Double amertume
Donald Trump n’a jamais pardonné aux Européens de l’avoir lâché sur deux guerres : la guerre commerciale contre la Chine et la guerre militaire contre l’Iran. Il attendait de ses alliés européens une solidarité à toute épreuve et il n’a reçu qu’une distanciation polie.
La polémique qui a récemment enflammé les médias et les réseaux sociaux entre Donald Trump et l’Italienne Giorgia Meloni illustre à elle seule la grande tension qui caractérise les relations entre l’Amérique et les pays de l’Union européenne. Sans aucune raison politique valable, Donald Trump avait affirmé sur son réseau social que Giorgia Meloni s’est pliée en quatre pour avoir une photo avec lui. Affirmation démentie de manière spectaculaire par la Première ministre italienne qui en a rajouté dans le défi et la provocation.
Cette dégradation manifeste dans les relations entre Washington et Rome, illustrée par l’annulation d’une visite du ministre des affaires étrangères italiennes à la capitale américaine, avait surpris par son ampleur et sa soudaineté. Elle surprend d’autant plus que dans un passé récent, Giorgia Meloni était la personnalité européenne préférée, voire gâtée de Donald Trump. Ce dernier avait même l’habitude de l’utiliser pour faire passer des messages aux autres dirigeants européens.
La raison de cette crise italo-américaine est à trouver dans les multiples ressorts de la guerre contre l’Iran. À cette période, misant sur sa proximité et son amitié avec le leadership italien, Donald Trump avait demandé à ce que l’Italie et d’autres pays européens puissent venir en soutien à l’armée américaine et israélienne dans leur guerre contre l’Iran. Non seulement Giorgia Meloni a opposé un refus net à cette proposition, mais elle avait interdit aussi aux avions américains participant à cette guerre de se poser sur des bases militaires italiennes. Cette posture de Giorgia Meloni, largement partagée par les autres dirigeants européens, avait provoqué l’ire de Donald Trump. Résultat : une salve de menaces de se venger de l’Union européenne et de l’alliance atlantique à travers une révision profonde de la présence et de l’aide militaire américaines à l’Europe, surtout dans son bras de fer militaire avec la Russie de Vladimir Poutine par Ukraine interposée.
Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump avait cultivé une manière bien à lui de s’adresser aux dirigeants européens. Allant souvent du mépris implicite à l’insulte publique, Donald Trump mettait à rude épreuve les relations personnelles qu’il entretenait avec les chefs d’Etat européens. Il n’y a qu’à rappeler comment le président américain avait traité le Français Emmanuel Macron, l’Allemand Friedrich Merz, le Britannique Keir Starmer ou l’Espagnol Pedro Sanchez et bien évidemment l’Ukrainien Volodymyr Zelensky. Passé l’effet surprise de la nouveauté disruptive, les dirigeants européens ont appris à traiter avec le style Trump. Ils ont appris à tout lui faire passer y compris ses postures les plus insultantes. Ils se sont même retenus de lui répondre avec la même virulence, sans doute par crainte d’un déchaînement inattendu et incontrôlé de sa colère, certainement par une forme de fatalisme à supporter les caprices du chef de la première puissance du monde.
Avec Donald Trump, les Européens ont été contraints de revoir l’ensemble de leur doctrine de défense. Une problématique animée par le président Emmanuel Macron qui vise à réaliser ce qu’il appelle l’autonomie stratégique. Autrement dit, faire en sorte de ne plus dépendre du parapluie américain pour garantir la sécurité de l’Europe face au danger russe. Cette idée qui fut rejetée au début par certains grands acteurs européens est en train de gagner du terrain et de séduire les esprits. «Le mérite » en revient à Donald Trump qui a tout fait pour mettre à rude épreuve une relation stratégique entre l’Amérique et l’Europe. Il faut dire que Donald Trump n’a jamais pardonné aux Européens de l’avoir lâché sur deux guerres : la guerre commerciale contre la Chine et la guerre militaire contre l’Iran.
Il attendait de ses alliés européens une solidarité à toute épreuve et il n’a reçu qu’une distanciation polie qui a largement participé à isoler et à affaiblir la puissance américaine dans le monde.
La discorde, voire un semblant de divorce qui est en train de s’installer entre les deux continents est le fruit de cette double amertume et cette déception américaine sur les fronts chinois et iranien. Donald Trump avait alors multiplié les menaces à leur encontre, individuellement ou collectivement. De la réorganisation des forces américaines stationnées eu Europe, jusqu’à faire miroiter un possible retrait de l’Otan. Même si cette dernière option est difficile à réaliser, en raison des freins constitutionnels américains, le simple fait de l’évoquer participe lourdement à affaiblir l’effet dissuasif de l’organisation atlantique dans le monde.









