Culture

Trois questions à Neila Tazi, productrice du Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira : «La culture est fondamentale, c’est ce qui demeure quand il ne reste plus rien»

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ALM : Vous avez toujours tenu à intégrer la culture dans toutes ses dimensions au Festival Gnaoua. Pourquoi cet attachement à cette vision globale de la culture ? Pourquoi est-il si important de mettre en avant toutes ses facettes ?
Neila Tazi : Parce que la culture est fondamentale. C’est ce qui nous rapproche, ce qui nous fait grandir, ce qui demeure lorsqu’il ne reste plus rien. Toutes les disciplines culturelles et artistiques ont leur importance. Certaines sont naturellement plus populaires ou plus accessibles que d’autres. La musique, par exemple, est un formidable vecteur de rassemblement. Le cinéma joue également un rôle essentiel. Les arts plastiques, quant à eux, sont fondamentaux parce qu’ils interrogent, suscitent la réflexion et ouvrent des fenêtres sur d’autres formes d’expression à travers le monde. En réalité, toutes les disciplines culturelles participent à cette ouverture. Le monde de la culture forme un tout, porté par des femmes et des hommes qui défendent une voix forte et constituent une véritable source d’émancipation, notamment pour les jeunes. La culture nous aide à ouvrir notre esprit, à aller à la rencontre de l’autre et à mieux nous comprendre. C’est particulièrement important au Maroc, un pays qui regorge de talents et d’un immense potentiel créatif. Aujourd’hui, le secteur culturel connaît une véritable dynamique. Il ne demandait qu’à libérer toute cette énergie. Nous sommes, je crois, à un moment charnière pour la culture marocaine. Une prise de conscience s’opère quant à son rôle dans le rayonnement international du Royaume, dans la diplomatie culturelle, mais aussi dans l’émancipation de la jeunesse.

Le Festival célèbre aujourd’hui sa 27ème édition. Qu’est-ce qui vous a le plus marquée au cours de toutes ces années ?
Beaucoup de choses m’ont profondément marquée, mais la plus importante reste sans doute la leçon de vie que représente cette aventure. Le Festival m’a permis de mieux connaître mon pays et de renforcer ma détermination à défendre les valeurs auxquelles je crois : l’égalité, la fraternité, le progrès collectif et l’humanité. À titre personnel, cela a été le projet d’une vie. Un formidable apprentissage, un engagement de tous les instants et le désir profond de construire quelque chose de durable. Nous voulions démontrer qu’il est possible de rêver et de faire rêver les autres. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est possible. Bien sûr, chaque édition a connu ses moments forts, ses rencontres, ses émotions. Chacune d’elles m’a profondément touchée.

Que souhaitez-vous pour les 27 prochaines éditions du Festival, dans un monde de plus en plus instable et changeant ?
Je suis convaincue que ce Festival possède une force exceptionnelle. Je me suis toujours battue pour qu’il perdure, parce qu’il porte un message universel. C’est un événement profondément humain, fédérateur, qui donne envie aux gens de se retrouver, de partager et de croire les uns dans les autres. Et cette confiance est aujourd’hui plus précieuse que jamais. Pour l’avenir, je rêve d’un Festival qui continue à vivre dans quarante, cinquante ou soixante ans, à l’image des plus grands rendez-vous culturels internationaux qui ont réussi à s’institutionnaliser et à avoir une gouvernance et une assise solide pour perdurer. Je pense que le Festival Gnaoua a déjà franchi une étape décisive. Il est devenu un rendez-vous incontournable sur la scène internationale et je suis persuadée que son avenir sera encore plus radieux.