Avec six des douze Groupements sanitaires territoriaux (GST) désormais opérationnels après la nomination de leurs directeurs et la tenue de leurs premiers conseils d’administration, le Maroc franchit une nouvelle étape dans la réforme de son système de santé. Une étape qui pourrait s’avérer bien plus importante qu’il n’y paraît (lire l’article en page 7).
Car les GST ne constituent pas une simple réorganisation administrative ni une nouvelle couche bureaucratique. Le changement est plus profond : le passage progressif d’une gestion des établissements de santé à une gestion des territoires de santé.
Pendant longtemps, l’action publique s’était principalement concentrée sur les infrastructures : construire des hôpitaux, acquérir des équipements, recruter du personnel. Ces efforts restent indispensables. Mais ils ne répondent pas à eux seuls à une question fondamentale : comment organiser l’ensemble du système pour qu’il fonctionne de manière cohérente au service du patient ?
C’est justement la mission confiée aux GST. Leurs responsables auront désormais la charge d’identifier les besoins sanitaires de leurs régions, de déterminer les capacités hospitalières à développer, de choisir les implantations futures, de répartir les équipements lourds, d’affecter les ressources humaines, d’organiser les urgences et de renforcer les spécialités médicales qui font défaut.
Toutes ces orientations seront regroupées dans le Programme médical régional, appelé à devenir le véritable document stratégique de chaque région. C’est lui qui définira la carte des besoins, les priorités d’investissement, les complémentarités entre établissements et l’organisation des parcours de soins.
L’une des grandes innovations de cette réforme est justement de reconnaître que les besoins sanitaires ne sont pas identiques partout. Les réalités de Casablanca ne sont pas celles de Drâa-Tafilalet. Les besoins de Tanger diffèrent de ceux des provinces du Sud. La santé publique commence ainsi à intégrer davantage les spécificités territoriales.
Au fond, la nouvelle approche repose sur une idée simple : faire fonctionner les centres de santé, les hôpitaux provinciaux, les hôpitaux régionaux et les CHU comme les maillons d’un même réseau régional intégré plutôt que comme des établissements juxtaposés.
La réforme est encore à ses débuts et ses résultats devront être évalués dans la durée. Mais une chose apparaît déjà clairement: derrière les Groupements sanitaires territoriaux, c’est une nouvelle manière de gouverner la santé publique qui est en train de prendre forme, davantage centrée sur les territoires, les besoins réels des populations et la cohérence des parcours de soins.










