulnérabilité et un levier d’autonomisation économique et sociale.

Elargissement des bénéficiaires
L’année 2025 a également été marquée par l’élargissement du bénéfice des aides sociales directes aux enfants orphelins et abandonnés, pris en charge par les établissements de protection sociale, afin de garantir leur accès à un capital sécurisé et de faciliter leur entrée dans la vie adulte. «Pour accompagner ces différentes actions, l’Agence a entrepris un travail rigoureux de structuration interne, notamment par l’activation des instruments de gouvernance, le recrutement progressif de ses ressources humaines, la mise en place des systèmes d’information et le respect des exigences de conformité, notamment en matière de protection des données personnelles. Dans cet élan, la culture institutionnelle de l’Agence s’est affirmée autour de valeurs fondatrices : le sens aigu de la mission publique, l’efficacité dans l’action et la responsabilité collective assumée à tous les échelons.

L’enjeu de cette première année aura été de fédérer des équipes aux profils divers autour de ces principes directeurs, au service d’un objectif partagé : garantir un soutien social juste, lisible et sécurisé», explique l’Agence dans son rapport. «Au terme de cette première année, l’ANSS s’affirme dans son rôle de gestion, de suivi et d’évaluation du Régime des aides sociales directes. Elle est aujourd’hui un établissement public stratégique, structuré, opérationnel et reconnu de l’ensemble des parties prenantes du champ social. Son positionnement repose sur une logique de complémentarité et de coordination étroite avec les administrations et partenaires institutionnels. Elle agit en acteur pivot pour renforcer l’impact du Régime des aides sociales directes, dans le respect des prérogatives de chacun. Cette année nous a également permis de retenir plusieurs enseignements fondamentaux.

Le premier tient à l’importance de la coordination institutionnelle comme condition essentielle à la réussite de cette politique sociale inter-administrative», ajoute la même source. Et de conclure: «Le second rappelle que le numérique, puissant levier de transformation, ne peut produire ses pleins effets qu’en étant associé à un accompagnement humain de proximité et à des modalités d’accès diversifiées, pour garantir l’accès effectif aux droits pour l’ensemble des citoyens. Ces acquis et enseignements éclairent les choix futurs de l’Agence : renforcer la gouvernance par la donnée, approfondir la coordination inter-institutionnelle et développer des approches conjuguant présence numérique et ancrage territorial constituent les principaux enjeux, en vue de garantir durablement l’équité et l’efficacité du soutien social».

Plateforme
Systèmes d’information
Réception et instruction des demandes de bénéfice, vérification de l’exactitude des données, traitement des réclamations, calcul des droits et versement final des aides, la consolidation des systèmes d’information, au cœur des fonctions essentielles à une gestion intégrée du Régime ASD, permettra à terme à l’ANSS de piloter la gestion, le suivi et l’évaluation du Programme ASD. Une lecture unique des droits sociaux, une maîtrise de la chaîne opérationnelle, une réduction des risques d’erreurs, de doublons et d’incohérences, une accélération des délais de traitement et une traçabilité complète des conditions d’éligibilité ; tels sont les avantages attendus du transfert des systèmes d’information de gestion des ASD dans le cadre de la gestion intégrée du Régime, confiée à l’Agence. En centralisant l’ensemble des processus du cycle de gestion à travers un dispositif unifié, tout en maintenant les échanges nécessaires avec les systèmes d’information des institutions partenaires nécessaire à la vérification de l’éligibilité et de la fiabilité des données des bénéficiaires, cette migration devra à terme renforcer les conditions d’intervention de l’ANSS pour une aide sociale lisible et équitable.