Vigilance
La chaleur intense, la transpiration excessive et la déshydratation peuvent modifier l’action de certains médicaments et augmenter le risque d’effets indésirables.
Les épisodes de canicule représentent un défi particulier pour les personnes souffrant de troubles psychiatriques, notamment celles traitées par lithium ou antipsychotiques. La chaleur intense, la transpiration excessive et la déshydratation peuvent modifier l’action de certains médicaments et augmenter le risque d’effets indésirables.
Le lithium, traitement de référence du trouble bipolaire, est éliminé presque exclusivement par les reins. En cas de déshydratation, sa concentration sanguine peut augmenter et provoquer une intoxication. Tremblements inhabituels, nausées, troubles de l’équilibre, somnolence ou confusion doivent conduire à consulter rapidement un professionnel de santé.
Les antipsychotiques peuvent également compliquer l’adaptation de l’organisme aux fortes chaleurs. Certains diminuent la transpiration, altèrent la sensation de soif ou perturbent les mécanismes de régulation de la température contrôlés par l’hypothalamus, véritable « thermostat » du cerveau.
Les neurosciences rappellent que l’équilibre du cerveau dépend étroitement de l’homéostasie, c’est-à-dire de la capacité de l’organisme à maintenir constants sa température, son hydratation et son fonctionnement interne. Comme le soulignait le neurologue Antonio Damasio, «l’homéostasie constitue le socle biologique de la survie».
Prenons l’exemple d’un patient stabilisé sous lithium qui passe plusieurs heures à l’extérieur pendant une vague de chaleur sans boire suffisamment. Une fatigue inhabituelle, des tremblements ou une désorientation peuvent traduire une augmentation excessive de la lithémie. Dans ce cas, la bonne attitude n’est pas d’interrompre son traitement, mais de contacter son médecin afin d’évaluer la situation.
De même, une personne traitée par antipsychotiques, vivant seule ou présentant des difficultés à percevoir la soif, peut être davantage exposée aux complications liées à la chaleur. Le message des psychiatres est clair : aucun traitement psychotrope ne doit être arrêté ou modifié sans avis médical. L’arrêt brutal du lithium peut favoriser une rechute du trouble bipolaire, tandis que l’interruption d’un antipsychotique expose au risque de réapparition de symptômes psychotiques.
Pendant les périodes de canicule, quelques mesures simples restent essentielles : boire régulièrement, rechercher des lieux frais, éviter les efforts physiques intenses aux heures les plus chaudes et signaler rapidement tout symptôme inhabituel. Dans un contexte de réchauffement climatique, protéger la santé mentale passe aussi par une vigilance accrue face aux effets de la chaleur sur les traitements psychiatriques.









