Chroniques

Bruno Retailleau creuse son sillon algérien

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Plus-value électorale
Plus Retailleau proposait de recourir au rapport de force avec Alger plus il s’attirait les grâces de la base électorale de l’extrême droite qui validait à la fois sa démarche et ses ambitions. D’ailleurs, sur ce sujet il est devenu une star politique très convoitée par les milieux de l’extrême droite.

 

Dans toutes ses sorties médiatiques, Bruno Retailleau, ancien ministre de l’intérieur et actuel candidat des Républicains à la prochaine présidentielle française, évoque la crise algérienne. Et pour cause. La tension entre Paris et Alger a été un grand marqueur dans l’itinéraire politique de Bruno Retailleau.
Avant qu’il ne soit ministre de l’intérieur d’Emmanuel Macron et qu’il ne s’intéresse de par ses fonctions à l’Algérie, pays grand fournisseur de l’immigration clandestine en France, Bruno Retailleau n’était pas la personnalité de premier plan qu’il est devenu aujourd’hui. C’est en gérant cette crise algérienne que son étoile a commencé à briller et qu’il s’est imposé au sein de la galaxie de la droite comme un leader incontournable.
Sa gestion de cette crise et les solutions du rapport de force qu’il avait préconisées pour engager le régime algérien lui avaient procuré une notoriété inédite. C’est cette même notoriété qui lui avait permis de remporter facilement la présidence très disputée du parti des Républicains. D’une personnalité sénatoriale à peine connue, Bruno Retailleau est devenu un incontournable sur le plan national.
C’est sans aucun doute ce qui était ressenti comme des vents favorables à son ascension qui avait expliqué son ascension et son élection à la tête du parti des Républicains considéré comme une rampe de lancement pour un destin national.
Dans ce qui s’apparente à une radicalité sur le sujet algérien, Bruno Retailleau avait tenté de capter la posture de l’extrême droite française qui, poussée par les ressorts d’une nostalgie coloniale semblait avoir des comptes à régler avec le régime algérien. Et plus Retailleau proposait de recourir au rapport de force avec Alger plus il s’attirait les grâces de la base électorale de l’extrême droite qui validait à la fois sa démarche et ses ambitions. D’ailleurs, sur ce sujet il est devenu une star politique très convoitée par les milieux de l’extrême droite.
Il faut dire que grâce à la crise avec Alger, Bruno Retailleau s’est hissé au niveau des personnalités qui peuvent prétendre à un destin national. Depuis son départ du ministère de l’intérieur, il vivait sous une forme de léthargie propre aux périodes d’attente de la présidentielle. Il en fut sorti récemment lorsque le président Emmanuel Macron sans crier gare, avait qualifié de «Mabouls» tous ceux qui le poussaient à rompre avec l’Algérie. Bruno Retailleau s’était senti visé par cette attaque et a répliqué à sa manière : lettre à l’Elysée interviews choc…
Récemment et à l’occasion de la visite du ministre de l’intérieur algérien Saïd Sayoud à Paris, Bruno Retailleau a repris son bâton de pèlerin pour dire sa vérité sur la relation entre Paris et Alger. Outre le fait d’assurer que si la situation avait atteint ce statu-quo, sans possibilité de libérer le journaliste Francis Christophe Gleizes ni d’avoir des laissez passer consulaires pour expulser les OQTF algériens c’est parce que la méthode Macron n’a pas fonctionné. Bruno Retailleau a profité du grand scandale politique algérien qui a explosé sur les bords de la Seine, lorsque certains milieux avaient révélé que le propre fils du ministre de l’intérieur algérien Saïd Sayoud vivait dans la clandestinité en France, pour dégoupiller d’autres bombes médiatiques. À savoir que lorsqu’il était ministre de l’intérieur à la place Beauvau il avait lui-même ordonné l’expulsion de fils de notables algériens comme le patron de l’armée algérienne Saïd Chenghriha ou celui du directeur de cabinet de la présidence algérienne.
Ces informations ont constitué un coup dur pour le régime algérien. Elles dévoilent sa duplicité qui consiste à nourrir et à instrumentaliser la haine contre la France et en même temps à essayer d’envoyer leurs progénitures vivre en France même si cela devait passer par la clandestinité.
En ciblant de cette maniere le régime algérien, Bruno Retailleau creuse son sillon algérien et veille à distinguer sa petite musique dans le concert de la campagne électorale. Il se présente comme le seul homme politique à s’être dressé devant le régime algérien pour lui dire ses quatre vérités. Le candidat des Républicains espère se distinguer de la masse des autres candidats qui aspirent à la fonction suprême. Il espère aussi que sa posture sans concessions sur l’Algérie puisse lui apporter une plus-value électorale très précieuse par les temps qui courent

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