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Éditorial : Rentabilité au millimètre

© D.R

Lorsqu’on parle de céréales au Maroc, la même question revient systématiquement : combien est-il tombé de pluie ? Et il est vrai que la pluviométrie demeure le premier déterminant du niveau de la récolte.

Depuis toujours, les bonnes années agricoles sont généralement de bonnes années pluviométriques. Les chiffres le confirment encore aujourd’hui (lire l’article en page 8).
Mais les statistiques de ces dernières années révèlent aussi autre chose.

Si la pluie expliquait à elle seule les performances céréalières du pays, les rendements évolueraient mécaniquement au même rythme que les précipitations. Or ce n’est plus tout à fait le cas. Certaines campagnes récentes montrent que des rendements supérieurs peuvent être obtenus avec des niveaux de pluviométrie parfois inférieurs à ceux observés lors d’années passées.
Cette évolution ne signifie évidemment pas que l’agriculture marocaine est devenue totalement indépendante du climat. Mais elle traduit l’émergence progressive d’un autre facteur de performance : le progrès technique.

Le développement du semis direct en constitue l’un des exemples les plus visibles. En permettant une meilleure conservation de l’humidité des sols et une valorisation plus efficace des précipitations, cette technique améliore le rendement de chaque millimètre d’eau reçu. Là où la pluie s’évaporait en partie hier, elle contribue davantage à la production aujourd’hui.
Le même phénomène est observable avec les nouvelles générations de semences, plus résistantes aux stress hydriques et mieux adaptées aux conditions climatiques locales. Ou encore avec les progrès réalisés en matière de fertilisation, de mécanisation et de conseil agricole.

Depuis le lancement du Plan Maroc Vert puis de Génération Green, les investissements ne se sont pas limités aux infrastructures ou aux équipements. Ils ont également porté sur les connaissances, les pratiques et les compétences des agriculteurs. Cette accumulation progressive de savoir-faire produit aujourd’hui ses effets.
Pendant longtemps, le rendement céréalier dépendait presque exclusivement du ciel. Désormais, il dépend toujours de la pluie, mais plus seulement que de la pluie. Chaque millimètre tombé génère davantage de production qu’auparavant.

C’est probablement l’un des indicateurs les plus encourageants pour l’avenir de l’agriculture marocaine. Car si personne ne peut commander la météo, il est en revanche possible d’améliorer continuellement la manière dont l’eau disponible est utilisée. Et la performance se mesure désormais dans le nombre de quintaux que le pays parvient désormais à produire avec chaque millimètre reçu. Une mutation loin d’être anodine.