Faits-Divers

Vrai gendarme, faux juge d’instruction

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L’homme qui se vantait d’avoir l’oreille des magistrats portait en réalité un autre uniforme.

Escroquerie : Il se faisait passer pour un juge d’instruction influent, capable d’infléchir le cours d’un procès. Au téléphone, sa voix inspirait confiance ; ses promesses, l’espoir. Mais derrière ce magistrat de fortune se cachait un gendarme qui réclamait un pot-de-vin pour une intervention imaginaire.

L’histoire commence par un appel téléphonique, un soir d’un jour du mois de juin 2026 comme tant d’autres, à Rabat. À l’autre bout du fil, une voix posée, assurée et presque protectrice. L’homme se présente comme juge d’instruction au tribunal de première instance de Rabat. Il connaît le dossier, dit-il, et surtout, il connaît du monde. Un proche d’un détenu poursuivi pour recel décroche, écoute, et sent déjà le sol se dérober un peu sous ses pieds. L’inconnu ne tarde pas à dévoiler ses intentions. Il évoque un vaste réseau de relations parmi les magistrats à Rabat et Salé, affirme pouvoir peser sur l’issue du procès, glisser un mot ici, obtenir une faveur là. Le prix de cette intervention providentielle doit être de 50 mille dirhams. Une somme conséquente, présentée comme le sésame qui ouvrirait la porte d’une décision plus clémente. Dans la famille du détenu, l’angoisse et l’espoir se mêlent. Faut-il croire cet homme qui parle avec tant d’assurance du fonctionnement interne de la justice ? Faut-il payer, au risque de se faire piéger une seconde fois après l’incarcération d’un des leurs ? Le doute s’installe, tenace, et avec lui une question qui finit par l’emporter : un vrai juge agirait-il ainsi, par téléphone, en réclamant de l’argent ? C’est ce doute, justement, qui sauve la situation. Plutôt que de céder au chantage, l’un des proches du détenu choisit de saisir le procureur du Roi.

Le récit qu’il livre est précis : les promesses, le montant exigé et la mise en scène d’un homme de loi influent. Le procureur du Roi ne perd pas de temps. Il ordonne l’ouverture d’une enquête et confie le dossier à la brigade nationale des enquêtes judiciaires, relevant du commandement supérieur de la Gendarmerie royale à Rabat. Les enquêteurs se mettent au travail avec méthode. Recoupements, vérifications, identification de la ligne téléphonique utilisée pour les appels et les pressions. Très vite, la traque aboutit à un nom qui jette une lumière inattendue, presque ironique, sur l’affaire : le faux juge n’est autre qu’un gendarme, la quarantaine, en poste au sein du commandement régional de Rabat. L’homme qui se vantait d’avoir l’oreille des magistrats portait en réalité un autre uniforme.

L’interpellation a eu lieu, lundi 22 juin, en fin de l’après-midi. Le suspect est placé en garde à vue, son téléphone portable saisi sur-le-champ. Pour les enquêteurs, l’appareil devient la pièce maîtresse du dossier. Les expertises techniques qui y sont menées confirment ce que la plainte laissait deviner : les échanges, les sollicitations, le scénario entier de l’usurpation s’y trouvent consignés, noir sur blanc.
Mais l’enquête ne s’arrête pas à la confirmation des faits. Une confrontation est organisée entre le gendarme en cause et la famille qu’il a tenté de duper.

Face à face, les versions se heurtent, se précisent, et les déclarations du plaignant trouvent un écho dans les éléments techniques recueillis. Le doute initial, celui qui avait permis d’éviter le piège, se transforme en certitude judiciaire. Et le vrai gendarme, faux juge d’instruction, a été mis derrière les barreaux.