Des gamines issues de familles modestes, souvent vulnérables, que les recruteurs dénichaient avec une précision dans les établissements scolaires de la ville.
Calvaire : Ils les choisissaient devant les portes des collèges et des lycées. Des adolescentes, parfois à peine sorties de l’enfance, qu’ils repéraient, suivaient et abordaient. Avec des mots doux, des promesses et des billets de banque.
Nous sommes le samedi 20 juin. La police judiciaire de Ksar El Kébir met fin au calvaire de plusieurs collégiennes et lycéennes. Après des jours d’un travail de fourmi, les enquêteurs de la police judiciaire ont frappé. Deux cibles principales : un homme et sa femme, soupçonnés d’être les cerveaux de ce réseau qui traitait des mineures comme des marchandises. Cinq autres complices ont été cueillis dans la foulée. Et trois adolescentes encore mineures dont l’une ayant à peine quinze ans, enfermées dans l’enfer de ce réseau, ont été retrouvées.
Mais ce n’est qu’une partie du sinistre inventaire. Car les investigations, qui ont débuté il y a plusieurs semaines, laissent craindre que le nombre réel de victimes dépasse la douzaine. Des gamines issues de familles modestes, souvent vulnérables, que les recruteurs dénichaient avec une précision dans les établissements scolaires de la ville. Ils savaient laquelle approcher, laquelle briser et laquelle faire taire.
L’affaire a éclaté au grand jour presque par accident. Des médecins de cabinets locaux ont donné l’alerte après avoir reçu des adolescentes présentant des traumatismes physiques et gynécologiques inquiétants. Des visites espacées, des patientes différentes, mais un même silence obstiné. Jusqu’à ce qu’une d’elles, trop épuisée pour mentir, lâche un nom, une adresse, un cauchemar.
Les enquêteurs de la police judiciaire ont alors remonté le fil. Ils ont découvert que le réseau ne se contentait pas de louer les corps des mineures dans des appartements clandestins. Il les transportait également, telles des bêtes, vers de vastes fermes agricoles situées à Larache et à Kénitra. Là, dans l’anonymat des champs et des hangars, des hommes venus parfois de loin payaient pour assouvir leurs pulsions. Les tarifs variaient selon l’âge, selon la prestation et selon l’humiliation infligée. Le domicile du couple, chef du réseau, situé à Derb Laâlouj sis quartier Diwan, à Ksar El Kebir, servait également de lieu de rendez-vous, un décor banal pour des scènes d’une indicible abjection. Les enquêteurs l’ont investi, le soir de ce vingtième jour du mois courant. Sur place, les deux gérants sont arrêtés. Il s’agit d’un homme fiché pour trafic de drogue, et son épouse, déjà connue pour une affaire d’adultère. En effet, ce couple avait fait du corps des mineures leur fonds de commerce. Et dans leur appartement, les enquêteurs ont saisi un peu plus de 31 mille dirhams en liquide, des plaquettes de contraceptifs et neuf téléphones portables ; les outils de la traite, ceux par lesquels les rendez-vous se fixaient, les tarifs se négociaient et les photos compromettantes s’échangeaient.
Pendant la perquisition, un détail a attiré l’attention des enquêteurs : l’un des hommes arrêtés faisait l’objet d’un avis de recherche à l’échelle nationale émanant de la Gendarmerie royale de Kénitra pour coups et blessures. Un violent de plus dans une équipe de prédateurs.
Les investigations ne font que commencer. Les suspects ont été placés en garde à vue. Les enquêteurs explorent désormais toutes les ramifications possibles, convaincus que d’autres complices, d’autres lieux, d’autres victimes restent à découvrir.
À Ksar El Kébir, l’onde de choc est immense. Les parents tremblent, les enseignants s’interrogent, la ville retient son souffle. Comment un tel réseau a-t-il pu prospérer si longtemps dans l’ombre ? Combien de gamines ont-elles croisé le chemin de ces prédateurs avant que la machine judiciaire ne se mette en branle ?
Autant de questions auxquelles la suite de l’enquête apportera peut-être des réponses. Mais une certitude demeure : ce samedi 20 juin, la police a mis la main sur une mécanique infernale.










