Dévoilé par le programme pilote de l’IFC de la Banque mondiale
Résultats : Le recyclage des déchets textiles au Maroc présente un fort potentiel économique et environnemental. Selon le Groupe de la Banque mondiale, le développement à grande échelle de cette filière pourrait attirer jusqu’à 1,9 milliard de dollars d’investissements privés et créer plus de 30.000 emplois. Les résultats du programme pilote «Morocco Textile Circularity », mené par l’IFC, ont démontré la faisabilité technique et commerciale du recyclage textile, avec des matériaux recyclés répondant aux standards de qualité du marché. En plus de réduire les émissions de carbone et la consommation d’eau, cette transition pourrait favoriser l’intégration de milliers de collecteurs informels dans l’économie formelle. Pour concrétiser ce potentiel, plusieurs réformes sont recommandées, notamment en matière de réglementation, de traçabilité et de développement des capacités industrielles locales.
Le recyclage des déchets textiles au Maroc apparaît aujourd’hui comme une opportunité économique et industrielle majeure. Selon le diagnostic du secteur privé du Groupe de la Banque mondiale pour le Maroc, cette activité est à la fois techniquement viable et commercialement rentable. Son déploiement à grande échelle pourrait mobiliser jusqu’à 1,9 milliard de dollars d’investissements privés supplémentaires et générer plus de 30.000 emplois à travers le Royaume. Ces conclusions s’appuient sur les résultats des projets pilotes menés dans le cadre du programme «Morocco Textile Circularity», piloté par la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale. Les essais ont largement dépassé les objectifs fixés au départ : 427 tonnes de chutes textiles ont été transformées en nouveaux matériaux destinés à la production, tandis que 2.400 tonnes supplémentaires ont été orientées vers des filières de recyclage. Les performances enregistrées confirment le potentiel industriel de cette démarche.
Les tissus intégrant des matières recyclées ont satisfait à l’ensemble des critères de qualité commerciale testés, démontrant leur capacité à réintégrer les chaînes d’approvisionnement sans altérer ni la qualité ni les performances des produits finis. Par ailleurs, une analyse du cycle de vie révèle que l’utilisation de matériaux recyclés permet de réduire les émissions de carbone d’environ 18% et la consommation d’eau de plus de 60% par rapport aux procédés de fabrication conventionnels. Au-delà des bénéfices environnementaux, les retombées socio-économiques pourraient être considérables, notamment pour les travailleurs situés à la base de la chaîne de valeur. Aujourd’hui, plus de 80 % des collecteurs de déchets textiles au Maroc opèrent dans l’informel. Une étude réalisée dans le cadre du programme estime que jusqu’à 75 % d’entre eux pourraient intégrer le secteur formel dans les cinq prochaines années grâce à un accompagnement institutionnel adapté. Une telle évolution contribuerait à renforcer les fondements de l’économie circulaire tout en offrant une meilleure sécurité économique à des milliers de travailleurs vulnérables.
Pour David Tinel, représentant régional d’IFC pour le Maghreb, «le développement de la circularité textile au Maroc permettra de créer des dizaines de milliers d’emplois et de bâtir une industrie compétitive à l’échelle mondiale». Il estime que les résultats obtenus démontrent que le Royaume dispose désormais des atouts nécessaires pour se positionner à l’avant-garde de la transformation durable au service des marchés internationaux. Afin de concrétiser pleinement ce potentiel, le programme recommande plusieurs réformes stratégiques. Parmi elles figurent le reclassement des chutes textiles industrielles en sous-produits plutôt qu’en déchets, l’adaptation du cadre douanier afin de permettre aux marques internationales de transférer la propriété légale de ces matières aux fabricants locaux, la création d’une plateforme nationale de traçabilité répondant aux futures exigences européennes en matière de passeport numérique des produits, ainsi que le renforcement des capacités nationales de filature pour transformer localement les fibres recyclées. L’enjeu est d’autant plus important que les principaux donneurs d’ordre internationaux, notamment au sein de l’Union européenne, accentuent leurs exigences en matière de durabilité, de traçabilité et d’intégration de matières recyclées. L’UE, qui absorbe 93% des exportations textiles marocaines, prévoit l’entrée en vigueur du passeport numérique des produits dès 2027. À cette échéance, l’ensemble des États membres devrait également mettre en place des dispositifs obligatoires de responsabilité élargie des producteurs dans le secteur textile.
Le programme «Morocco Textile Circularity» a réuni autour d’une même table le ministère de l’industrie et du commerce, le ministère de la transition énergétique et du développement durable, l’Administration des douanes, l’AMDIE, l’AMITH, des marques internationales, des industriels, des collecteurs et des recycleurs. Cette initiative constitue la première plateforme multipartite structurée de ce type dans l’industrie textile marocaine. Pour le Groupe de la Banque mondiale, cette expérience illustre plus de six décennies de partenariat avec le Maroc, fondé sur la mise en cohérence des réformes économiques, des investissements privés et des ambitions de développement durable, au bénéfice de l’ensemble des citoyens marocains.









