À force de commenter l’agriculture depuis les bancs des assemblées, les plateaux de télévision ou les réseaux sociaux, certains finissent parfois par oublier une évidence : ceux qui connaissent le mieux ce secteur sont encore ceux qui le vivent au quotidien.
Les agriculteurs marocains, à travers leur principale représentation professionnelle, la Comader, viennent justement de remettre un peu de réalité dans un débat qui en manque souvent (lire l’article en page 9). Sans dramatisation excessive, sans discours victimaire et sans chercher à enjoliver la situation, ils ont décrit le quotidien d’un secteur confronté à des difficultés bien réelles.
Stress hydrique qui s’installe, pénurie de main-d’œuvre, flambée des intrants, hausse continue des coûts de production, poids des circuits de commercialisation, spéculation et multiplication des intermédiaires… le tableau dressé est loin d’être celui d’une activité vivant sous perfusion de rentes ou de privilèges.
Ce témoignage est d’autant plus intéressant qu’il ne se limite pas à l’énumération des difficultés. Les professionnels rappellent également les progrès réalisés ces dernières années, les efforts d’investissement consentis, les mutations engagées dans les filières agricoles et surtout la responsabilité qu’ils assument dans un objectif devenu stratégique pour le pays : la souveraineté alimentaire.
Cette approche tranche avec certaines lectures souvent réductrices du monde agricole. Derrière chaque exploitation se cachent des réalités très différentes, des risques permanents et une activité dont les résultats dépendent autant du climat que des marchés internationaux, des coûts de production ou encore des circuits de distribution.
La parole des professionnels mérite une attention particulière. Non parce qu’elle serait incontestable, mais parce qu’elle repose sur une expérience directe du terrain, sur des contraintes vécues chaque jour et sur une connaissance concrète des mécanismes qui façonnent le secteur.
L’agriculture mérite mieux que des raccourcis ou des slogans. Elle mérite un débat nourri par les faits, les chiffres et l’expérience de celles et ceux qui produisent.
Et il est toujours utile d’écouter ceux qui cultivent la terre avant ceux qui cultivent les discours.










