Double compréhension
L’esprit de l’accord est si large, si vague que chacune des parties concernées pouvait le considérer comme sa propre victoire.
Difficile d’imaginer une sortie à cette guerre sporadique entre Américains et Iraniens. L’accord cadre du cessez-le-feu signé sous médiation pakistanaise n’a pas tenu les soixante jours demandés pour finaliser la grande négociation sur les principaux dossiers du contentieux entre Américains et Iraniens. Et pour cause. Cet accord signé par le président Donald Trump devant les caméras du monde entier au château de Versailles et validé par le vice- président J.D Vance en Suisse en présence des Iraniens est le principal responsable de cet état de guerre dans la région.
En effet l’esprit de l’accord est si large, si vague que chacune des parties concernées pouvait le considérer comme sa propre victoire. Pour les Américains, le fait que les Iraniens sont finalement venus à la table des négociations est un signe de leurs angoisses de voir les opérations militaires américaines continuer jusqu’à la destruction totale des infrastructures du pays. Donc pour Trump, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une capitulation déguisée.
Pour les Iraniens, c’est Donald Trump qui était sous pression interne, l’organisation du Mondial, le 250ème anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis, l’approche imminente des élections de mi-mandat, qui était dans l’obligation d’arrêter cette guerre et d’accepter les conditions posées par les Iraniens. D’ailleurs Donald Trump était si pressé de signer qu’il en était venu à chanter les louanges d’une partie du régime iranien qu’il considérait comme pragmatique et réaliste.
Dans les faits, les Iraniens avaient compris que cet accord leur permettait non seulement de récupérer leurs avoirs gelés à l’étranger et débuter un processus de lever de sanctions économiques internationales, mais aussi de pouvoir exercer un contrôle payant sur la circulation des bateaux à travers le fameux détroit de Hormuz. Cette compréhension était si installée chez les Iraniens que leurs médias officiels et les propagateurs de leurs éléments de langage criaient ouvertement victoire.
De l’autre côté, Donald Trump avait compris que l’esprit de cet accord obligeait les Iraniens à ouvrir totalement le détroit de Hormuz et à lui rendre la totale liberté de circulation qui y prévalant avant le début de cette guerre. Et que les soixante jours de négociations étaient consacrés à signer la capitulation iranienne sur les trois autres sujets de contentieux entre le régime iranien et la communauté internationale. À savoir le programme nucléaire iranien, la question de l’uranium enrichi et celle des proxis iraniens dans la région que sont le Hezbollah libanais, le Houthi au Yémen et les brigades populaires en Irak.
Cette double compréhension de l’accord de cessez-le-feu aussi différente et contradictoire est à l’origine de la continuation de cette guerre. Les Iraniens ont voulu imposer leur domination et leur contrôle par la force du détroit de Hormuz, allant jusqu’à attaquer des bateaux qui ne respectent pas les nouvelles règles de navigation imposées par le régime iranien.
Résultat. Les Américains étaient obligés de répondre à cette situation. Ne pas le faire aurait été considéré comme un feu vert donné aux Iraniens de continuer à pratiquer ce chantage sur l’économie de la région et ses impacts internationaux. Donald Trump ne pouvait rester les bras croisés d’autant plus que ses alliés, les pays du Golf et les pays européens, lui ont fait le reproche d’avoir entamé cette guerre sans les avoir consulté et de l’avoir terminé au profit du régime iranien. L’enjeu aujourd’hui tourne essentiellement sur la maîtrise et le contrôlé du détroit de Hormuz. Si cette guerre devrait être couronnée par un péage iranien sur la circulation maritime dans le détroit, cela aura un énorme impact sur l’économie mondiale, obligée de s’adapter aux nouvelles conditions iraniennes. Elle aura aussi une lourde conséquence sur les capacités du régime iranien qui va se retrouver renforcé par une gigantesque manne financière. Conséquences: une agressivité encore plus marquée et une capacité de developper son arsenal nucléaire encore plus assumée.
Avec cette nouvelle donne, les conditions d’une escalade militaire généralisée sont réunies. Cela est d’autant plus vrai que les pays du Golf, les pays européens et l’OTAN avaient refusé de participer à la guerre israélo-américaine visant à démanteler le régime iranien, il n’est pas certains qu’ils resteront inactifs quand il s’agira de protéger une des principales jugulaires de l’économie mondiale.










