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Le dispositif complet est en place. Les troupes fin prêtes pour le combat et le parti en ordre de bataille pour les prochaines échéances…
Cohérence. A Casablanca, avec la présence de toute la direction du parti et celle encore plus remarquée de Aziz Akhannouch aux côtés de son successeur, Mohamed Chouki, le RNI a levé le voile sur sa vision pour 2026-2031. Trois engagements, douze mesures, une signature forte qui résume parfaitement la philosophie du parti pour les années qui viennent.
Après Fès, Oujda et Marrakech, les trois grands axes du projet porté par le Rassemblement national des indépendants (RNI) se retrouvent désormais réunis dans une même feuille de route. Le parti a choisi Casablanca comme escale finale pour donner une cohérence d’ensemble à tout cela et présenter le programme dans sa globalité avec une signature minutieusement élaborée : « dignité et opportunités pour tous ».
D’entrée de jeu, derrière les douze mesures proposées apparaît une ambition qui dépasse le simple catalogue d’engagements : faire évoluer progressivement l’État social vers un modèle où la protection devient le point de départ d’un parcours conduisant à davantage d’autonomie économique et sociale.
Le puzzle désormais complet
Les grandes orientations d’un projet politique ne se révèlent pas toujours d’un seul tenant. Elles prennent parfois forme par touches successives, au fil des débats, des rencontres et des échanges avec les acteurs en territoires. C’est précisément ce qui s’est produit au cours des dernières semaines. Fès a placé le pouvoir d’achat au centre de la réflexion. Oujda a poursuivi cette séquence en mettant l’accent sur la qualité des services publics. Marrakech est venue compléter l’édifice en faisant de l’emploi et de l’inclusion économique le troisième pilier de la démarche. Et pour clôturer, à Casablanca le tout a été mis en cohérence avec la signature ainsi dévoilée et qui traduit et résume parfaitement la philosophie du programme.
Pris isolément, chacun de ces rendez-vous pouvait être perçu comme une réponse à une préoccupation particulière des citoyens. Rassemblés dans une même feuille de route, ils révèlent une construction beaucoup plus ambitieuse. Les trois engagements ne s’additionnent pas seulement ; ils se répondent, se complètent. Ils composent une trajectoire où chaque étape prépare la suivante et où chaque politique publique trouve sa place dans un ensemble cohérent.
C’est sans doute cette cohérence qui constitue la véritable nouveauté. Les mesures proposées ne sont pas présentées comme une juxtaposition de réponses sectorielles, mais comme les différentes composantes d’une même vision. Le pouvoir d’achat n’est plus vu uniquement comme une question de consommation. Les services publics ne sont plus seulement une affaire de réforme de l’administration. Et l’emploi dépasse le cadre de la seule politique économique. Les trois dimensions deviennent interdépendantes et poursuivent une même et seule finalité : permettre à chacun de consolider sa situation, d’élargir ses perspectives et de construire progressivement son autonomie.
Cette approche traduit une évolution dans la manière d’envisager l’État social. Dans un premier temps, celui-ci s’est principalement développé autour d’une logique de protection, voire de secours. Face aux difficultés économiques ou sociales, il intervenait pour amortir les chocs, corriger les déséquilibres ou soutenir les populations les plus exposées. Cette mission demeure évidemment essentielle. Mais aux yeux du RNI, elle ne suffit plus à répondre aux attentes d’une société où les aspirations portent autant sur la sécurité que sur la possibilité d’avancer, d’entreprendre et de progresser.
La philosophie qui se dessine consiste ainsi à faire de la protection un point de départ plutôt qu’un point d’arrivée. L’objectif n’est plus uniquement d’aider lorsque les difficultés surviennent, mais également de créer les conditions permettant de les dépasser durablement. Cette évolution que propose le RNI est résumée par une formule qui irrigue, d’ailleurs, l’ensemble de la feuille de route : passer d’une logique d’assistance à une logique d’accompagnement vers l’autonomie. Plus qu’un slogan, cette idée constitue en réalité le fil conducteur reliant l’ensemble des engagements.
Sécuriser le quotidien pour préparer l’avenir
Le premier engagement s’inscrit pleinement dans cette logique. La protection du pouvoir d’achat répond naturellement aux préoccupations immédiates des ménages. Les années récentes ont rappelé combien les équilibres économiques pouvaient être rapidement fragilisés par une succession de crises internationales, de tensions sur les marchés de l’énergie, d’épisodes inflationnistes ou encore de sécheresses répétées. Préserver les revenus est devenu une condition indispensable de la stabilité sociale.
L’originalité de la démarche tient cependant au fait qu’elle ne se limite pas à des réponses ponctuelles, conjoncturelles. Elle cherche à installer des mécanismes capables de fonctionner dans la durée, de s’activer presque mécaniquement au besoin en adaptant automatiquement certains dispositifs aux évolutions économiques. Cette approche traduit une volonté de rendre la protection plus lisible, plus prévisible et moins dépendante de mesures exceptionnelles prises dans l’urgence.
Mais la protection n’est pas uniquement pensée sous l’angle du soutien direct. Elle s’accompagne d’une réflexion sur la capacité des ménages à renforcer eux-mêmes leur sécurité financière. Encourager l’épargne, notamment auprès des travailleurs qui restent en marge des mécanismes classiques de couverture sociale, revient à élargir progressivement les instruments de résilience économique. L’objectif n’est pas seulement d’aider à faire face aux difficultés du moment ; il est aussi de permettre à chacun de constituer des marges de sécurité susceptibles de réduire sa vulnérabilité future.
La même logique apparaît dans les orientations consacrées aux revenus du travail. Revaloriser progressivement les salaires, améliorer les pensions et accompagner la formalisation de l’économie ne répondent pas uniquement à une exigence de justice sociale. Ces choix traduisent également une volonté de consolider durablement les ressources des ménages afin qu’ils puissent mieux préparer leur avenir et investir davantage dans leurs propres projets.
Cette philosophie se retrouve jusque dans les mesures destinées à soutenir les dépenses liées à l’éducation. Alléger le coût de la scolarité ne revient pas seulement à soulager les budgets familiaux. C’est aussi reconnaître que l’investissement éducatif représente l’un des principaux leviers de mobilité sociale. En facilitant cet investissement, la politique sociale se transforme progressivement en politique de préparation de l’avenir.
Cette articulation entre protection immédiate et construction de capacités nouvelles constitue l’un des aspects les plus intéressants de l’ensemble. Elle traduit une conception plus dynamique de la solidarité. L’enjeu n’est plus uniquement de préserver un niveau de vie face aux aléas économiques. Il consiste également à donner aux citoyens les moyens de réduire progressivement leur dépendance à ces mêmes mécanismes de protection.
Les services publics changent eux aussi de rôle
La deuxième étape de cette trajectoire élargit encore la réflexion. Une protection efficace ne produit pleinement ses effets que si elle s’accompagne de services publics capables d’offrir à chacun les mêmes possibilités de réussite, quel que soit son lieu de résidence. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les engagements relatifs à l’eau, à l’énergie, à l’éducation et à la santé.
Là encore, le changement est moins visible dans les secteurs eux-mêmes que dans la manière de les relier entre eux. L’eau n’est plus seulement abordée comme une ressource à préserver. Elle devient une condition de développement des territoires, de stabilité des activités agricoles, d’attractivité économique et de sécurité alimentaire. Les investissements hydrauliques dépassent ainsi leur dimension technique pour devenir un instrument de cohésion territoriale.
La politique énergétique suit une évolution comparable. Longtemps centrée sur la sécurisation des approvisionnements, elle est désormais également pensée comme un facteur de compétitivité, de souveraineté industrielle et de protection du pouvoir d’achat. La transition vers les énergies renouvelables répond simultanément à plusieurs objectifs qui se renforcent mutuellement.
L’éducation connaît la même transformation. Elle ne se réduit plus à une mission d’enseignement. Elle devient l’un des principaux moteurs de la mobilité sociale, de la qualification de la main-d’œuvre et de la compétitivité économique. Quant à la santé, elle cesse d’être appréhendée uniquement sous l’angle de l’accès aux soins pour devenir un investissement dans le capital humain, la qualité de vie et la capacité des citoyens à participer pleinement au développement économique.
Quand l’emploi devient la conséquence logique
Si le troisième engagement clôt la feuille de route, ce n’est probablement pas par hasard. Dans beaucoup de programmes, l’emploi apparaît comme un chapitre parmi d’autres, traité au même niveau que le reste des politiques publiques. Ici, il occupe une place différente. Il constitue l’aboutissement naturel de tout ce qui précède.
Cette organisation raconte à elle seule une vision. Un citoyen dont le pouvoir d’achat est mieux protégé, dont les enfants bénéficient d’une école plus performante, qui accède plus facilement aux soins et qui vit dans un territoire mieux équipé dispose naturellement de meilleures chances d’intégrer durablement le marché du travail ou de développer sa propre activité. L’emploi n’est donc plus présenté comme une simple variable économique mais la résultante d’un environnement plus favorable.
C’est, là, une lecture qui modifie profondément la manière d’aborder les politiques de l’emploi. La question ne consiste plus uniquement à créer des postes supplémentaires. Elle revient à construire progressivement les conditions qui rendent cette création plus durable. Les investissements, la qualité de la formation, la santé, la mobilité territoriale, l’accès à l’énergie ou encore la disponibilité de l’eau deviennent autant de facteurs qui participent, directement ou indirectement, à la dynamique de l’emploi.
L’ambition affichée est à la hauteur de cette approche. La création d’un million d’emplois à l’horizon 2031 ne repose pas sur un secteur unique mais sur la convergence de plusieurs moteurs de croissance. L’industrie poursuit sa montée en puissance grâce aux nouveaux métiers de l’automobile, de l’aéronautique, des batteries ou de l’hydrogène vert. Le numérique continue d’élargir ses débouchés. Le tourisme bénéficie des investissements engagés dans la perspective de la Coupe du monde 2030. Les grands chantiers d’infrastructures irriguent l’ensemble des territoires tandis que l’agriculture et les services demeurent des réservoirs importants d’activité. L’objectif est de faire converger ces dynamiques afin d’abaisser progressivement le chômage tout en portant le taux d’investissement à un niveau historiquement élevé.
Mais, là encore, l’emploi ne se réduit pas à une logique statistique. Les propositions cherchent également à accompagner les transitions professionnelles. Les parcours des travailleurs saisonniers seraient davantage sécurisés. Les personnes perdant leur emploi bénéficieraient d’un dispositif davantage orienté vers le retour à l’activité. Les jeunes éloignés du marché du travail seraient accompagnés par des mécanismes de formation, d’orientation et de qualification. Les porteurs de projets pourraient accéder plus facilement au financement grâce à un fonds dédié aux prêts productifs. Derrière chacune de ces mesures se retrouve la même idée : il ne suffit pas de protéger contre le risque ; il faut également faciliter le rebond.
Cette conception rejoint d’ailleurs les évolutions observées dans plusieurs pays qui cherchent à renforcer leur État social tout en encourageant l’initiative économique. La solidarité ne disparaît pas. Elle change progressivement de fonction. Elle devient un investissement dans les capacités des individus plutôt qu’une simple compensation des difficultés rencontrées.
Une cohérence qui dépasse les secteurs
Ce qui retient finalement l’attention n’est pas tant le contenu de chacune des mesures que la manière dont elles dialoguent entre elles. L’eau soutient l’agriculture, mais aussi l’industrie, le tourisme et l’attractivité des territoires. L’énergie réduit les coûts pour les ménages tout en renforçant la compétitivité des entreprises. L’école prépare l’insertion professionnelle autant qu’elle favorise la mobilité sociale. La santé améliore la qualité de vie mais renforce également le capital humain nécessaire à la croissance. Quant à l’emploi, il consolide à son tour les ressources des ménages et réduit leur dépendance aux mécanismes de protection.
Cette articulation traduit une vision beaucoup plus intégrée des politiques publiques. Les frontières traditionnelles entre les secteurs s’estompent progressivement au profit d’une logique de parcours. Chaque réforme produit des effets qui dépassent son domaine d’origine et alimente les autres politiques.
Cette approche explique également la place accordée à la territorialisation. Les disparités régionales ne sont plus seulement perçues comme des écarts d’équipement ou d’infrastructures mais des différences d’accès aux opportunités. Réduire ces écarts revient donc à agir simultanément sur la cohésion sociale, la compétitivité économique et l’égalité des chances.
Dans cette perspective, les investissements engagés dans les infrastructures hydrauliques, les réseaux énergétiques, les établissements de santé, les universités, les Cités des métiers ou encore les grandes plateformes industrielles répondent à une même logique. Ils cherchent à rapprocher les conditions de développement des différents territoires afin que le lieu de résidence constitue de moins en moins un facteur déterminant des parcours individuels.
De la dignité aux opportunités
La signature retenue pour cette feuille de route résume assez bien cette évolution. Pendant longtemps, les politiques publiques ont principalement été évaluées à l’aune de leur capacité à protéger. Désormais, une autre question apparaît : permettent-elles aussi d’ouvrir des perspectives ?
La dignité renvoie naturellement à la protection des revenus, à l’accès aux soins, à l’éducation, à l’eau ou encore aux services essentiels. Les opportunités renvoient, elles, à la capacité de transformer ces acquis en mobilité sociale, en emploi, en investissement, en entrepreneuriat ou en création de richesse. Entre les deux s’établit un lien direct : sans dignité, les opportunités restent inaccessibles ; sans opportunités, la dignité risque de demeurer dépendante de mécanismes permanents de soutien.
C’est probablement dans cette articulation que réside l’apport principal de cette feuille de route. Les douze mesures proposées ne cherchent pas uniquement à répondre à des préoccupations immédiates. Elles s’efforcent de construire une continuité entre les différentes politiques publiques, de manière à transformer progressivement la protection en capacité d’agir.
A y regarder de près, la véritable nouveauté n’est peut-être pas le contenu de chaque engagement pris séparément. Plusieurs d’entre eux prolongent d’ailleurs des réformes déjà engagées depuis 2021. La vraie nouveauté réside davantage dans la manière de les relier entre eux, dans cette volonté de faire converger les politiques sociales, économiques et territoriales vers un même objectif.
Cette feuille de route ne raconte donc pas seulement ce que pourrait être l’action publique au cours des prochaines années. Elle propose surtout une nouvelle manière de penser son enchaînement. Protéger lorsque les circonstances l’exigent. Garantir à chacun l’accès aux services qui conditionnent l’égalité des chances. Créer, enfin, les conditions permettant à chacun de construire son propre parcours.
Autrement dit, faire de la dignité non plus un point d’arrivée, mais le socle sur lequel peuvent se bâtir les opportunités. C’est cette progression, plus encore que les mesures elles-mêmes, qui constitue la véritable colonne vertébrale du projet présenté pour l’horizon 2031.










