Chroniques

Mieux communiquer, mieux vivre… Peut-on vraiment faire évoluer quelqu’un à tout prix ?!

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Vouloir faire évoluer quelqu’un à tout prix peut devenir un combat sans fin. On risque même d’y laisser notre peau. L’autre n’évolue pas et nous on est KO !!

Sagesse : Certaines personnes n’évoluent pas après avoir entendu cent fois le même message. Elles évoluent après avoir observé cent fois un comportement différent.

Il y a une bataille silencieuse que beaucoup d’entre nous mènent pendant des années, parfois même toute une vie.
Une bataille qui ne fait pas de bruit, qui ne se voit pas forcément de l’extérieur, mais qui peut épuiser profondément.
C’est cette volonté de faire comprendre à l’autre. De lui expliquer.
De lui montrer.
De lui faire prendre conscience.
Pendant longtemps, j’ai cru que lorsque l’on aimait quelqu’un, il était normal de vouloir l’aider à évoluer. J’ai pensé que si je trouvais les bons mots, le bon moment, la bonne façon d’aborder les choses, alors la personne finirait par comprendre ce que j’essayais de lui dire.
Je ne parle pas ici de vouloir avoir raison à tout prix.
Je parle de ces situations où l’on constate qu’un comportement, une attitude ou une façon d’agir crée de la souffrance autour de soi. On voit les dégâts collatéraux sur la famille, sur les relations, sur les proches. Alors, parce que l’on est concerné, parce que l’on aime, parce que l’on souffre parfois soi-même de cette situation, on essaie de parler.
Puis on parle encore. Puis on reformule.
Puis on donne des exemples. Puis on exprime son ressenti.
Puis on explique les conséquences.
Et malgré tous ces efforts, rien ne semble changer.
J’ai moi-même connu cette posture. Il m’arrive encore parfois d’y retomber. Pourtant, mon métier de coach m’a appris depuis longtemps que l’on ne change pas les autres.
Entre ce que l’on sait intellectuellement et ce que l’on vit émotionnellement, il existe parfois un fossé.
Car il est beaucoup plus facile d’accepter les différences d’un collègue, d’une connaissance ou d’une personne de passage que celles des êtres que l’on aime profondément.
Avec eux, l’enjeu émotionnel est plus fort. Nous voulons qu’ils aillent bien.
Nous voulons préserver la relation.
Nous voulons éviter certaines souffrances.
Nous voulons parfois leur éviter des erreurs dont nous percevons déjà les conséquences. Alors nous insistons.
Avec les meilleures intentions du monde.
Pourtant, une vérité difficile finit souvent par s’imposer : comprendre n’est pas changer. Une personne peut entendre nos paroles sans les intégrer.
Elle peut comprendre notre point de vue sans le partager.
Elle peut même reconnaître notre souffrance sans pour autant modifier son comportement. Pourquoi ?!
Parce que chacun regarde le monde à travers ses propres croyances, son histoire, ses blessures, ses valeurs et ses expériences.
Nous pensons parfois parler d’évidence alors que l’autre voit une réalité complètement différente.
C’est souvent là que naît l’épuisement relationnel.
Plus nous essayons de convaincre, plus l’autre se sent jugé ou remis en question. Plus il se défend.
Plus nous insistons. Et plus il se ferme.
Peu à peu, les discussions tournent en rond. La frustration grandit.
La fatigue s’installe.
Et chacun repart avec le sentiment de ne pas avoir été entendu.
La communication bienveillante nous encourage à exprimer nos émotions, nos besoins et nos limites. C’est essentiel. Mais elle ne garantit pas que l’autre changera.
Elle nous permet de nous exprimer avec respect.
Elle ne nous donne pas le pouvoir de transformer quelqu’un. C’est une nuance fondamentale.
Avec le temps, j’ai compris que certaines batailles ne se gagnent pas par l’argumentation. Elles se gagnent par l’acceptation.
Accepter que certaines personnes ne soient pas prêtes. Accepter qu’elles aient leur propre rythme.
Accepter qu’elles aient même le droit de ne jamais voir les choses comme nous. Cette acceptation n’est ni de la résignation ni de l’indifférence.
C’est une forme de sagesse.
C’est reconnaître la frontière entre ce qui dépend de nous et ce qui appartient à l’autre. Nous pouvons partager notre vérité.
Nous pouvons exprimer notre douleur. Nous pouvons poser des limites.
Nous pouvons protéger notre équilibre.
Mais nous ne pouvons pas forcer une prise de conscience.
L’une des phrases qui m’accompagnent aujourd’hui est la suivante :
«On peut éclairer un chemin, mais on ne peut pas obliger quelqu’un à l’emprunter.»
Cette phrase me rappelle que mon rôle n’est pas de porter les évolutions des autres sur mes épaules.
Mon rôle est d’incarner les valeurs auxquelles je crois. D’être cohérente avec elles.
De montrer, par mes actes, ce que j’aimerais voir davantage autour de moi.
Car au fond, les plus grandes transformations ne naissent pas toujours des discours. Elles naissent souvent de l’exemple.
Certaines personnes n’évoluent pas après avoir entendu cent fois le même message.
Elles évoluent après avoir observé cent fois un comportement différent.
Vouloir faire évoluer quelqu’un à tout prix peut devenir un combat sans fin. On risque même d’y laisser notre peau. L’autre n’évolue pas et nous on est KO !!
Un combat qui consume notre énergie, fragilise nos relations et nourrit notre frustration. Parfois, la véritable évolution ne consiste pas à changer l’autre.
Elle consiste à changer notre posture face à lui.
Et ce jour-là, sans même nous en rendre compte, nous retrouvons quelque chose de précieux : notre paix intérieure.

Par : Sophia El Khensae Bentamy

Consultante, coach et enseignante en techniques de communication, coach en psychologie positive et en thérapie par le rire.