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Éditorial : Les sentinelles de l’économie

© D.R

La même semaine, les professionnels de deux secteurs industriels majeurs, l’automobile et l’agroalimentaire, ont choisi, chacun dans le cadre de leurs propres rencontres, de placer au cœur de leurs débats une même thématique : la décarbonation.

Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence. Cela traduit manifestement une prise de conscience grandissante de l’ampleur des transformations qui redessinent aujourd’hui l’industrie mondiale.
Au-delà du volet environnemental de la question, derrière la décarbonation se jouent désormais l’accès aux marchés internationaux, les exigences des donneurs d’ordre, les nouvelles normes imposées par les grands clients, mais aussi, à terme, la compétitivité même des entreprises. Et les industriels marocains semblent avoir pleinement intégré cette nouvelle réalité.
Naturellement, les politiques publiques ont un rôle essentiel à jouer.

À travers les différentes stratégies sectorielles, l’État fixe des orientations, accompagne les transitions et construit, le plus souvent en concertation avec les professionnels, les feuilles de route destinées à permettre au «Made in Morocco» de préserver, voire de renforcer, sa place dans les chaînes de valeur mondiales.
Mais l’action publique, à elle seule, ne peut pas tout anticiper. Parce qu’ils sont quotidiennement au contact des marchés, des consommateurs, des investisseurs, des grands groupes internationaux et des évolutions technologiques, les opérateurs disposent d’une capacité d’anticipation souvent irremplaçable. Ils perçoivent très tôt les nouvelles attentes, les contraintes qui émergent et les mutations qui s’annoncent. Les signaux faibles apparaissent généralement d’abord sur le terrain avant d’être visibles dans les statistiques ou les rapports.

C’est d’ailleurs ainsi que se construisent, dans bien des cas, les politiques publiques les plus efficaces. Elles ne naissent pas uniquement dans les administrations. Elles se nourrissent aussi des remontées du terrain, des difficultés rencontrées par les entreprises, de leurs besoins d’adaptation et de leur expérience quotidienne de la concurrence internationale.
Les secteurs de l’automobile, de l’agroalimentaire, mais aussi de l’aéronautique, de la chimie ou encore des énergies renouvelables deviennent ainsi bien plus que de simples bénéficiaires des politiques publiques. Ils participent de plus en plus à leur élaboration, en apportant une expertise que seule la pratique permet d’acquérir.

Les signes de maturité d’une économie, c’est quand l’État fixe le cap, mais que le terrain contribue lui aussi à dessiner la route. Et les industriels ne sont pas seulement des producteurs de richesse. Ils sont aussi, à leur manière, les premières sentinelles des mutations économiques qui façonnent déjà le monde de demain et auxquelles il faudra se préparer…