Duel
Le Maroc et la France se retrouvent une nouvelle fois ce jeudi en quart de finale du Mondial 2026. Portés par un jeu offensif étincelant et une ferveur nationale intacte, les Marocains croient fermement en leur revanche historique face aux champions du monde 2018.
Quatre ans après leur ultime rencontre à Doha, les chemins du Maroc et de la France se croisent à nouveau. Ce jeudi, les Lions de l’Atlas défieront les Bleus au Gillette Stadium de Boston dans un quart de finale de Coupe du monde qui s’annonce électrique. Pour le Maroc, désormais ancré parmi les géants de la planète football, l’enjeu dépasse la simple qualification : il s’agit d’effacer le souvenir de la demi-finale de 2022 et de prouver que le football marocain a définitivement changé d’ère.
Si le Maroc de 2022 brillait par sa résilience défensive héroïque, la version 2026 dirigée par Mohamed Ouahbi affiche un tout autre visage. Ancien mentor des moins de 20 ans qu’il a menés au titre suprême au Chili en 2025, Ouahbi a insufflé une culture de possession, d’audace offensive et de maîtrise collective.
Le récital proposé en huitième de finale contre le Canada (3-0) en est la preuve éclatante. Malmenés en première période, les coéquipiers d’Achraf Hakimi ont fait preuve d’une maturité tactique impressionnante avant de punir les Canadiens au retour des vestiaires. Un doublé magistral du lauréat de l’Académie Mohammed VI Azzedine Ounahi et une réalisation en fin de match de Soufiane Rahimi, pur produit du Raja de Casablanca, ont scellé une qualification historique. En enchaînant un deuxième quart de finale consécutif, le Maroc signe une performance absolument unique dans l’histoire du football africain.
L’inquiétude Saibari, le retour de Riad
La seule ombre au tableau pour le staff marocain concerne Ismael Saibari. Révélation du tournoi avec trois buts au compteur, le milieu offensif s’est blessé aux ischio-jambiers contre le Canada. Bien qu’il suive un protocole individualisé et brûle d’envie de jouer, Mohamed Ouahbi refuse de prendre le moindre risque. Heureusement, le réservoir marocain est riche : le jeune prodige Ayyoub Bouaddi et le virevoltant Brahim Díaz sont prêts à porter l’animation offensive. En défense, les nouvelles sont rassurantes puisque Chadi Riad a repris l’entraînement collectif et postulera à une place de titulaire.
Le Maroc et ses milieux partout
En constante progression depuis 4 ans où ils ont été la première nation du continent africain à atteindre une demi-finale d’un Mondial, les Lions de l’Atlas, champions d’Afrique en 2025, s’appuient directement sur leurs milieux pour briller lors de la Coupe du monde nord-américaine.
Les observateurs du monde entier ont unanimement été subjugués par la prestation de Ayyoub Bouaddi, 18 ans, lors du premier match des Lions face au Brésil (1-1).
Le Lillois s’épanouit pleinement dans l’entre-jeu marocain où il est le pendant défensif d’Azzedine Ounahi, double buteur face au Canada en 8e.
Le milieu de Gérone, passé par Angers et Marseille, révélation du Mondial-2022, retrouve des couleurs en sélection.
Dans le 4-3-3 de Mohamed Ouahbi, sans véritable attaquant de métier, les milieux sont les principaux dangers offensifs et Brahim Diaz, avec quatre passes décisives déjà, le dépositaire du jeu.
Ce n’est pas un hasard si le meilleur buteur marocain du tournoi se nomme Ismael Saibari, un milieu offensif de formation, placé «en faux numéro 9», par son sélectionneur.
Neil El Aynaoui, qui complète le trio, est la courroie de transmission de l’équipe et celui qui effectue et réussit le plus de passes durant les rencontres. Le seul également capable de compenser le déficit physique des milieux marocains dans le défi athlétique que ne manqueront pas de leur imposer les colosses français.
C’est donc une opposition de style et de système, une bataille à remporter pour rafler la mise.
Une équipe de France redoutable mais prenable
En face, la France de Didier Deschamps avance avec son statut de favorite, mais elle n’affiche pas une sérénité absolue. En huitièmes de finale, les Bleus ont souffert face au bloc bas et physique du Paraguay (1-0), ne s’en sortant que grâce à un penalty provoqué par Désiré Doué et transformé par Kylian Mbappé. De plus, une lourde menace de suspension pèse sur le collectif français : plusieurs cadres comme Michael Olise ou Bradley Barcola rateraient une éventuelle demi-finale en cas de carton jaune. Au milieu de terrain, l’absence probable d’Aurélien Tchouaméni (blessure à la cuisse) pourrait offrir des espaces que les techniciens marocains sauront exploiter.
La guerre des gardiens
Le sélectionneur Mohamed Ouahbi peut compter sur la sûreté de Yassine Bounou dans les cages. A 35 ans, le gardien d’Al Hilal (Arabie Saoudite) n’est pas qu’un spécialiste des tirs au but. Révélé en 2022 au Qatar tout au long de la magnifique aventure marocaine jusqu’aux demi-finales et doté d’une très grande envergure (1,95 m), «Bono» a largement les moyens d’écœurer les attaquants français.
Côté bleu, Mike Maignan est plus mystérieux mais le gardien de l’AC Milan, qui n’a encaissé que deux buts en 5 rencontres, effectue un premier Mondial solide. Lui aussi fait des ravages face aux tireurs de penalty.
A 31 ans, il est l’un des principaux leaders des Bleus mais avec certains bémols notamment une relance au pied pas toujours très précise.
Le spectre de l’arbitrage de 2022
Personne n’a oublié les décisions litigieuses et préjudiciables prises lors de la demi-finale au Qatar, notamment le penalty non sifflé sur Sofiane Boufal qui avait poussé la Fédération royale marocaine de football à poser une réclamation officielle auprès de la FIFA. Pour ces retrouvailles au sommet, la FIFA a désigné l’arbitre argentin Facundo Tello. Un choix hautement symbolique : c’est lui qui officiait lors du mémorable Maroc-Portugal (1-0) en quarts de finale en 2022.
Sous la pluie de Boston qui a accompagné leurs derniers entraînements, les Lions ne cachent pas leur ambition. Ce groupe possède désormais l’expérience des grands rendez-vous et la confiance d’une nation qui refuse de se voir comme un simple «outsider». Jeudi soir, le Maroc n’aura pas peur. Il jouera pour l’histoire.










