Une conférence co-organisée par Bank Al-Maghrib en décrypte l’impact
Ressources : Une rencontre a été organisée le 11 juin à Rabat pour braquer les projecteurs sur le rôle des transferts de fonds de la diaspora dans le développement rural. Réunissant plusieurs acteurs d’ institutions nationales et internationales, cette conférence a abordé les moyens de mieux mobiliser ces ressources afin de renforcer la résilience des communautés rurales.
Mettre en lumière l’impact des transferts de fonds des migrants sur le développement économique et social des territoires ruraux. Tel était l’objectif de la conférence organisée le 11 juin à Rabat sous le thème «Les transferts de fonds : pour la résilience rurale, l’entrepreneuriat et l’emploi». L’événement a été co-organisé par Bank Al-Maghrib, la délégation de l’Union européenne au Maroc et le ministère de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts. Organisée à l’occasion de la Journée internationale des envois de fonds à la famille, célébrée sous l’égide du Fonds international de développement agricole (FIDA) et soutenue cette année par la présidence française du G7, cette rencontre a permis d’examiner les moyens de mieux mobiliser ces ressources au service de la résilience des communautés rurales, de l’entrepreneuriat et de la création d’emplois. Le Maroc figure parmi les principaux pays bénéficiaires des transferts de fonds dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Selon l’Office des changes, ces flux ont atteint près de 122 milliards de dirhams en 2025, soit environ 13 milliards de dollars, représentant autour de 8% du PIB sur les trois dernières années. Ces flux constituent une source de revenus essentielle pour des millions de ménages et contribuent de manière significative à la stabilité économique. Il subsiste toutefois des défis importants, notamment dans les zones rurales, où l’accès aux services financiers est plus limité.
Bank Al-Maghrib accélère l’inclusion financière
Dans son allocution d’ouverture, le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza, a rappelé le rôle stratégique de ces transferts, qualifiés de «vecteur de solidarité familiale» et d’«instrument contracyclique pour l’économie». Il a souligné leur résilience durant la crise sanitaire, période au cours de laquelle les flux des migrants ont continué à soutenir les économies de nombreux pays, dont le Maroc. Face aux défis liés au changement climatique, à la sécurité alimentaire et à la résilience des populations, le responsable a appelé à dépasser une lecture purement statistique des transferts de fonds afin d’en faire un véritable levier de développement économique et social dans les territoires ruraux. S’il a salué les efforts internationaux déployés pour améliorer l’efficacité et la transparence des transferts, Abderrahim Bouazza a également pointé plusieurs défis persistants, notamment le coût encore élevé des envois de fonds et leur faible orientation vers l’investissement productif. Une problématique portée récemment devant la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à l’initiative du Maroc et du Groupe africain.
Le DG de Bank Al-Maghrib a toutefois relevé que plusieurs expériences internationales démontrent l’efficacité de la digitalisation et des incitations publiques pour réduire le recours aux circuits informels et encourager l’investissement des migrants. Au Maroc, diverses réformes institutionnelles, réglementaires et bancaires ont ainsi été engagées pour renforcer l’inclusion financière des bénéficiaires et favoriser la contribution des Marocains résidant à l’étranger (MRE) au développement économique national.
Parmi les avancées réalisées figurent l’amélioration de l’accès aux services financiers numériques, le renforcement de la transparence des transferts de fonds et la réduction des coûts grâce à la suppression des clauses d’exclusivité imposées par les opérateurs internationaux à leurs partenaires locaux. «Aujourd’hui, l’écosystème financier national est plus inclusif», a-t-il affirmé, mettant en avant le développement des établissements de paiement, de la microfinance, du crowdfunding et des mécanismes publics de garantie. Le responsable a néanmoins alerté sur le durcissement des conditions d’exercice des filiales des banques marocaines au sein de l’UE. « L’un des défis les plus importants auquel nous sommes confrontés aujourd’hui concerne le durcissement des conditions d’exercice, au sein de l’Union européenne, de l’activité d’intermédiation opérée par les filiales des banques marocaines. Ce dossier est suivi de très près par les autorités marocaines avec leurs homologues européens», a-t-il précisé. Abordant la question de l’inclusion financière, il a rappelé que d’importantes disparités persistent entre les zones rurales et urbaines.
Pour y répondre, la Stratégie nationale d’inclusion financière, pilotée conjointement par le ministère de l’économie et des finances et Bank Al-Maghrib, s’appuie sur trois axes majeurs, à savoir l’extension des points d’accès aux services financiers dans les zones rurales, le développement des paiements électroniques et des transferts dématérialisés, ainsi que le renforcement de l’éducation financière.
Dans cette dynamique, la création du Morocco Fintech Center en 2025 vise à accélérer la transformation numérique du secteur financier. Bank Al-Maghrib explore également avec ses partenaires régionaux les opportunités offertes par les plateformes de paiement instantané et les monnaies digitales de la Banque centrale pour faciliter les paiements transfrontaliers. Abderrahim Bouazza a aussi souligné que la mobilisation des transferts de fonds vers l’investissement productif reste limitée. Selon la dernière enquête du HCP, 87% de ces ressources sont consacrées à la consommation des ménages.
Une situation qu’il attribue notamment à la complexité des procédures administratives, aux contraintes de l’environnement des affaires et au manque d’incitations. Il a néanmoins estimé que les réformes engagées par le Royaume, notamment la nouvelle Charte de l’investissement, la Charte des TPE et la généralisation de la protection sociale, devraient contribuer à renforcer l’attractivité de l’investissement et à mieux orienter l’épargne des MRE vers les secteurs productifs.
La France, 1er pays d’origine des transferts vers le Maroc
Pour sa part Charles Thépaut, ministre conseiller de l’ambassade de France auprès du Royaume du Maroc, a indiqué que «la France et le Maroc entretiennent des liens humains, sociaux et économiques exceptionnels, qui s’illustrent notamment par l’un des plus importants volumes de transferts de fonds de la région. La France est le premier pays d’origine des transferts vers le Maroc, représentant environ 31% des flux totaux reçus par le pays, soit plus de 3,3 milliards d’euros par an ». Et d’ajouter: «Ces flux financiers illustrent la force du tissu social franco-marocain et constituent aussi une expression forte de la solidarité au sein des familles franco-marocaines. Ils contribuent directement à la résilience des ménages, à l’inclusion économique et au développement local. La France estime que le dialogue bilatéral et multilatéral en la matière est essentiel pour penser ces flux comme des outils d’investissement solidaire, renforcer l’impact des transferts de fonds sur le développement et en particulier promouvoir les opportunités offertes aux femmes et aux jeunes dans les territoires ruraux».
Inclusion financière : L’UE réitère son engagement aux côtés du Maroc
L’UE soutien les efforts du Maroc pour renforcer l’inclusion financière et l’élargissement de l’accès aux services financiers. Daniele Dotto, chef adjoint de la délégation de l’UE au Maroc, a relevé que «les transferts de fonds sont bien plus que des flux financiers, ils sont des vecteurs de solidarité d’opportunités et d’espoir». A cette occasion il a rappelé la vision commune et le partenariat avec le Maroc sur ce plan affirmant: «Nous sommes convaincus que l’inclusion financière est un facteur essentiel du développement durable. Il permet au citoyen d’accéder à l’épargne, au crédit, à l’assurance et aux sévices numériques qui favorisent leur autonomie économique». Et d’ajouter : «C’est pourquoi l’UE soutient les efforts engagés par les institutions marocaines pour moderniser les écosystèmes financiers, renforcer l’accès aux services financiers dans les zones rurales et également promouvoir l’innovation économique et numérique ». Il a, dans ce sens, mis en avant le programme Digit Remit, financé par l’UE et mis en œuvre par le FIDA visant à réduire le coût des transferts tout en stimulant l’inclusion financière et numérique.









