Quand les travaux du port de Jorf Lasfar avaient démarré en 1974, il y a plus d’un demi-siècle, sa vocation première était de désengorger les ports de Casablanca et de Safi en réorientant une partie du fret phosphatier.
Mais à cette époque, la vision de l’OCP, et à travers lui de l’Etat marocain, allait déjà beaucoup plus loin. Il était question d’implanter progressivement à proximité du port un complexe industriel chimique pour transformer davantage le phosphate sur place et exporter des produits à plus forte valeur ajoutée, notamment les engrais et l’acide phosphorique, tout en important les matières premières nécessaires comme le soufre et l’ammoniac.
Huit ans plus tard, en 1982, le nouveau port était ouvert au trafic. Les débuts furent pour le moins modestes : quatre navires seulement et quelque 75.000 tonnes traitées durant cette première année.
Aujourd’hui, Jorf Lasfar joue dans une tout autre catégorie. Le trafic annuel dépasse les 39 millions de tonnes, les installations techniques permettent d’accueillir des navires avec des tirants d’eau allant jusqu’à 15,6 mètres et le port est directement connecté à un parc industriel de quelque 500 hectares. Autour de lui s’est surtout développé l’un des plus importants complexes mondiaux de transformation du phosphate.
Jorf Lasfar est ainsi devenu l’un des moteurs économiques majeurs du Maroc. Il est aussi un des atouts qui permettent aujourd’hui au Royaume d’attirer de grands opérateurs industriels internationaux. L’ancrage croissant du géant américain Koch aux côtés d’OCP en apporte une nouvelle illustration (lire notre dossier en pages 4 à 7).
Mais il y a dans cette histoire un autre enseignement. Entre le moment où la vision a été formulée et celui où elle atteint aujourd’hui un tel niveau de maturité, il s’est écoulé plus d’un demi-siècle. Des investissements ont été réalisés, des infrastructures construites, des capacités industrielles ajoutées et des partenariats noués au fil des décennies.
Les grandes stratégies industrielles ont cette particularité: leurs résultats ne se mesurent pas toujours à l’échelle de quelques années. Certaines nécessitent une génération, parfois davantage. Jorf Lasfar en est aujourd’hui une belle et éclatante démonstration.









