Impuissance
Persuadé d’avoir été victime d’un acte de sorcellerie destiné à le rendre sexuellement impuissant, un trentenaire a violemment attaqué un imam en pleine prière dans une mosquée de Kénitra. Ayant pris la fuite vers les montagnes de Béni Mellal, il a finalement été arrêté après une traque policière coordonnée.
Le soir est tombé, ce jeudi 18 juin, sur le quartier L’Habitat, à Kénitra, lorsque le jeune homme est entré dans la mosquée Es-Sakina, comme tout autre fidèle venu accomplir la prière d’Al-Maghreb. La seule chose qui le distinguait des autres, c’est qu’il portait un masque sur le visage. Personne parmi les fidèles ne s’est rendu compte de ce détail. Et même ceux qui avaient remarqué le masque sur son visage n’imaginaient pas qu’il dissimulait une lueur de mal. Un mal qui allait se déclencher quelques secondes plus tard.
Il était 20 h 42 lorsque le muezzin a appelé à la prière, puis à son accomplissement. Qui aurait imaginé que ce jeune homme masqué guettait l’imam, attendant le moment propice pour mettre son projet criminel à exécution ?
Lorsque l’imam s’est prosterné, le jeune homme au masque ne lui a laissé aucune chance : un coup d’une violence inouïe s’est abattu sur lui, le laissant inconscient au sol.
Les secours, alertés en urgence, ont transporté l’imam au Centre hospitalier régional Zemmouri, où les médecins se sont efforcés de stabiliser son état. L’agresseur, lui, a profité de la confusion pour disparaître dans l’obscurité. Mais sa cible ne s’arrêtait pas là : un second imam, qu’il soupçonnait également d’être la source de son malheur, a échappé de peu à une tentative similaire.
En fait, ce jeune homme de trente-trois ans nourrissait une obsession. Depuis des mois, il était persuadé d’avoir été victime d’un sort jeté par les deux fqihs, une pratique connue communément sous le nom de «Thqaf», censée provoquer une impuissance sexuelle irréversible chez celui qui en est la cible. Pour lui, les deux imams n’étaient pas de simples hommes de foi, mais des charlatans versés dans la divination et la sorcellerie agissant, selon lui, sur instruction d’une jeune femme.
Après son geste, il a pris la fuite vers les montagnes d’Afourar, dans la région de Béni Mellal, se réfugiant chez une connaissance qui a accepté de l’héberger sans poser de questions. Il pensait avoir trouvé un abri sûr, loin des regards. Mais les services de police n’ont pas tardé à se mobiliser.
Grâce à une coordination étroite entre les sûretés préfectorales de Kénitra et de Béni Mellal, ainsi qu’aux informations précises transmises par les éléments de la Direction générale de la surveillance du territoire national, sa cachette a été localisée dans cette zone reculée, entre Souk Sebt Oulad Nemma et Ouaouizeght.
Une équipe de la police judiciaire de Kénitra s’est alors déplacée à Béni Mellal pour procéder à son arrestation. Placé en garde à vue, il a été conduit à Kénitra, où l’enquête préliminaire s’est poursuivie sous la supervision des éléments de la brigade criminelle.
Face aux enquêteurs, ce trentenaire a reconnu avoir agressé l’imam, expliquant qu’il avait pris soin de se masquer le visage afin de ne pas être reconnu.
Tout au long de son interrogatoire, il a maintenu sa version des faits avec une conviction inébranlable, affirmant que c’était bien la pratique du «Thqaf» qu’il estimait avoir été exercée sur lui par les deux imams, qui l’avait poussé à agir.
Convoqué à son tour, le second imam a été interrogé sur les accusations portées contre lui. Comme son confrère, il a catégoriquement démenti toute pratique de sorcellerie à l’encontre du jeune homme. Aucun des deux imams n’a admis avoir participé, de quelque manière que ce soit, à ce que l’accusé leur reprochait.
Au terme de cette enquête judiciaire menée conjointement par les services de Kénitra et de Béni Mellal, le mis en cause a été déféré, le lundi 22 juin au matin, devant le parquet général près la Cour d’appel de Kénitra pour tentative de meurtre avec préméditation et guet-apens.









