Chroniques

Mélenchon, espoir pour les uns, cauchemar pour les autres

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Ego démesuré
Pour réussir son pari, Jean-Luc Mélenchon doit casser un épais plafond de verre qui l’empêche de dépasser ses limites. Il sait qu’il doit affronter une solide opposition de la part des autres composantes de gauche que sont les socialistes, les communistes et les verts qui n’ont toujours pas signé un pacte électoral avec la France insoumise.

 

Jean-Luc Mélenchon, patron de la France insoumise, a récemment organisé un meeting de campagne dans la ville de Saint-Denis et a frappé les esprits par son discours de combat face à une audience massive. L’importance de son impact a été multipliée dans cette ville qui vient d’être emportée par un maire LFI, Bally Bagayoko, issu d’une famille d’origine malienne, devenu une icône incontestable de l’ascension de la France insoumise dans le paysage politique français. Jusqu’à présent, aucun autre candidat déclaré à la prochaine présidentielle n’a livré une démonstration de force populaire aussi puissante. L’autre parti présenté comme le concurrent principal de la France insoumise, le Rassemblement national, est englué dans les mésaventures judiciaires de sa patronne Marine Le Pen qui sera fixée sur son sort présidentiel le 7 juillet prochain.

Le meeting de lancement de Saint-Denis a sérieusement relancé les spéculations sur les chances de succès de Jean-Luc Mélenchon. Ses adversaires avaient l’habitude de le moquer pour son entêtement à se présenter malgré son âge et ses multiples échecs. Il fait, selon eux, office de vieux dinosaure qui fait une fixation presque morbide sur cette présidentielle avec un ego d’une inqualifiable démesure. « La République c’est moi !!!! » est son trait de caractère largement popularisé dans les médias.
Ses détracteurs mettent aussi en valeur sa stratégie de séduction du réservoir de vote qui gît dans les banlieues françaises à travers des prises de position volontairement clivantes comme sur la question palestinienne ou migratoire. Il est régulièrement accusé de souffler sur les braises d’un antisémitisme sournois et électoralement intéressé. Pour ses fans, Jean-Luc Mélenchon est incontestablement la seule personnalité capable de barrer la route de l’Elysée à l’extrême droite. Ces convictions proviennent aussi bien de ses capacités à élaborer un discours alternatif à celui du Rassemblement national que de la situation d’éclatement et de division que vivent aussi bien la droite classique que la gauche de gouvernement.

En effet, ces deux pôles de la vie politique française sont dans une incapacité chronique à se mettre d’accord sur le nom d’un candidat capable de porter leurs couleurs. Et cette paralysie se traduit par une incapacité à organiser une primaire pour choisir le bon cheval. Résultat aussi bien à droite qu’à gauche : une multitude de candidats qui s’affaiblissent et se paralysent mutuellement.
De tous les partis politiques français, la France insoumise est le seul qui semble avoir tranché cette question de leadership. Malgré quelques grincements internes, Jean-Luc Mélenchon a réussi à faire taire les dissonances internes au prix de quelques retentissantes opérations d’excommunication.

Mais pour réussir son pari, Jean-Luc Mélenchon doit casser un épais plafond de verre qui l’empêche de dépasser ses limites. Il sait qu’il doit affronter une solide opposition de la part des autres composantes de gauche que sont les socialistes, les communistes et les verts qui n’ont toujours pas signé un pacte électoral avec la France insoumise. Mais il sait aussi que si par miracle, il se qualifie au second tour de la présidentielle face au candidat de l’extrême droite, toutes ces forces politiques de gauche vont mettre leurs pudeurs politiques et leurs réticences à son égard pour barrer le chemin de l’Elysee à l’extrême droite. Le patron de la France insoumise parie sur le fait que s’il arrive à arracher son ticket de qualification au second tour, il imposera inévitablement la renaissance du Front Républicain qui un jour avait permis la réélection de Jacques Chirac devant Jean-Marie Le Pen et celle, un peu plus tard, d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen.

Le pari de Mélenchon est que jamais cette gauche plurielle ne préfèrerais l’extrême droite à la gauche radicale. En soi cette hypothèse de voir s’affronter en finale les deux radicalités politiques françaises est une évolution majeure de la scène politique française. Emmanuel Macron a certes cassé le moule classique qui opposait droite républicaine à gauche de gouvernement, il a par ailleurs créé les conditions pour que seules les extrêmes aient des chances de se qualifier.
C’est en tout cas les tendances que révèlent les instituts de sondages actuels. Réalités annoncées ou illusions d’optique? C’est le grand suspense politique de cette présidentielle française qui se prépare dans la grande indécision.