Les 500 millions d’euros supplémentaires que vient de mettre sur la table la Banque européenne d’investissement pour le programme de reconstruction post-séisme d’Al Haouz arrivent presque trois années après la tragique soirée du 8 septembre 2023. Dans un contexte totalement différent.
À l’époque, l’urgence était ailleurs. Il fallait sauver des vies, porter assistance aux populations sinistrées, reloger les familles, rétablir les accès, remettre en service les infrastructures essentielles. Trois ans plus tard, le paysage a profondément changé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 54.000 habitations ont déjà été reconstruites, des centaines d’écoles et de centres de santé ont retrouvé leur fonctionnement normal et l’essentiel du programme avance désormais dans sa phase finale.
Le sujet n’est donc plus celui de l’urgence humanitaire. Le véritable enjeu est de savoir ce que l’on fera de cette reconstruction une fois les derniers chantiers achevés.
Car l’histoire a montré que les catastrophes naturelles produisent parfois des paradoxes. Malgré leur violence, elles peuvent offrir l’occasion de corriger des fragilités anciennes qui existaient bien avant la catastrophe elle-même. Les zones montagneuses marocaines souffrent depuis longtemps de contraintes structurelles liées à l’enclavement, à la dispersion de l’habitat, à l’accès aux services publics ou encore aux opportunités économiques limitées.
La reconstruction d’Al Haouz offre aujourd’hui l’opportunité d’aller au-delà de la simple remise à l’état initial.
L’ambition pourrait être de reconstruire mieux plutôt que de reconstruire à l’identique.
Mieux en matière d’aménagement territorial. Mieux en matière d’habitat adapté aux contraintes sismiques. Mieux en matière de mobilité et d’accessibilité. Mieux en matière de services publics de proximité. Mieux également en matière d’activités génératrices de revenus capables de fixer les populations sur leurs territoires.
L’enjeu est d’autant plus important que les régions de montagne représentent une composante essentielle de l’identité géographique, culturelle et économique du Royaume. Elles constituent également des espaces à fort potentiel dans les domaines du tourisme durable, de l’agriculture de montagne, de l’artisanat ou encore de l’économie verte.
Et la reconstruction aura réussi non pas seulement parce qu’elle aura effacé les traces d’une catastrophe mais surtout parce qu’elle aura permis de bâtir quelque chose de plus solide et de plus résilient qu’auparavant.









